‹ LES ENFANTS PERDUS DU ROMANTISMEChapitre 34 sur 57 · L.-A. BERTHAUD · texte numérisé non relu

L.-A. BERTHAUD

duit de la vente sera, hélas I le seuls legs du poète à ses vieux parents.

Il va sans dire que ce beau projet eut le sort commun à tous les projets analogues, nés en de pareilles circonstances.

L'œuvre poétique de Berthaud a trois périodes fort distinctes. La première, œuvre de jeunesse, indécise à travers ses exagérations puériles et son désordre. La seconde, l'œuvre militante, jetée dans les feuilles politiques, hâtivement, à échéances régulières et sous le fouet d'une nécessité impérieuse; — œuvre souvent incohérente, inégale, où parfois une belle page scintille, comme ces paillettes enfouies dans le lit pierreux des ruisseaux. La troisième enfin, contemporaine des deux autres, mais écrite au hasard, sous l'empire d'une forte émotion, libre d'entraves professionnelles, et publiée, soit en des brochures éphémères, soit en des recueils sans fortune dont quelques-uns seulement nous sont parvenus.

De l'œuvre de jeunesse nous ne voyons rien à retenir. Asmodée la renferme toute et cette satire participe trop de l'indigence originelle de Berthaud pour mériter autre chose que la curiosité d'un promeneur. Les paradoxes, à dessein u corsés », y pullulent :

Eh I les rois maintenant sa\ent-ils ce qu'il faut De sublimes vertus pour gagner Féchafaud ?

Quelques beaux vers d'ici et de là et qui portent déjà comme l'empreinte d'une griffe naissante, trahissent la (( patte du lionceau » ; mais, trop rares, mal soutenus, ils ne suflBraient à sauver une seule page de l'indifférence. Parfois une forte pensée éclate comme ici :

Ont-ils jamais compris que Dieu mit dans l'espace

Une somme de vie éternelle et qui passe,

Sans rien perdre jamais de sa virilité.

Des roses du printemps aux fruits mûrs de Tété ?...

Mais ce ne sont là que des accidents sans durée.

La pièce que le poète rima pour le jury du Rhône doit être rattachée à cette première partie de son œuvre. Cela ne vaut que la moyenne d'Asmodée. L'accusé y plaide l'irresponsabilité de l'inspiration, disant avec assez de bonheur :

Et si quelque nom vient se clouer au poteau C'est la faute du ciel et non pas du marteau.

Après quoi il esquisse un tableau de république pastorale à laquelle il renvoie ses juges en priant leur miséricorde :

Ah 1 Messieurs, laissez-nous vers de plus doux climats Conduire du présent le navire sans mâts.

Encore quelques nœuds et la brise alizée Epandra sur nos fronts au matin la rosée, Fera la mer unie et bonne dans le jour Et soufflera le soir des syllabes d'amour.

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