L.-A. BERTHAUD H
Sous celte forme encore négligée, ne semble-t-il point que Ton entende venir le triste apologue de RoUa?
Une autre fois, dans une pièce sur la Prostituée, il écrit :
Va, pauvre enfant, dans la vie, Va par la roule suivie De l'espérance et des pleurs, Rêver d'amour et de joie.
De jours bercés dans la soie, De bals où ton front se ploie Sous les perles et les fleurs.
Va, pauvre enfant, ta mansarde Que, pluie et vent, tout lézarde Un jour tu la quitteras.
Ton regard est tout de flamme.
Ta voix douce arrive à l'âme.
Va, tu seras grande dame Un jour, — et tu pleureras !..
Car la vie est ainsi faite ; Sous des parures de fête Nous cachons notre douleur.
Le bal passe comme un rêve.
Un autre soleil se lève.
Et, dans notre cœur, soulève Plus lourd le poids du malheur.
Va, pauvre feuille éphémère.
Loin do la tige, ta mère.
Errer seule au gré du vent.
Sois folâtre, sois rieuse.
Sous tes quinze ans radieuse.
Et (le ton sort oublieuse, Va par le monde en rêvant...
Le même ton, doucementélégiaque, se rencontre souvent dans l'œuvre de Berthaud. Qui sait si sa vraie voie n'était pas ici ?
La structure de ses poèmes politiques paraît mieux soutenue, plus robustement vertébrée.
Nous avons dit un mot déjà de celui qu'il fit publier contre le préfet de police, et dont le prologue surtout mérite une attention particulière.
Le poète, nouvellement arrivé dans la capitale, s'étonne de trouver la grande ville muette. Quoi, dit-il,
... Cette ville immense Où toujours un nom meurt sous un nom qui grandit, Où l'homme doit venir — soit sagesse ou démence — Penser plus largement les œuvres qu'il commence.
Cette ville ne m'a rien dit I
Rien de grand n'a distrait mes calmes rêveries Qu'un grand événement brise ou distrait toujours. Et je n'ai vu partout que des feuilles flétries Qui traînaient sous les pas et roulaient aux voiries. Comme au tombeau roulent nos jours.
C'est que, dans cette ville encore féodale.
Étrange m'apparut une triple unité, Trois pas marchant noués dans la même sandale, Trois corps sous un manteau, trois noms dans un scandale Gisquet, Vidocq, la Royauté.
Alors je me suis dit : C'est une chose infâme Que de voir tout un peuple, en sa couche de fer. Haleter l'œil en feu, comme aux pieds d'une femme, Devant trois noms maudits, devant un corps sans âme. Et j'écornerai, moi, ce trident de Tenfer 1