L.-A. BERTHAUD
ceux-ci s'en allèrent au loin, hors des atteintes de la police parisienne, tenter de vivre, ou du moins, mourir en liberté.
Le poème est d'un superbe mouvement. Il contient de fort belles pensées, exprimées dans une langue très pure. Quelques strophes extrêmement alertes, semblent sortir de cette main même qui écrivit un peu plus tard Mardoche et Namouna,
Parmi les œuvres en prose il y aurait aussi beaucoup à citer. Certains entrefilets politiques, possèdent une vigueur remarquable, et la plupart une étonnante rapidité. Le tour de deux études parues en outre des Mendiants dans les Français peints par eux-mêmes, est à la fois habile et gracieux ^
Le poète a enfin donné deux actes au théâtre, l'un en collaboration avec Jacques Arago, représenté au Vaudeville et conçu dans la forme comîco-sentimentale de l'époque; le second écrit pour la Gaieté avec le concours d'Eugène Nus et que nous ne retrouvons nulle part. Le premier s'appelait : Un mois à Naples, et le second : Jean le cocher. Un mois à Naples tint raflîche une trentaine de représentations, ce qui était un joli succès pour le temps, encore que cette agréable bluette ne dépassât le niveau ordinaire de la petite comédie.
11 reste en outre de Berthaud, un roman, le
1. Notamment un chapitre intitulé Les Dévoués et qui commence par une amusante et bien jolie périphrase.
428 CHAAPITRE III
Chemin du Ciel, que la Réforme a publié peu de temps après la mort du poète et Tœuvre de cet «enfaiit perdu, ballottée à Faveiiture comme sa vie, courte comme elle, finit là.
(( Qui croirait aujourd'hui, écrivait M. Audebrand dans ses Petits mémoires, que Berthaud fut un des poètes les plus populaires d'il y a cinquante ans? » Assurément personne, et nousmêmes ne savons de quoi il faut le plus s'étonner ou de cette notoriété en dépit de cette grande misère, ou de la persistance de celle-ci malgré tant de popularité.
Le petit vitrier de CharoUes naquit malheureusement aux lettres en une heure de violence où mainte vocation s'égara. L'humanitarisme imbécile perçait déjà sous l'apostrophe de Barthélémy ^t la chanson de Béranger, et la veine solitaire des ïambes commençait de mettre en honneur cette poésie déclamatoire et forcenée, à laquelle Berthaud, trop souvent, sacrifia sa douceur native et la délicatesse de ses meilleures inspirations.
La politique, hélas I voilà notre misère...
Ce simple vers de Musset pourrait servir de