L.-A. BERTHAUD
Et tous deux sans laisser rien de nous sur la terre, Pas même dans un cœur un regret solitaire.
Pas même un souvenir à quelque femme en pleurs, Descendant pas à pas les degrés de la tombe.
Nous irons voir, au bout, quand le cadavre tombe. Ce qu'il emporte de douleurs.
Alors tout sera dit, la joie et la souffrance. Et Tamour sans Tamour, et la chaste espérance. Dernier rêve tombé dans un dernier sommeil ; Vision fantastique, et d'épouse et d'amante, Ange qui nous venait aux heures de tourmente Avec un sourire vermeil.
Tout sera dit pour nous, tristes choses passées. Fantômes dépouillés de chair et de pensées.
Et rendus à la mort d'où nous sommes sortis ; Puis, nos os ennuyés se chercheront encore.
Peut-être I et se heurtant dans le tombeau sonore. Râleront un froid cliquetis.
Mais si jamais un mot ou de joie ou de fièvre Remontant de nos cœurs à nos bouches sans lèvres. Infernal ou divin, frémit entre nos dents.
Ce mot sera pour toi, Lyon, ville martyre, Lyon, qui nous donnait à l'heure une satire Toute rouge de vers ardents I
Et toi, Jérusalem d'une autre terre sainte.
Salut aussi, Paris 1 dans ta lugubre enceinte Les juifs de notre temps creusent les saints tombeaux; La liberté se meurt sur ton morne calvaire.
Mais tes enfants martyrs ont une foi sévère.
Et sont beaux entre les plus beaux.
Les jours de l'injustice ici-bas passent vite ; Le proscrit devient libre et la mort ressuscite ;
Frères des Pharisiens, les succès crouleront Alors vous reprendrez votre tâche sublime I Et de tous les climats, comme un cœur à Solime Toutes les voix vous répondront I
Hélas I nous serons morts, nous les pauvres poètes Nos yeux seront éteints, et nos bouches muettes, Nous aurons vers le but fait notre dernier pas... Gomme la vôtre, amis, notre foi fut entière, Quand vous irez prier pour ceux du cimetière Amis, ne nous oubliez pas I
Beutuaud et Yeyrat.
Veyrat pris de la nostalgie de ses montagnes quitta Berthaud vers la fin de 1838. Ils ne devaient jamais se revoir. Le second traîna encore cinq ans sa misère, jusqu'au 17 juillet 1844, où il mourut assisté des siens dans le logis de son frère, quai de Billy, à Chaillot, entre sa mère et son petit neveu, les deux êtres qu'il aimât le plus en ce monde.
Ses funérailles se firent le surlendemain, au cimetière Montmartre. Tous ses amis y vinrent ; on ne lui connaissait pas d'ennemis. Félix Pyat dit l'adieu tremblant de tous sur la tombe, et il y eut un poète de moins dans Paris.
Le 20 juillet, au bas d'une longue page que le Charivari consacrait à son rédacteur défunt, on pouvait lire :
11 a marché jusqu'à ce que le souffle lui manquât. U est pour ainsi dire mort la plume à la main.
Les amis de Berthaud vont s'occuper de mettre en ordre ses poésies qui n*ont jamais été publiées en volume. Le pro»