‹ LES ENFANTS PERDUS DU ROMANTISMEChapitre 6 sur 57 · Maxime du Camp, Souvenirs littéraires, tome I, p · texte numérisé non relu

Maxime du Camp, Souvenirs littéraires, tome I, p

pourvu que cela ne tirât point à conséquence. C'est une monnaie dont il était prodigue vis-à-vis de ceux à qui elle ne pouvait servir^ ».

Combien de vocations ces compliments ont~ils troublées? Combien de jeunes gens, sur leur foi, se sont élancés trop tôt et trop vite, et ont traîné, leur vie durant, le malheur d'un mauvais départ? Combien ces louanges illicites ont-elles conduit au désespoir de faibles caractères et de tempéraments désarmés?

Vigny qui portait un cœur d'honnête homme, dans son organisation de grand poète, a sévèrement jugé cette criminelle inconséquence :

J'ai reproché à quelques-uns de mes illustres amis, écritil vingt-cinq ans plus tard à une de ses parentes, les fades compliments par lesquels ils enivraient et égaraient des jeunes hommes dont ils n'avaient môme pas lu les œuvres. Je n'ai jamais oublié Escousse ; cet enfant gâté fut vraiment asphyxié par d'insensés éloges qui le plaçaient auprès de Shakespeare, si ce n'est un peu plus haut. Lorsque son second ouvrage tomba, croyant qu'il n'avait plus qu'à mourir, il se tua, comme vous savez, en compagnie d'un autre enfant perdu par le compliment parisien 2.

Au point de vue utilitaire, qui importait seul à Hugo, les dévouements acquis par ce blâmable procédé, n'ont pas été les moins précieux. Il suffît pour s'en rendre compte de se reporter à Hernani, à ces soirées dont l'enthousiasme, sans

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