Hippolypte Lucas
CHARLES tASSAILLY 165
paradoxes, jetait de telles extravagances dans ses propos, que l'esprit le plus bienveillant en demeurait parfois confondu. Les conteurs allemands si propres à dévaster les faibles cervelles, l'avaient jadis passionné. On lui reconnaissait une forte érudition — un peu touffue sans doute, — et un sens critique affiné. Ses articles, perdus dans toutes les feuilles du temps, renferment des choses exquises, dont un grand nombre mériteraient les honneurs d'une réédition.
La destinée fut rude à l'homme autant qu'à l'écrivain. Sa vie connut tous les malheurs. La mort tragique de son père, noyé dans la Loire, sa constante pauvreté et sa timidité extrême, les défaillances de sa nature intellectuelle et les disgrâces de sa nature physique, déchirèrent constamment son cœur. Ah 1 son misérable physique I Combien de fois en a-t-il expié le ridicule I La moquerie sur ce point seul le blessait, — non qu'il conçût des prétentions à quelque plastique olympienne ; mais parce qu'il sentait mieux par là, l'injustice odieuse de son sort. Nous l'avons dit, il était mince, ossu, interminable. Hippolyte Lucas son ami, achève ainsi son portrait : « Il avait des joues creuses et les yeux enfoncés sous d'épais sourcils, son nez un peu fort se contournait d*une manière grotesque qui aurait pu donner raison au vers de Juvénal : displacuit nasus^ . »