Revue de Paris, octobre
dont il fut seulement Teffigie trompeuse. Le romantisme, c'est cet enthousiasme que les petits poètes ont engendré, dont ils ont empli tout leur siècle, et d'où leur magnifique essor de lyrisme s'est élevé. Qu'on ne dise point, de a cette chaleur d'imagination, portée à son degré suprême », comme le définit Marmontel, qu'elle a provoqué de ridicules mouvements et de sottes exagérations, car elle a doté notre histoire d'une splendeur encore inconnue ; car elle est la génératrice de cinquante œuvres immortelles, et nous pouvons donner quittance à ceux qui l'ont portée, des peccadilles qu'elle leur a fait commettre. Ces derniers ont suivi leur enthousiasme jusqu 'au boutetpoussé leur élan à ses limites extrêmes, mais peut-être emportés parle mouvement acquis, ne demeurèrentils pas maîtres de leur impulsion, a Un pas au delà», prétend la Médecine des passions, a et l'on est dans le fanatisme. Un pas de plus, on tombe dans la folie. » Fanatisme et folie, leur lyrisme a tout traversé, mais avant de franchir la zone de lumière, il y a laissé du moins, radieuse, la poésie en plein soleil.
c( Ils marqueront la borne extrême», dit encore Asselîneau, « en deçà de laquelle les sages ont passé, et dans leur haine excessive du vulgaire et du banal, s'il entrait beaucoup de ridicule, il n'entrait du moins rien de vil. Ces gens-là n'ont jamais parlé ni d'argent, ni d'aflaires ni de position ^. w
1. Charles Asselineau, Mélanges tirés d'une petite bihîiothè» que romantique. Pincebourde, 1806, p. 153.
Ils avaient des admirations qui les soulevaient de terre, écrit ailleurs Maxime du Camp, mais ils n'enviaient personne, ne souffraient pas du bonheur d'autrui, ne rêvaient pas l'extermination universelle afin d'arriver plus sûrement à un poste politique. Les incompris du temps de mon adolescence n'auraient jamais fait la Commune i.
Est-il besoin d'indiquer plus nettement Fabîme qui séparait ces organisations de celle d'Hugo ?
Les cénacles et leur prolongement ne furent jamais entre les mains de celui-ci que de dociles instruments. Il ne leur demanda rien autre que de publier sa louange et d'aider sa fortune. La mesure de leur utilité fut celle aussi de son affection, et quand ils eurent cessé de lui servir il les rejeta loin de lui.
11 y avait pourtant autre chose au fond de ces dévouements obscurs, qu'une simple force instrumentale, qu'une banale valeur numérique.
Sous le flamboyant gilet du bousingot, logeait parfois une âme de poète et d'artiste ; mais, flétrie avant l'heure, celle-ci n'eut pas le temps d'éclore, et c'est une perte inestimable pour l'art et pour la poésie.
Certes, au lendemain d'Hernani, le romantisme assuré de sa conquête, pouvait, sans licencier précisément ses troupes, en rapatrier une