‹ Les enfants s'amusentChapitre 46 sur 56 · TATOUAGES · texte numérisé non relu

TATOUAGES

Mon cher >e))er.

Personne, aujounlluii. n'ajoute plus la moindre créance à ce dicton suranné qui veut qu"en Tranfo le ridicule tue. Cette assertion gratuite — mais non obligatoire— est suffisament démentie par l'existence du corps médical, qui se porte comme M. Charme, en dépit des traits innombrables que lui a décoché la raillerie de tous les âges, sans pouvoir les faire intrare in illo doclo eorpore— tant ces purgonsont le cuir épais.

La chronique a-t-elle fait des gorges assez brûlantes du docteur Luys, ce Soleil du Corps qui plonge ses « sujets » dans une ivresse à épouvanter l'Intrépide Vide-Bouteilles, rien qu'en leur montrant de fort loin un cep de vigne, et leur procure les vomissements les plus grandioses en frottant le dos de leur concierge avec un tome dépareillé de Montépin.

On aurait pu croire que l'Académie, rendue plus prudente, mettrait un frein à la fureur de ses communications après s'être attiré les ironiques anathèmes de la chronique parisienne, de qui relèvent les princes de la science et qui sait leur donr.er — on l'a vu — de grandes et terribles leçons. Il n'en est rien. Ses membres viennent de faire le plus favorable accueil à un médecin militaire, le docteur Mohr qui en veut à notre peau et

éconisc chaleureusement l'usage du tatouage.

.Mille fois trop bon, monsieur le major!

Corles. je n'ignore jtas qu'il y a des précédents : jadisî à Condoreet, pendant les cours d'anglais de rexcelJ lent Coppinger, j'ai dévoré les Enfants du capilaim^ Grant. un julesvernissage aussi vraisembable et plui' amusant que les romans de M. Jules de Glouvet (qu'est né de Beaurepaire, à ce qu'on sait). On narrait là-dodans les aventures du géographe Pagan(,l. sur la peau duquel des sauvages avaient tatoué, avec une maestria à la Caran d'Ache, un vautour symbolique. Si mes souvenirs sont exacts, notre compatriote refusait longtemps de livrer à ladmiration du public ses croquis intimes et Unissait par se départir do cette réserve hermétique en laveur d'une Anglaise riche mais nommée Arabella (on n'est pas parfait i. qui lui offrait sa main, avec un million dedans, en disant : « Aôh, maintenant, dearest faites moà voir vautour. »

Ça c'est la fiction ; voyons l'histoire :

Dans le second volume de ce Journal des Frères Zemgoncourt, qui éclaire d'une si vive lumière rinffuence du restaurant Magny sur les lettres, les Siamois de la phrase tarabiscotée affirment avoir connu une pros-^ tituée avec, sur le ventre, celte devise Liberté, Efjalité, Frnlernilé.

0 liberté ! que de tatouages on commet en Ion nom !

A dessein, peut-être, de compenser ce jacobinisme abdominal, une rentière passionnément fidèle au.v opinions qu'elle professe depuis le temps où elle payait la pension du jeune Bonaparte à Brienne, Oabrielle Klluini, s'est fait tatouer dans la région coccygienne — plus de cent personnes me l'ont affirmé . — la célèI)ro

aînesse d'un député charcntais : «Nous forons des ! publicains une telle pâtée, que les chiens eux-mêmes iit'ii voudront pas! » C'est ce qu'on pourrait appeler iMio inscription cunéoforme.

i'our peu que cet usage préconisé par l'Esculape à ■^oldats soit patronné par M. Artluir Meyei' qui ne coniKiil pas d'obstacles quand 11 s'agit de lancer une mode iiiicUigente, trente-six millions de Français s'orneront bientôt d'un joli tatouage facile à emporter, même en voyage. L'ex-Vieux petit employé, gardien des oisons (lu Siècle an lieu d'écrire sur son chapeau : « Je suis Yves i.uyot, gardien de ce troupeau », portera désormais ce >ii:na]ement à l'orientale, sur ses fez.

M. Guy Bollard, reconnaissant aux eaux de Vichy qui lont débarrassé d'atroces coliques hépathiques gravera, a hauteur de l'organe si heureusement guéri : Veni, iiili. Vichj, une véritable profession de foie.

Ah ! tous ceux qui, par devoir ou par plaisir, fréquentent les conseils de révision, les bains froids, etc., • te., passeront de joyeux moments !

11 faut bien l'avouer, le docteur Mohr — c'est de Mohr aujourd'hui que nous vient la lumière — ne semble pas a\(iir prévu les multiples et savoureuses conséquences ili' sa proposition ; il demande seulement que l'on tait me sur la peau de nos soldats le parcours des artères it les points où elles doivent être comprimées pour ariiler l'écoulement du sang chez les blessés.

L'idée de cette carte hématographique part d'un bon naturel et dénote chez l'auteur une confiance médiocre 'lans les connaissances anatomiques de ses collègues,

mais je doute qu'elle soit appréciée par les intéressés, peu soueifux d'être ainsi transformés en manuels d'angiologie ambulants. On aurait tort de croire, en effet, qu'à l'instar des lapins dont la Cuisinière bourgeoise s'est fait, peut être un peu légèrement, l'interprète, les conscrits aiment à être écorchés vifs. Qu'on les consulte, .l'imagine que. comme les lièvres, ils préféreront attendre. • Au revoir, cher ami,

Tout tatoué

WlLLY.

ANTIVIVISECTIONNISTES

Vous pouvez fouiller tous les dictionnaires que Baudelaire compulsa jadis, à dessein d'enseigner le français à C.iadel, depuis le Littré t Lcxicon giganleum, Hachettus) jusqu'au modeste vocabulaire impéria-iste des Pays-Bas Napoléon l'ilollandaisi, je gage que vous ne trouverez l>as une défmilion satisfaisante du mot nntiviLuseciionii/v/f. C'est pourtant bien simple; l'antivivisectionniste c-t une personne exaltée, de l'un ou de l'autre sexe, qui (lierche à vivisecter les partisans de la vivisection.

Or ces misérables ne dissimulent nullement leurs intentions et nous font assavoir, par voie d'aftiches, que leurs bandes se réuniront prochainement en un congrès solennel, salle de la Société d'Encouragement (d'Enrouragemeiit à quoi V) pour entendre une conférence féminine, gratuite, intéressante et contradictoire.

Evidemment on va fort s'assommer : et les nez pacifi- (jucs seront àplaindrequi se trouveront surle plus court chemin d'un poing ù un autre. Aussi un malaise général règne sur Paris ; le gouvernement le sait mais il ne veut rien faire.

Et cependant, cependant ! ces gens là sont des récidivistes de laplusdangeureuse espèce : on n'a pas perdu le souvenir de cette antivivisectionniste enragée qui, un beau jour, chargea à fond de train Brown-Sequard, plutôt étonné, lui arracha le scalpel des mains et manifesta

l'intention arrêtée de lui passer au travers du corps un parapluie de famille. J'ignore ee qu'est devenue cette femme d'attaque, mais tout porte à croire qu'au lieu de lui reprocher énergiquement la liideur de son agrei sion et de la courber devant le docteur en s'écriant Tombe aux pieds de oe sexe à qui tu dois Tairneyi* !

Tout porte à croire, dis-je, que le commissaire de police du quartier s'est contenté de la faire reconduire chez elle, avec des égards et un fiacre. Aussi, nous la reverrons au congrès.

Pourvu, mon Dieu 1 pourvu que chez la majorité de ces estropiés du cerveau la rage ne se trouve pas à ce faite montée 1 Pourvu que la plupart d'entre eux. plus calmes, constituent ce qu'en fortification jjermanente on appelle des antivivisecleurs privés de feu ! mais rien n'est moins certain.

En effet une dés oratrices dont on nous menace. Mlle Huot, s'est jadis manifestée de lafaçon la plus tapageuse, et a méchamment tenté d'empêcher rérection(oh ! que c'est laid) de la statue de Claude Bernard en vociférant des appels à la pitié envers les bêtes qui auraient été entendus'du librettiste Gallet lui-môme. C'est elle encore qui jadis, rue Pergolèse, encourageait de la voix et du geste les ruminants encornés de l'arène à transpercer leurs picadors : « Bravo toro ! A bas les vivisecteurs » !

Je me plais à reconnaître que les immeubles par destination auxquels s'adressaient ces excitations coupables eurent le bon goût de les mépriser, mais qui pourrait répondre que les foules suspendues aux lèvres (un peu fortes) de l'orateur en jupons vont faire preuve d'une

! — lîMI —

j semblable sagesse ' Ajoutez que la Lyre antivivisedion- , iiiste qui avait promis son l'oncours et devait, par sa musique lénitive, s'efforcer dadoucir les mœurs ambiantes, ne prendra pas part à cette petite frte. Mlle Huot ayant naturellement rayt- rlu programme ouverture et morceaux détachés. Dès lors il devient impossible de préjuger ce qui va se passer au congrès.

Dans le doute, je ne saurais trop conseiller à mes lecteurs de s'abstenir et de suivre l'exemple donné par M. Pasteur qui, spécialement convoqué, aira grand soin d'aller faire un tour dans ses vignobles d'Arbois. pour l voir si le phylloxéra s y promène.

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