L.-A. BERTHAUD IH
et ses inquiétudes du lendemain, dans la douceur de ces causeries ; mais tout cela réapparaissait plus triste ou plus menaçant avec la fin de la soirée, u Voilà qui est bien décidé, je me tuerai demain », répétait-il un soir, peut-être pour la dixième fois, en quittant ses amis. Mlle Fargueil, qui depuis plusieurs jours sans doute attendait cette déclaration, répondit: a Eh 1 bien, moi je comprends, Berthaud, que vous en finissiez. La vie [n'est après tout qu'une série de mystifications. Comme il y faut toujours un terme, le plus proche est le meilleur. Tuez-vous donc I Seulement un homme comme vous ne peut avoir une fin vulgaire. Il est bon que l'événement marque et fasse du bruit. A votre place, moi, je me tuerais ici même, dans ce foyer, et ce soir. » — « Oui, objecta le poète, mais où trouver un pistolet? » Calvimont associé au dessein secret de Tactrice, exposa que, rentrant chez lui à toute heure, il demeurait toujours armé. — « En ce cas, voilà mon affaire », dit Berthaud. L'ex-fondateur du Revenant se fit un peu prier, joua les scrupules, puis enfin, détournant les yeux, tira desbas- (jucs de son habit avec une répugnance affectée, un grand diable de pistolet qu'il mit dans la main de son confrère. Pâle, mais résolu, écrit le narrateur de cette scène ^. Berthaud éleva le canon de l'arme vers sa bouche, posa le doigt sur la gâchette et tira... Rien ne partit... que les éclats de rire