‹ Les enfants retardataires; arrêts de la croissance et troubles du développementChapitre 15 sur 35 · RETARDÉS DANS LE CARACTÈRE · texte numérisé non relu

RETARDÉS DANS LE CARACTÈRE

au point de vue psychologique. Elle rentre dans le cadre des psychopathies dégénératives où elle forme un type à part.

« L'idiotie, au contraire, n*est pas une entité morbide ; ce n'est qu'un symptôme d'une aflfection organique des centres nerveux survenue dans l'enfance et n'empruntant des caractères spéciaux qu'à cette circonstance étiologique. »

En résumé, l'idiotn'est pas plus un retardataire au point de vue physique que le sujet, resté petit de taille à cause d'an mal de Pott qui lui affaisse les vertèbres, n'est un retardataire au point de vue physique. Au contraire, l'imbécile, au sens de SoUier, est un type extrême de l'arriéré psychique ; il occupe le plus bas degré de cette échelle des arriérés; un peu plus haut sont ces sujets auxquels on donne, selon les pays, les noms de simples, de naïfs, de benêts, d'ingénus et que nous décrivent George Sand dans ses romans berrichons, Alphonse Daudet dans son Arlésienne. Plus haut encore sont des individus presque normaux, à qui l'on sent cependant qu'il manque quelque chose pour être comme tout le monde. Les premiers ont été décrits bien souvent ; je vais insister seulement sur ces derniers.

9. — RETARDES DANS LE CARACTÈRE, SANS RETARD INTELLECTUEL, NI PHYSIQUE.

Ce sont des sujets à tournure d'esprit spécial, naïfs, bébêtes dans les rapports journaliers, dans les jeux pendant leur enfance, dans le monde quand ils sont devenus grands. Et parfois cependant ces êtres anormaux ont des facultés psychiques remarquables, au moins sur certains points : tantôt c'est la mémoire qui est chez eux remarquablement développée, et leur permet, au cours de leurs études, des succès brillants dans certaines facultés, tantôt c'est une aptitude aux

raisonnements abstraits qui en fait des mathématidens remarquables (1).

Dans nos grandes écoles mathématiques, il n'est pas de promotion qui ne contienne un ou plusieurs de CBS sujets, brillants tant qu'ils restent aux études abstraites, mais incapables plus tard d'utiliser pratiquement leurs connaissances théoriques, incapables surtout de diriger une réunion quelconque d'hommes groupés sous leurs ordres. Enfants, ilsontété le jouet et la risée de leurs camarades, qui, inconsciemment, se rendaient compte qu'ils n'étaient pas comme eux ; adultes, il sont incapables de rien entreprendre ; ingénieurs, leurs ouvriers seront toujours vis-à-vis d'eux narquois, blagueurs et indociles ; professeurs, ils auront la classe la plus indisciplinée, la plus « chahutante» ; officiers, ils seront incapables d'obtenir cette obéissance passive, cette conflance aveugle qui font la principale force des armées. Leurs subordonnés sentiront qu'ils n'ont pas au-dessus d'eux une puissance. Si intelligents soient-ils, leur volonté, leur force psychique, leur ascendant moral sont atrophiés.

Mais ils peuvent néanmoins rendre de grands services et arriver à de belles situations dans des carrières n'exigeant ni vigueur, ni décision.

Ils sont éminemment suggestibles ; ils font les succès

(1) Cela se voit, non seulement chez les sujets en question, mais chez les francs imbéciles. « Forbes Winslow rapporte Je cas d'un idiot qui pouvait se rappeler le jour où chaque personne était morte dans le pays depuis trente-cinq ans, se rappelait sans varier le nom et Tâge du décédé ; mais il était incapable de répondre à la moindre question, incapable même de se nourrir seul. Falret nous a dit avoir vu un imbécile qui disait immédiatement la date de la naissance, de la mort, et les principaux événements de la vie de tous les personnages célèbres qu'on lui citait. Le D^* Henri raconte le cas d'une femme dont l'intelligence était très limitée ainsi que le langage, et qui, dès qu'on lui disait son âge, répondait immédiatement le nombre de minutes que cela faisait. Âtkinson parle d'une femme idiote dont le seul plaisir était de s^occuper de questions d^ nombre. » Sollier. — Psychologie de l'idiot et de l'imbécile. Âlcan, 1901, (p. 93).

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