‹ LES ENFANTS PERDUS DU ROMANTISMEChapitre 39 sur 57 · L.~A. BERTHAUD · texte numérisé non relu

L.~A. BERTHAUD

hémistiche banal. Certains témoignent d'une science innée de Fépithète, comme ici :

Et le hamac créole où Fesclave vous berce...

Peut-être n'y faut-il voir qu'une rencontre de mots heureux, mais ces mots-là, chez un poète de vingt-deux ans qui ne doit à personne son éducation littéraire, ne constituent pas moins d'admirables trouvailles.

Nous terminerons ces citations de l'œuvre de Berthaud par une pièce échappée à l'oubli qui dévore les autres, grâce à l'hospitalité qu'elle a reçue dans les Français peints par eux-mêmes, de l'éditeur Gurmer. La pièce s'intitule les Mendiants et porte en épigraphe cette sentence : « Les hommes d'aujourd'hui ne sont plus que les ruines des hommes d'autrefois. » Des dessins de Gharlet, Jean Gigoux, Meissonnier, y fixent les silhouettes de truands disparus que le poème évoque en passant :

Les superbes Gagoux aux paroles hautaines.

Un long bâton noueux pendant à leur côté...

... Les jaunes Sabouleux, les Malingreux gloutons...

Les Piètres, les llubins, les Rufez, les Gallots,

Toute une mer de gueux, son écume et ses flots.

Ilélas 1 la tradition des mendiants hautains s'est perdue. Tout dégénère ; les pauvres gens ont à présent la même histoire, banale comme leur pauvreté sans orgueil et sans artifice. La

science, qui a tué le pittoresque, n'a nullement détruit la misère, car il n'y a pas moins d'infortunes qu'autrefois. Et le poète dit à la menteuse:

... Tais- toi, sirène à la voix douce.

Riche Scientiat tu portes des malheurs I Ah I quand sous toi la terre éprouve une secousse De Farbre du travail il tombe, encore en fleurs, Pauvres fruits superflus, biens des bras qu'on repousse Et qui se font alors mendiants ou voleurs.

Paris en possédait un certain nombre ; mais un jour il forgea contre eux, pour en débarrasser les passants riches, une bonne petite loi :

Une solide loi, cœur d'acier, main hardie Toujours prête à sauter sur la main qui mendie.

La loi flt sans pitié son œuvre humanitaire Elle ramassa tout dans son amer souci, Les jeunes et les vieux et les femmes aussi.

O Jésus, fils de Dieu, rédempteur de la terre, Cette loi, blond Jésus, à vos autels chrétiens, Vous aurait arrachés, toi, ta mère et les tiens I

Car vous étiez aussi, voyageurs adorables, De pauvres mendiants, bafoués, méconnus.

Vous, à tous les malheurs ouverts et secourables ; Vous couchiez en plein air comme des misérables ; Sous vos manteaux flottants on vous voyait pieds nus, Et vous étiez fort gueux, ô divins parvenus I...

La loi, hélas ! ne supprimant point leur misère ne supprima pas les mendiants, mais

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