‹ Les enfants s'amusentChapitre 3 sur 56 · IJ · texte numérisé non relu

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hérité ! Sans désir de la femme, pourtant il avait escompté le rêve de tout homme raisonnable, la fondation d'un intérieur. Des pourparlers étaient engages avec une entreprise de pavage municipal. Une jeune lille charmante^ vous savez : sentiments religieux, des talents d'agrément, l'esprit de famille, cinq cent mille de dot (et le triple après la comparution des responsables devant le Grand Jugei. Depuis dix ans on berçait son égoïsmede cet espoir ; « ^'ous te trouverons une petite femme bien gentille qui prendra soin de toi. » C'était une chose entendue, dans le contrat avec la Providence. De plus il avait acquis le besoin d'une activité féminine autour de lui. Que faire, donc ? passer outre ? Il en eut un instant la pensée. On a déjà vu de ces ménages, après tout, très unis. (Car c'est l'essentiel.) Mais quoi ? d'un côté, le ridicule assuré dès les premiers mois du mariage. (Pas même la trève-de-Dieu des premiers étonnements, puisque... 1 la vie de soumission à une femme qui le prendrait en haine, le mépriserait, le tromperait avec l'appui du code et de la morale physiologi(iuc. 11 entrevit même un divorce à sensation, avec entrefdets dans fies échos de certains journaux. Il lui faudrait doimer sa démission : les étudiants ont de si exquises ironies ! Carrière brisée.

D'un autre côté, il se heurtait à l'impossibilité de réaliser ses projets de bonheur, de goûter la douce poésie du foyer, de passer des mains paternes dans des chevelures blond-bouclées (VoirV. Hugo, M"'"' de Genlis, Kate Grenaway elles Christmas Number, passim.) Non, il était rayé des cadres de l'espèce active ; il aurait sans cesse la lancinante sensation d'iHre incomplet.

11 rentra chez lui, ne révéla pas sa démarche auprès du médecin. De loquace et dispersé qu'il était, il deviit laconique et neurasthénique. 11 paraissait tout juste à l'heure des repas, mangeait en silence, puis se retirait pour ruminer ses peines. Il répondait brièvement aux questions de sa mère, refusait de s'expliquer. Le père, plus clairvoyant, se gardait de l'interroger. « Chagrin d'amour, pensait-il. » Cette solution qui se devinait dans le sourire discret écrasé au coin des lèvres, achevait d'exaspérer le désolé. 11 se retenait de crier à l'un : « Pourquoi "n'avez vous pas vécu, vous, au lieu de moisir sur la moleskine et de me préparer une existence fausse )) ; à l'autre : « Pourquoi ne m'avez-vous pas donné un sang plus riche, cela rentrait dans vos attributions. »

Il acheta des in folio brochés de couleur grise, et de vivaces espérances le ranimèrent. Plusieurs affiches aussi, en des lieux discrets, l'ont sollicité. Se fiant à leurs promesses, il consulta un docteur espagnol, puis un empirique au nom réactionnaire, puis un nom littéraire. Lente montée de calvaire ! Il se dévastait l'estomac à force d'avaler des drogues malsaines, s'écœurait avcr des bouillons mystérieux. De guerre lasse, il renonça à t out effort, vendit au rabais ses in-folio, car il ne faut rien perdre, et se créa tant bien que mal une résignation provisoire. A qui s'en prendre, au bout du compte. A personne. La force des choses le voulait ainsi.

En cachette de ses collègues il devint déterministe.

Des mois se passèrent, on rompit les négociations ma- Uimoniales. Sans daigner s'expliquer, le pauvre jeune homme avait refusé d'unir ses diplômes à la dot ci-des- Mis mentionnée. Il refusa d'autres dots, talents d'agréiiient, sentiments religieux, et pria énergiquemcnt qu'on lui fit cadeau de la paix, ce bien inestimable. 11 végéta, lit des cours, annota des fiches, présida des baccalauréats ; mais le cœur n'y était plus. Pourtant, il commen- (•ait à prendre son parti de sa pénible situation. 11 ne chantonnait pas encore : tout au plus si des airs d'opérette lui revenaient en tête. 11 avait reconstruit son avenir, il vivrait seul, sans doute. 11 n'en serait que plus libre pour les travaux qu'il comptait mener à bien. 11 achèverait son Dictionnaire. L'Académie des Sciences officielles l'avait fait avertir par un de sesmembres les plus influents. Encore deux plaquettes, et on l'admettait. Enfin il dressa le catalogue des grands intellectualistes qui vécurent sans femme ; et il y puisait d'approximatives consolations.

Or, un soir, il y eut chez lui un diner d'amis. Anniversaire de première dent, date de naissance, mariage ou autre cérémonie commémoralive. Au dessert, la conversation obliqua sur les soins à donner aux enfants. Déjà, il fut pris d'appréhension, subodorant une catastrophe inévitable. La vieille amie énonça de saines opinions : « 11 fallait surveiller la croissance de ces chers

petits, les stimuler au besoin à l'aide de fortifiants chimiques, etc. i) M'°'^ Z... s'emporta : « Folie ! de l'argent jeté au pharmacien ! Est-ce que les enfants ont besoin de drogues ? Ils s'élèvent tout seuls, comme le veut la nature. II ne faut pas contrarier Tœuvre de la nature. » 11 sentait monter une énorme poussée de colère, arriéré de rancune sans objet précis.

— Et tenez, regardez notre fils. Il est ■ fort, n'est-ce pas ?

— Mon Dieu... hum...

— Si, il est solide, je vous assure. Il paraît maigre, mais au fond il est nerveux. C'est son teint qui lui donno lair un peu faible ; ce nest pas à ça qu'on voit la force. Jamais il n'a été malade ; et vous savez s'il a travaillé î Kh bien ! quand il était petit, on l'aurait cru perdu tant il était chétif. A cette époque. il y a dix ans de cela, son père a voulu le conduirechez un médecin; cet homme lui ordonna je ne sais quoi. Selon lui, il aurait fallu mener le pauvre enfant à la mer, puis dans les montagnes, ensuite dans la Touraine. Avec les fonctions de son père comme c'était commode ! il aurait fallu lui faire cesser ses études, en plein succès ! le nourrir de viandes rouges si indigestes, le faire marcher, jouer à ces jeux anglais si brutaux. 11 serait mort en deux mois de ce régime ! Son père rapporta des potions baroques, du fer, de l'hémoglobine ; je n'ai pas voulu empoisonner mon fils. J'ai pris les fioles, je les ai enfermées dans ce placard. Elles y sont encore, intactes. Mais qu'est-ce que tu as ? Tu t'étrangles, mon chéri ?.. »

Il étouffait de rage.

I! jura à fendre lame, pour se dégager : cf Ali ! Immi Dieu de tonnerre de tonnerre, c'est à vous que je dois

ça ! C'est vous, qui vous êtes permis qui vous êtes

arrogé le droit de gâcher ma vie ? Non contente de me fabriquer le pitoyable tempérament que je possède vous avez empêché qu'on ne l'améliorât? Que le diable vous écrase, c'est du propre ! Vous pouvez être fiers ! Savez-vousce.qucje suis, à cette heure? je suis impuissant, immarlable, fini, sans but, sans avenir. Rien. Voilà ce que vous avez fait ! » Et sans respect pour les invités qui tombaient en figures d'âne et toussaient derrière leurs serviettes, il entama sa lamentable histoire. D'un coup, il se soulagea, débonda la haine qu'il amassait en secret depuis des mois. Aux parents atterrés, il cria son infortune, avec les mots techniques. Il dit les premières inquiétudes, la visite chez le docteur, les navrantes constatations, les essais d'espoir, les consultations chez des Inédicastres d'Espagnol, lo noble, et cet autre au nom littéraire), les stations humiliantes chez les pharmaciens, enfin la désillusion définitive. Impuissant par leur faute, à eux seuls, par leur double faute. Assurément, il eût accepté la chose sans complication, puisqu'il n'y avait plus rien à faire. Mais savoir désormais qu'il aurait pu être sauvé s'il avait été soigné à temps, si sa mère, avec ses stupides préjugés de provinciale idiote n'y avait mis ordre ! jamaisilne se consolerait de cela. Même sa nouvelle existence en était démolie ; il conserverait jusqu'à la fin le regret inapaisé de cette aubaine manquée. Le respect filial? il ne leur en devait plus. Us n'avaient qu'à mieux connaître leur atîaire. Et

l'autre qui avait cédé quand il aurait dû imposer sa volonté ! Pourquoi permettait-on à de telles gens de mettre des enfants au monde, puisque leurs produits n'étaient pas viables !

Une heure durant il leur hurla dans la face i les invités, une fois la curiosité satisfaite, étaient partis par convenance. 11 s'échangea des commentaires attristés et narquois dans rantichaml)re). Quand il n'eut plus de voix, il se retira chez lui.

Longtemps les parents, soudés à leur chaise, l'entendirent qui marchait à grands pas. Eux, dans la clarté mourante de la lampe, courbaient la tête. Une culpabilité se révélait à eux, et, mentalement, ils se reprochaient leur chlorose comme un crime. Ils ne bougeaient et n'osaient entrer dans la chambre, attendaient peutêtre le bruit d'un coup de feu.

Les pas s'arrêtèrent. « Va le voir, dit enfin la femme, tâche de lui enlever le revolver, sans attirer son attention. Moi, je n'ose pas, il m'en veut trop. » Ils allèrent, à pas de loup, entrebailler la porte, virent leur fils, vautré sur le lit, la tète enfoncée dans les oreillers, et pleurant, pleurant.

Allons-nous en ; s'il nous aperçoit, il est capable de faire un malheur. Demain, il sera mieux.

Le lendemain, en eiîet, il fut mieux. Comme c'était vraiment un jeune homme de sens rassis, il ne tenta pas de se tuer. 11 consentit à vivre pour le seul plaisir de

I ' -[lirer. 11 ne s'expatria itas, parce ((u'il n'en vil pas la

ossité, et que c'eût été médiocre comme consolation.

II continua l'existence commune avec ses parents ; ceuxj ci redoublèrent de soins, afin qu'il leur pardonnât leur

faute. 11 entretint robuste la haine qu'il leur avait vouée. Ainsi l'irréparable demeura entre eux trois. Des événements s'accomplirent sans amener de remède.

En outre, le jeune homme blafard accomplit i lui centmillionième) le tour de force de vivre sans aucune raison d'îirc, de vivre, sans phrase.

POIÉSIE

POIÉSIE.

Six lignards lâchent treize bruits, (Qu'on m'apporte un flacon d'éther !) Je vous le dis, ù gens instruits :

MOR.VLb:

Sœpe, cives, siiii/l/te.r.

Une mine est béante, un cliainp qui la domine Glisse et, soudain, s'engoulTre, avec un lon^ciVacas.

MORAI-K

Garde-toi tant que tu vivras

De jucher les champs sur la mine.

Plus que les tramways lourds j'adore l'omnibus-se C'est plus monumental et c'est moins encombré ; Et le soir, quand Phébus plonge au couchant doré. On voit de haut les gens qui braillent l'Hymne russe.

MORALE

Majoi'esqiie cadunt ex omnibus iiiiihrœ.

Il ne pleut pas depuis la semaine dernière,

Le ciel est chaud comme un poi''me de Mendès ;

ÎNe sort plus, chère enfant, sans ton cache-poussière.

MORALE

Mels manlcait quia pulris es

Quand Rosita Mauri, dont les grâces encliaiitent, Revint pour saluer le public enivré, Grisé par son sourire exquis j'ai murmuré

Mauri, tu ?7S, tes saints tentent.

Deux vieux grammairiens se disputaient pour Lise ; Mais un juge, plus tendre ou plus adroit, l'a prise, Et la loge en garni près la gare de l'Est.

Grammatici cevtanl, siib judice Lise est.

Un jour, un passant débonnaire Ayant rencontré George Oh net P'ut mordu, soudain, au poignet, Par ce romancier sanguinaire.

Il conserva huit mois la trace de ses dents

MORALE

Quand Ohnet mord c'est pour longtemps.

Que nul n'entre chez moi, dit l'auteur du Trouvère ;

Et, pour faire observer sa consigne sévère,

Il compte sur sa bonne, un monstre aux traits hideux.

Ml IRAI. F

La bonne à Verdi en vaut doux.

Lieutenant, conduisez vos hommes à Bernay,

Fuis à Pont-Audemer. — Mon Colonel, ce n'est

Pas possible. — Hein? Comment V de tels refus sont j,M'aves.

Expliquez-vous, Monsieur, et veuillez parler net.

MORALE

Il n'est pas d'Eure pour les braves !

Aveugle, je ne puis contempler la Fuller

Pourtant, grande eût été ma joie De voir celle qui met tant de tètes en l'air !

MORALE

Mais, cécité n'a pas de Loïe.

Près d'Edmond Benjamin, Henr\' Baiier pria Le bon géant par Dieu fut exaucé sur l'heure, L'homuncule des Menus-Plaisirs se fouilla

Morale L'oraison du plus fort est toujours la meilleure

Possesseur d'une belle obèse et plantureuse. Le maigrichon Tolo, d'une voix langoureuse. Lui promet six baisers. Il alla jusqu'à sept.

Morale Mince, agitât molem. et Toto se corpore miscet.

Un M Tristan lleriiard, mordu par la plus basse dos jalousies, colporte dans les cercles politiques et les milieux bien informés ce méprisable quatrain, dédié à l'auteur du Vase brisr.

AN'illy semble assez vigoureux ; Mais, pour les tournois amoureux, 11 est bien peu robuste, en somme.

MORALE

Su' l'iit, plus crhomme.

M. ^Villy tient à la disposition de toutes les personnes qui lui en feront la demande par lettre affranchie deux cents attestations, signées des noms les plus connus (noblesse;, magistrature, clergé) et dont la lecture réduit à néant les insinuations précités.

Ces attestations portent toutes le millésime de 1893.

Emmanuel Foury : un imberbe, d'aspect tout jeunet, petite tète ronde feutrée de poils courts d'albinos, mine déférente que dément l'éclat des yeux futés, dardant, à travers un lorgnon inamovible, des éclairs narquois. De lui, cette Tragédie symboliste.

A — Nous sommes lesinsanes, (Tu sais) ; un coup de canne Fait résonner nos crânes.

LE ciioKrri — Crânes, crânes, crânes.

r. — Ta la, et ti ti.

Nous être des tas De gens d'Haïti

LK ciiOKLit — Ti, ta, li.

r — 0 vous autres qui Rimez troïka Avec Clioubersky !

LE c.Hi ir.ru — Ki, ka, ki.

A — Kux dire Pancréas Au lieu de Moréas (En outre) quelle crasse !

i,E ciniKi'R — Oasso, crasse, crasse.

F, — Pùte, tarte, (eurêka) Crème, gutta-perclia Limaces, ipéca

i.E ci'ioKL'R — Ka, ka, ka.

/ — Bè, bê : Tanaïs, Vo'ga,

Tuer païens, noyer renégats :

Je suis l'alpha et l'homme est ga

LE CHOEL'u — Oa, ga, ga.

Comment saurais-je mieux finir:'

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