‹ LES ENFANTS PERDUS DU ROMANTISMEChapitre 46 sur 57 · Hippolypte Lucas, Portraits et souvenirs littéraires · texte numérisé non relu

Hippolypte Lucas, Portraits et souvenirs littéraires

16G CHAPTIRE V

Jean Gigoux qui regardait ces détails en artiste lui trouvait une belle tête, « bien que rien, » disait-il, « n'y fût d'ensemble ». Et le peintre ajoutait : (( Les yeux, le nez, le front, tout était de travers. C'est lui qui a posé pour le poète Nunès de mon Gil Blas ^ . » Pauvre Nunès !

Le nez de Lassailly lui attirait naturellement des plaisanteries fort déplacées. Ah I le malencontreux et l'impertinent appareil ! La forme en était si étrange, les dimensions si indiscrètes, qu'il faisait involontairement, partout, la plus désastreuse impression. Pas moyen avec lui de passer nulle part inaperçu, et c'en devenait désespérant. Un jour Jules de Saint-Félix fréquentant chez la princesse Maljalsky lui présenta le disgracieux écrivain. Les salons à la mode s'ouvraient volontiers en ce temps-là, devant la Bohême littéraire. Lassailly, sans doute, y faisait pauvre figure, mais on l'accueillait volontiers, lui comme d'autres, par amusement. « Un soir », écrit la comtesse Dash, dans ses Mémoires des autres, « un soir que nous jouions les Précieuses Ridicules, il tenait le rôle d'Almanzor — Dieu sait comme I Le nez était si extraordinaire qu'on le crût en carton et ajouté pour la circonstance. Madame Emile Deschamps ne voulut jamais l'accepter pour vrai, le voyant pour la première fois.

— (( C'est un faux nez, répétait-elle.

(( Il fallut lui montrer le porteur, après la

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