‹ Les enfants s'amusentChapitre 30 sur 56 · TES PÈRE ET MÈRE · texte numérisé non relu

TES PÈRE ET MÈRE

Le compte rendudcs journées de la Folie-.Mazarine est toujours savoureux : j'y ai dépiqué cette nouvelle (version du Temps) « M. Piiliot, directeur du Jounialdes .4clioiniaires, récemment décédé, (le Teniiisne précise pas; <iui du directeur ou du journal est décédé ?i, M. PilIiot li'gue une somme de lO.OOO francs h l'Académie française, dont les intérêts devront être distribués annuellement au lils OH à 1(1 hel/e-fille qui aura été le plus respectueux envers ses parents. »

Je néglige l'écriture de cette information qui semble I l'un Cherbuliez belge; attachons-nous au sens. M. Bércnger, ce protestant Calvin-gai, n'aurait pas trouvé mieux ; feu M. Piiliot a la bière folâtre. Sa plaisanterie posthume laisse bien loin les meilleures fumisteries, de llomieu, de Sapecket de Norton.

Quel cerveau d'humoriste eût inventé de modifier ainsi le quatrième commandement :

Tes père et mère honoreras

Eq vue du prix d'encouragement.

Jusqu'ici l'illusoire promesse d'une longévité, non garantie d'ailleurs, suffisait à nous faire honorer nos parents. Puis, avec le relâchement des mœurs, on a vite compris qu'il importait d'offrir une récompense pi us immédiate. Alors est venu M. Piiliot.

Quelques observations préliminaires ; la belle-fille

est ici favorisée. Un provorbc prétendant que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a, ics brus doivent d'ores et déjà être éliminées : aussi bien ce passage du testament est-il injurieux : le testateur parait considérer qu'il est particulièrement méritoire de respecter sa belle-mère, plaisanterie facile qui, pour nous venir d'un défunt, n'en est pas moins médiocre et blâmable.

Puis, trois cenis francs de respect, ce n'est pas le Pérou, si on donnait dix sous de plus, on verrait... quelque chose de mieux. Je vous demande ce qu'on peut bien avoir pour ce prix là; de la civilité puérile et honnête ! Et encore.

Vrai, on y perd, on y est de sa poche. Les filles de Loth, qui poussèrent très loin l'amour filial, au taux actuel se seraient fait payer cinq louis de supplément par tête, ce qui nous les mettrait à cinq cents francs l'une dans l'autre ; nous sommes loin décompte.

Admettons que l'on établisse le respect filial à ce3prix inouïs de bon marché; une difficulté se présente : comment vérifiera-t-on le respecl en question ? Et d'abord, qu'est-ce que le respect ?

Car c'est là le point capital ; on dit de Joseph qu'il respecta la femme de Putiphar, signifiant qu'il lui fit cadeau d'un manteau. A ce compte, feu Abailard et le regretté chroniqueur qui laissa un nom dans la même partie, eussent été les gens les plus respectueux de la terre. Non, évidemment, le testateur n'entendait pas ainsi le mot respect.

On dit d'un magistrat qu'il respecte sa robe, quand-

j1 ne roxliibc pas en de vilains endroits; suflira-t-il de ne pas emmener son père dans ces lieux-là pour ùtre un tils respectueux ? ïnsuflisant encore. Les sauvages de rOcéanie estiment qu'un enfant respectueux est forcé de manger ses parents, afin de leur épargner les infirmités de la vieillesse ; ils i)roduisent des raisons valables pour démontrer quil faut se coiiiporler ainsi, et prétendent que c'est le seul moyen de concentrer l'esprit de famille. L'espression « gentil à cro. quer » veut dire, chez eux : personnage d'un âge mûr. Nous concevons le respect différemment. Manger son père ou seulement le tuer, même pas, le contusionner, le rouler dans la boue, autant d'actions répréliensibles aux yeux du public. Deux interprétations différentes (lu respect.

Ouvrez les différents livres qui traitent du respect envers les parents : le Père prodigue, puis le Catéchisme. Ce dernier nous enseigne : « Respecter ses parents, c'est les traiter avec toutes sortes d'égards, supportant avec patience leurs infirmités et même leurs défauts. » Bien. Ouvrez maintenant la Bible; vous verrez que le sieur Noé ayant découvert le vin, celui-ci lui rend la pareille.. Tandis qu'il sommeillait en cet état ah! que M.Bérenger n'a-t-il passé par là!) ses lils Sem, Cham et Japhet l'aperçurent. Les deux premiers trouvèrent que leur père jouait à merveille les Plébins ; le troisième recouvrit soigneusement Noé. On s'est souvent extasié sur la vertu de ce jeune homme; le catéchisme et moi la jugeons suspecte. En effet, Noé, pour se boissonner ainsi, avait peut-être ses raisons ; il tenait assurément à donner à

ses fils une leçon de choses, à leur montrer comme c'est laid de boire des alcools, et où mène l'ivrognerie. Japliet, en voilant cet exemple, 1» faisait honte à son père, 2" contrariait les volontés de son père ; 3° se mettait lui-même en simple appareil : 4" ne supportait pas l'inlirmité ou le défaut de son éditeur. A la suite de l'évè- ^| nement, l'un des tils de Xoé fut maudit et devint nègre; ce fut Cham. 0 illogisme !

L'Histoire sainte est rempje de ces fallacieuses lé- -^ gendes de respect que l'on interprète mal, et qui offrent deux conclusions. Gomment se seraient comportés n( palmés en pareil cas?

Dans l'appréciation du respect, feront-ils entrer en^ balance la valeur morale du respecté ? Un fils jouit d'un père qui représente la vertu la plus parfaite et la plus aimable ; il le respecte. Un autre fils possède en guise de père la plus abominable fripouille qu'il soit donné de rencontrer, il le ou la respecte. N'est-ce pas mieux encore .' On a plus de mérite à respecter un gredin. Alors, les fils de gredins ont quelques points d'avance, ils sont avantagés. Déplorable partialité; tout le monde n'a pas la chance d'être fils de gredin.

Puis, il y a les enfants mal élevés que l'on a conduits dans le droit chemin à coups de taloches. Encore une distinction à faire ; à mon avis, il convient de laisser à l'enfant toute son initiative, dùt-il pousser la liberté jusqu'à essayer ses petits pieds sur les mollets de ses ancêtres. On ne devrait faire aux enfants nulle peine même légère. Musique de Massenet.

Enfin, IWcadémic accepte le legs : soit. Tous les ans,

fil sraiico soloimL'IIe, elle désignera le champion du irspcct pour la l-ranee (à ce prini(''-là, je prédis un bon mariage. )

On nommera des experts, sans doute, choisis parmi les gens qui se sont montrés le plus respectueux durant Iturvie. MM. J.Simon, Doucet, Legouvé eu premier lii'U ; ensuite MM Pailleron, Sardou. Ilalévy, qui apliartionnontau monde du théâtre; car personne n'ignore iliic dans le monde du théâtre, on aime bien sa mère, ^l.de Uorniera donné des gages avec la Fille de Roland; tiiHn M. Gaston Boissier, le respect fait homme, le resiHot en redingote et sourire. Cela nous fait un joli petit iVuids de jury.

[.es enfants au-dessus de douze ans seront seuls admis à concourir. Ils devront présenter un certificat ronstatant la bonne vie et mœurs, 1 âge, le degré de vénération dont Monsieur leur père est susceptible, les références (voisins, domestiques, témoins, procès-verliaux établis à la suite d'actes de respect méritoires i<)mniis sur la voie publique).

On enfermera chaque candidat avec son père dans des Idges ad hoc, et. durant deux mois consécutifs, il devra I honorer le plus possible. 11 y aura une épreuve écrite, avec des sujets tels que : « On suppose que M. votre pcre accomplit heureusement une banqueroute fraudideusc ; un jour que vous passez sur le boulevard en sa compagnie, un de ses créanciers lui crache à la figure et l'appelle voyou. Que faites-vous ? » ou encore :

^ous apercevez celui à qui vous devez le jour au bras d'une hétaïre ; il vous voit ; quelle conduite tiendrez-

Epreuve historique : « Les Dorgia dans!'

'ui

vous: »

toire de la paternité. » Ou « Œdipe avant, pendant Q après l'inceste. » On procédera par élimination. Je voii d'ici le match définitif entre M. Léon Daudet, quand I aura cessé d'avoir vingt ans, et tel autre lils à papa

II va sans dire qu'il sera interdit de tric'.ier, de pré senter des fausses mères (avis aux actrices) ou de s'ap ranger avec ses parents pour falsifier les pièces.

Je rappelle à ces messieurs du comité qu'ils auroni aussi à pourvoir aux intérêts des orphelins qui, dénuéi de parents, ne sauraient concourir; les fils naturel également, seraient, en cas d'oubli, tentés de se plaindrj d'une situation qui, comme eux, n'aurait pas de no

Telles sont les grandes lignes du projet ; à ces Mes sieurs de là-bas revient le soin de veiller aux détails.

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