Feuilleton de la Gazette de France
d'égoïsme et d'encombrement : celle de la contagion morale et spirituelle que Sainte-Beuve a nommée « la petite vérole de son temps » ; celle aussi de sa nature qu'il pouvait corriger, sans doute, mais qu'il ne lui appartint pas de compléter. Accoutumé dès sa jeunesse à la dépendance insoucieuse des orphelins assistés, conduit jusqu'à l'âge d'homme, comme un aveugle dans la vie, au gré d'une fantaisie charitable, il devait contracter de cet abandon total en autrui, un absolu détachement dee choses matérielles et une funeste inexpérience à se guider soi-même entre les obstacles du chemin.
Un des hommes qui Ta le mieux connu et le plus aimé, Sainte-Marie Marcotte, écrivait « que le fond de son caractère était l'insouciance, l'énergie ne lui venant que par fiévreux accès bientôt suivis de langueurs infinies et d'abattements insurmontables « . Il appartint à cette catégorie d'inspirés que Vigny montrait impuissants à rien faire qui ne fut l'art divin, inaptes à tous les métiers, surtout au métier d'homme de lettres, a Mes protectrices ont reconnu que je n'étais bon qu'à écrire^ », confessait-il luimême ; ou encore : « Je ne me crois pas un grand })oète, tant s'en faut, mais Dieu m'est témoin que je suis un vrai poète. Malheureusement je ne suis que cela -. » Il disait vrai.
Lorsqu'il se vit placé tout à coup pour la pre-