L.-A. BERTHAUD
Que dans de folles nuits, aux clameurs des tocsins.
Il aille de son doigt marquer les assassins,
Afin que les Caïns du peuple prolétaire
Soient reconnus partout et maudits sur la terre.
Point de pitié I sur eux la honte et les remords I
Sur eux le sang du peuple et la cendre des morts I
Nous détachons encore la pièce qui suit d'un numéro du Bon Sens de 1835 :
... Quand l'heure est décidée Et qu'au sein du \ieux monde éclot une autre idée , Il faut un prêtre fort pour la prendre en sa main Et l'épandre en rosée au cœur du genre humain. D'abord ce fut Moïse ; après lui, les prophètes ; Des hommes dont la \oix troublait toutes les fêtes, Et qui, les yeux au ciel où rayonnait leur Dieu, S'endormaient sans douleur dans la couche de feu. Et puis ce fut saint Jean, l'homme de solitude ; 11 portait devant lui sa grave inquiétude, Et courant au désert, criait éperdûment :
« Frères, amendez-vous, car voici le moment I » Et puis ce fut le Christ, étincelant mystère. Il descendait de Dieu pour racheter la terre I Le Christ, homme divin qui mourut sur la croix Parce qu'il ébranlait les trônes sous les rois 1 Et puis, enfin, ce fut la France. — O ma patrie ! O sainte nation à tant de croix meurtrie, Tant de fois abreuvée et d'absinthe et de fiel, Marche !.. Les Sept Douleurs t'ont fiancée au ciel I Marche ! nous te suivrons, marche 1 marche I le mondi* Est las de s'agiter dans sa misère immonde ; Marche 1 et donne ton sang et donne-le toujours. Après l'avoir donné quarante ans et trois jours ^ .
1. Berthaud ici fait allusion aux victimes des désordres de juin 1832, et rattache leur mort, dit le journal, c à cet apostolat de martyre dont la France semble depuis si longtemps inyestie ».
Et c'est cela vraiment : les grandes funérailles Comme les grands labeurs sortent de tes entrailles.
Les Juifs ont excité la soif de l'échafaud Après le sang du Christ c'est le tien qu'il lui faut. Et, quand les rois, lassés de fouiller dans ta plaie, Te descendent un jour de la terrible claie, C'est le meurtre qui vient, froidement médité, Flairer ta gorge nue et Couvrir le côté I Et tes fils inondés d'une sueur amère.
Meurent assassinés au ventre de leur mère I
Et quand ton front voilé de sa morne pâleur Incline dans le sang au poids de ta douleur La mort naît de la mort et le meurtre exécrable Du meurtre consommé s'élance inexorable I
Quoi donc, il suffira qu'un assassin se lève Que sa main fanatique errante sur un sein Cloue un cadavre illustre aux plumes d'un coussin. Qu'il nous tue à l'en tour du roi, quand le roi passe, Et notre sang criera contre nous dans l'espace !.. Et nous devrons mourir, nous, vierges de remords. Parce que, parmi nous, des frères seront morts... Mais tu les laisses faire et saignes, pauvre France I Saigne sur ton rocher, saigne de tout ton corps, O Christ des nations I ô sublime espérance I Saigne pour les vivants et saigne pour les morts 1
Parmi ces vers, beaucoup sont frustes, mais tous possèdent en revanche une qualité plus précieuse encore que la grâce : c'est la nervosité. Parfois il y éclate une expression choquante, il s'y glisse une phrase ampoulée, rarement un