ET LES CHAUX RESIDU AIRES
Après l'étude de la marne proprement dite, se place celle des autres sources de carbonate de chaux; les plus importantes sont les calcaires déposés par la mer,
soit actuellement encore sur les côtes, soit aux époques géologiques, et formant alors des gisements à Tintérieur des terres.
Les calcaires marins constituent une ressource précieuse pour les contrées dépourvues de chaux, et nous trouvons encore là un des nombreux exemples de la part que peut prendre la mer à la fertilisation des continents. Ces calcaires se divisent en deux classes bien distinctes : 1** les dépôts de formation ancienne, ou faluns; 2® les dépôts de formation récente, vases de mer, tangues, trez, merls, etc.
A ces engrais calcaires ajoutons aussi les coquilles marines, formées de carbonate de chaux et pouvant, dans quelques conditions, servir à Tamendement des terres.
Enfin certaines industries, après avoir employé la chaux, laissent des résidus calcaires dont l'utilisation agricole est souvent avantageuse.
Nous étudierons successivement chacun de ces produits, qui peuvent être considérés comme des succédanés de la chaux ou de la marne.
Faluns.
Description et origine. — Les faluns, appelés encore marnes coquillières ou coquilles fossiles en France, et crags en Angleterre, sont formés par un mélange de sables grossiers avec des coquilles marines, des bryozoaires, des polypiers et madrépores, etc.; quelquefois avec des ossements fossiles, tels que les os de lamantin et de requin. Les coquilles sont rarement entières; elles sont plus souvent à l'état de débris sableux, plus ou moins pulvérulents. Les sables sont parfois cimentés par du calcaire et forment alors des blocs assez solides pour donner des pierres de construction;
mais on les rencontre presque toujours à l'état meuble ou faiblement agglutinés et friables; leur couleur est blanche, plus ou moins jaunâtre, suivant la proportion d'argile et d'oxyde de fer qu'ils renferment.
Les faluns appartiennent tous à l'étage tertiaire (miocène); ils ont été déposés en grandes couches dans les bassins occupés par les mers tertiaires ; postérieurement à leur dépôt, des cours d*eau sont venus les balayer, ne laissant des accumulations que dans les dépressions du sol, formant ainsi des bandes disséminées, comme celles qu'on rencontre dans le bassin de la Loire.
Les faluns reposent ordinairement sur l'argile à silex ou les calcaires lacustres, bien plus rarement sur les schistes ou sur les phyllades du silurien ou sur les terrains primitifs (Maine-et-Loire). Généralement les bancs de faluns sont limités en haut et en bas par des couches d'argile; leur épaisseur varie de i à 3 mètres.
Distribution géographique. — Les plus importantes falunières de la France sont situées dans le département d'Indre-et-Loire.
Voici la description qu'en fait M. Risler :
« Sur la rive droite du Cher et sur la limite de la Sologne, une grande falunière s'étend aux environs de Contres jusqu'à Thenay et Pontlevoy. Au sud du département d'Indre-et-Loire, celles de Louans, de Manthelan et de Bossée sont très connues] et ont fourni depuis longtemps des amendements aux terres argileuses et pauvres en chaux qui les entourent.
« Sur la rive droite de la Loire, le gisement de faluns le plus oriental est celui de Villebaron, au nord de Blois; puis il y en a un grand nombre et de plus considérables au nord-ouest de Tours, près de Cléré, Savigné, Courcelles, Channay, Saint -Laurent -de- Lin, Semblançay, etc.
« Dans le département de Maine-et-Loire, on rencontre également un assez grand nombre de falunières par petits bassins, qui remplissent les dépressions du sol, tantôt sur les calcaires lacustres comme à Noyant, à Chavagnes, Bouton, etc. (arrondissement de Segré), tantôt sur les schistes siluriens, comme entre Pouancé et Craon (arrondissement de Segré). Les plus nombreuses se trouvent sur la rive gauche de la Loire, dans l'arrondissement de Saumur, aux environs de Doué.
« La plus grande falunièredu département d'IUe-
et-Vîlaine est celle de la Chausserie, dans le bassin de Rennes. Dans le même département, il y a celles de Saint-Grégoire, de Gahard, d'Argentré, etc. Dans la Loire-Inférieure, on en trouve un assez grand nombre aux environs d'Aigrefeuille et de Vieillevigne. Dans la Vendée, à Challons, la Sénardière et la Gariopierre. »
C'est donc dans les départements de Maine-et-Loire, de la Vendée, de la Loire-Inférieure, d'Indre-et-Loire qu'on rencontre les grands dépôts de faluns, précisément dans les régions où le sol, par son origine géologique, exige l'apport d'engrais calcaires. On a trouvé également des dépôts de faluns, mais peu importants, en Seine-et-Oise (Grignon), dans les Landes (Dax), et dans la Gironde.
Composition. — Le falun est essentiellement constitué par du carbonate de chaux et du sable; il contient en outre de petites quantités de phosphate et de potasse. Voici, d'après MM. Risler et Colomb-Pradel, la composition centésimale de quelques-uns de ces faluns :
CarboDnte Addo PotâMe
DàilpnAtlon. de chaux. pho«phorlqne. attaquable.
Manthelan (Touraine) 38.87 0.086 0.221
Bossée, id 66.56 0.009 ^*^11
Ferrières-Larçon, id 55.19 0.009 o.5o3
Pauvrelait, id 53.43 o.cx)8 0.340
Savigné, id 75.78 0.006 0.364
Cléons (Loire-Inférieure)... 71.20 » ^ »
On devrait s'attendre à trouver dans ces calcaires coquilliers une proportion plus élevée d'acide phosphorique ; comme on le voit, le taux de cet élément n'atteint jamais le chiffre de i pour 1000 et ne doit pas, par conséquent, entrer en ligne de compte dans l'appréciation de la valeur agricole de ces amendements calcaires.
La potasse est au contraire en proportion sensible; elle provient des sables feldspathiques contenus dans les faluns; mais comme cet engrais s'applique surtout à des terrains dérivés des roches primitives, la présence de Talcali nous paraît sans grande importance.
Isidore Pierre a dosé dans un échantillon la faible quantité de o.3o pour 1000 d'azote organique.
En résumé, il ne faut voir dans les faluns qu'un engrais calcaire comparable à la marne ; on leur a, du reste, donné en certains endroits le nom de marnes coquillières. Ils se rapprochent en effet de la marne, non seulement par leur richesse en carbonate de chaux, mais aussi par la propriété qu'ils possèdent de se déliter sous l'influence des agents atmosphériques. Ce délitement est toutefois moins rapide; mais la friabilité des coquilles exposées à l'air permet à l'élément calcaire de prendre dans le sol un grand état de division.
Exploitation. — L'extraction ressemble en tous points à celle des marnes, c'est un simple travail de
terrassement; mais, les falunières reposant généralement entre deux couches d'argile, l'eau de la surface suinte à travers les fissures pratiquées pour l'exploitation et se rassemble sur la couche imperméable. Cette circonstance rend parfois l'exploitation difficile, en ce sens qu'on est obligé, lorsqu'on opère après une période de pluie ou même si la pluie survient pendant l'extraction, d'épuiser l^eau. Il convient donc d'opérer très rapidement, quand les falunières sont à sec ; aussi en Touraine, oti elles sont généralement noyées, les agriculteurs d'une commune se réunissent-ils pour opérer en commun, lorsque les circonstances sont favorables, l'extraction des quantités nécessaires; ils évitent ainsi l'envahissement par les eaux et les travaux d'épuisement. C'est, du reste, avec des pompes portatives très commodes et peu coûteuses que doit se faire cet épuisement, et non pas à bras d'hommes, comme on en conserve encore l'habitude.
Emploi agricole. — Le falun ne différant guère de la marne ou de la craie, ce que nous avons dit du marnage s'appliquera au falunage. Cette observation nous dispense donc d'entrer dans de plus longs détails, et nous nous bornerons à indiquer les doses habituellement usitées : elles varient entre lo mètres cubes par hectare pour une période de 5 ou 6 ans, et 6o mètres cubes pour une période de 25 à 3o ans. Les plus fortes doses s'appliquent aux terres argileuses et compactes, sur lesquelles l'apport de cet élément produit les meilleurs résultats. Sur les terres légères et sèches, il faut être plus réservé, de peur d'accentuer, par l'apport de parties sableuses, la perméabilité du sol.
Le falunage est tellement entré dans les habitudes de certaines régions, que souvent on l'applique aux terres calcaires-, c'est là une superfétation qu'il faut éviter.
Le falun est déposé sur le sol en petits tas, comme la marne et la chaux, et ce n'est qu'après avoir subi quelque temps le contact de Tair qu'il doit être répandu et enfoui. Les coquilles qui ne sont pas complètement délitées au moment de Temploi, finissent par se désagréger dans le sol.
Tangues, — Tre\. — Merls. — Coquilles.
Les calcaires marins de formation récente sont de nature différente, non pas tant par leur composition chimique, car tous sont constitués en majeure partie par du carbonate de chaux, que par leur aspect, leur texture et leur lieu d*origine. On a l'habitude de les classer en trois catégories : Tangue, Trez et Merls. Nous les étudierons successivement, en nous servant principale^ ment des documents fournis par de Molon, Isidore Pierre, Malagutti.
Tangues. — La tangue, qu'on désigne encore sous le nom de tanque, tangu, sablon, cendre de mer, est une sone de sable, de couleur grise ou blanc-Jaunâtre, qu'on rencontre dans les baies et dans les anses.
Origine. — On croirait à tort que cette tangue, déposée ordinairement à l'embouchure des rivières, est constituée par des apports fluviatiles; il n'en est pas ainsi. Ces dépôts sont d'origine essentiellement marine; ils sont constitués par un mélange très ténu de coquilles marines et de débris des roches granitiques ou schisteuses contre lesquelles les vagues viennent les pulvériser en se brisant. Les débris les plus grossiers restent le long des côtes abruptes, tandis que les particules fines, maintenues en suspension par le mouvement des flots, se déposent seulement lorsque la mer peut lentement s'é-
tendre sur une vaste plage; alors les parties les plus lourdes se séparent d'abord, puis, peu à peu et par ordre de densité, les parties fines; aussi la tangue est-elle d'autant plus grossière qu'on s'éloigne plus de la plage.
Ce sont ces dépôts fins qui constituent la tangue. En France, cette matière se rencontre principalement sur les côtes de Bretagne et de Normandie, mais seulement sur le littoral de la Manche, d'Ille-et-Vilaine et d'une petite partie des Côtes-du-Nord, compris entre la baie d'Isigny et Tembouchure du Gotiet; c'est particulièrement dans la grande baie Saint-Michel et dans Panse de Moidrey que la tangue est abondante.
Composition, — De nombreuses analyses de ces produits ont été effectuées, notamment par Isidore Pierre, qui a étudié les tangues les plus communément employées, depuis la baie d'Isigny jusqu'à celle de Saint- Michel.
Voici les principaux résultats de ces analyses, se rapportant à loo de tangue à peu près sèche :
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Ces analyses montrent que la proportion de carbonate de chaux varie dans de larges limites, du simple au double; et que, par suite, la valeur agricole est très différente. Outre le carbonate de chaux, la tangue contient encore près de i pour 1000 d*azote; la proportion d'acide phosphorique dépasse quelquefois i pour 100; cet élément n'existe souvent qu'à l'état de traces; il y a donc lieu d'examiner toujours à ce point de vue les produits dont on fait usage.
Le poids du mètre cube de tangue varie de 1000 à 1400 kilog.. Isidore Pierre a calculé d'après ses analyses qu'un mètre cube renferme les quantités suivantes d'éléments fertilisants ;
ProTCDAnco.
Saint-Malo
Moidrey
Avranches
Mont-Martin-sur-Mer. . .
Pont-de-la-Roque
Lessay
Cherbourg
Brévands
Isigny
Sallcnelle
Ces chiffres sont intéressants en ce sens qu'ils montrent combien peut varier l'apport des matières fertilisantes, suivant la qualité des tangues employées. Nous y trouvons l'explication des doses si variables qu'on utilise sur les dififérents points du littoral, pour obtenir dans le même sol et pour les mêmes cultures des résultats identiques.
Emploi des tangues, — L'emploi de cet amende-
Acido
Cnrbotiftta
phosphoriqnc.
A»to.
do chaux.
kil.
kil.
kU.
ment est très important; c'est du i*'^ avril à la fin du mois de juillet que s'opère son transport. Une enquête faite en 1860 établit Textraction annuelle à 2 millions de mètres cubes de Saint-Malo à Isigny, représentant un roulage dç 5 à 6,000 voitures par jour pendant plusieurs mois et un déboursé par les agriculteurs de 4 à 5 millions de francs. Ce trafic ne semble pas, à l'heure actuelle, avoir perdu de son importance.
Les cultivateurs viennent chercher la tangue à des distances de 20 à 3o kilomètres, quelquefois plus, en s'arrangeant toutefois de manière à faire le voyage aller et retour en une seule journée.
L'extraction de la tangue n'est pas ordinairement effectuée par le cultivateur, mais par les riverains (tanguiers) qui la lui vendent à raison de of,5o à i fr. le mètre cube. On estime en moyenne à environ 3 à 4 fr., le mètre cube de tangue rendu à pied d'œuvre ; ce prix ne nous paraît pas dépasser la valeur réelle de l'amendement, surtout si on tient compte des proportions d'acide phosphorique et d'azote qui accompagnent le carbonate de chaux.
L'usage de la tangue et de tous les calcaires marins étant essentiellement local, il ne nous semble pas intéressant d'entrer dans de plus longs détails sur le commerce de ces matières.
Quant à leur mode d'emploi, il varie suivant les endroits ; mais dans aucun cas on n'enfouit la tangue au sortir de la mer; une longue pratique semble avoir démontré que, dans ces conditions, elle exerce une mauvaise influence sur le sol; elle le brûle, suivant l'expression locale.
On laisse toujours la tangue exposée à l'air pendant deux mois environ; l'eau de pluie lui enlève le sel qu'elle renfermait et on observe une sorte de délitement ou de
foisonnement, qui peut augmenter le volume de 8 à lo pour loo, et qui favorise la division des particules de carbonate de chaux.
La tangue est employée soit à Tétat de compost, soit à Tétat pur, à la manière de la marne; on l'applique quelquefois aux prairies naturelles et artificielles, mais surtout aux céréales dans lesquelles on sème le trèfle.
La dose est assez variable, suivant la nature du sol, la qualité de la tangue et la durée d'action qu'on lui demande ; elle est en moyenne de 5 à 1 5 mètres cubes à rhectare, quand la matière est de bonne qualité ^tangue de Moidrey); de i5à 25 mètres cubes, quand elle est moins bonne; de 25 à loo métrés cubes, quand elle est de qualité inférieure. La quantité employée est donc en raison inverse de la teneur en carbonate de chaux. La durée d'action varie de trois à cinq ans.
Tout ce que nous avons dit des effets du marnage sur les sols et sur les cultures peut s'appliquer aux tangues. Si leur emploi ne dispense pas de celui du fumier, leur action épuisante est cependant moins à craindre, à cause de l'apport d'azote et d'acide phosphorique, qui sont généralement plus abondants que dans la marne. Isidore Pierre calcule qu'une fumure moyenne de i5 mètres cubes par hectare introduit dans le sol des quantités d'azote variant, suivant Ja qualité de ia tangue, de lo à 3o kilog., en. moyenne de 14 kilog. et des quantités d'acide phosphorique comprises entre 20 kilog. (tangue de l'Orne) et 232 kilog. (tangue de Moidrey).
L'apport de tangue à haute dose doit dans certains cas être considéré comme une véritable fumure; ainsi 5o m. cubes de tangue de Moidrey peuvent introduire dans le sol 63 kilog. d'azote et 775 kilog. d'acide phosphorique.
Disons aussi que l'emploi de la tangue est parfois immodéré. L'usage de cet amendement est devenu dans
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cenaines localités une habitude qui ne correspond plus à un réel besoin. Le sol qui depuis longtemps reçoit les engrais calcaires à haute dose, contient souvent des proportions assez élevées de chaux pour se passer de tout apport nouveau. Le principal inconvénient de cet abus est d'entraîner à des dépenses inutiles.
Vases et boues de ports de mer. — Les vases qu'on rencontre souvent accumulées, à l'entrée des ports et à l'embouchure des rivières, se rapprochent beaucoup des tangues; elles sont d'une origine mixte, c'est-à-dire constituées par un mélange de boues marines et de boues fiuviatiles. Elles sont souvent très riches en calcaire; des boues de cette nature, prélevées à Caen, contenaient à l'état sec 32 à 87 pour 100 de carbonate de chaux. Les vases peuvent agir comme amendement calcaire, mais il faut surtout les envisager comme un véritable fumier; souillées par les dépôts de matières organiques, elles sont riches en azote, en acide phosphorique et en potasse, et c'est pour cette raison que nous les avons étudiées ailleurs (t. I, p. 552). Nous ne les rappelons ici que pour mémoire.
Trez. — Le trez ou treaz, ou sablon, est un sable marin qui se rapproche beaucoup de la tangue; il n'en diffère que par une ténuité moins grande.
Les dépôts de cette matière sont moins réguliers et moins abondants que ceux de tangue; ils se rencontrent surtout sur les pentes douces des grèves de Bretagne, principalement dans les baies de Roscoff, de Douarnenez et sur plusieurs points de l'arrondissement de Morlaix. Le trez se trouve quelquefois en mer, dans les bas-fonds^ mais principalement à l'embouchure des rivières et sur les côtes , où il forme de véritables dunes.
Composition, — Nous donnons l'analyse centésimale de quelques-uns de ces trez :
Rade de Brest (sable du Minon)
Baie de Douarneiie/
Blancs sablons du Conquet.
Trez vif de Morlaix
— mort —
— de la rivière de Pont- Aven .'
Dunes de Trésire
Anse de Dinant
Trez pur de Roscoff
Sables des Côtes-du-Nord ,
(Paimpol)
Sables des Côtes-du-Nord ,
(grève de Saint-Brieuc).. .
Sables marins d'Angleterre.
Carboiuite
Phosphftbe
Subie
de chaux.
de chaux.
et argile.
AntoQTa.
Is. Pierre.
Besnou.
Parîze.
Voelcker.
Sans multiplier le nombre des analyses, nous pouvons dire que ces produits présentent une grande variabilité décomposition, que feront mieux ressortir les chiffres suivants, empruntés à une étude de M. Philippar sur les tangues, trez et merls :
Carbonate de ohaux pw 100.
Mluimum. Maximum.
Arrondissement de Brest o
— de Morlaix o
— de Châteaulin 22
— de Quimper i5
— de Quim perle Sg
M. Philippar fait observer que l'emploi de ces sables est très mal compris, et qu'il n'est pas rare de voir utiliser comme amendement calcaire et transporter à
grands frais, des produits ne contenant pas de traces de chaux.
L'analyse doit donc toujours guider le cultivateur dans la recherche et dans l'emploi de ces engrais marins. Les dosages de Tazote et de Tacide phosphorique ont généralement été négligés par les analystes; dans les trez proprement dits, l'acide phosphorique n'existe qu'en très petite quantité ; exceptionnellement sa proportion s'élève jusqu'à près de i pour 100. Il en est de même de l'azote, qui apparaît seulement lorsque le sable marin se mêle aux dépôts fluviatiles et se rapproche des vases. On voit alors apparaître la matière organique, et la teneur en azote peut aller jusqu'à o,5 pour 100.
Il faut également tenir grand compte, dans Tachât de ces produits de leur teneur en eau ; d'après M. Philippar:
Le sablon humide pèse 2.080 gr. le litre.
Le même sablon séché à Tair, pèse. 1.745 —
C'est-à-dire que dans le premier cas on transporte inutilement 335 kilog. d'eau par mètre cube.
Emploi agricole. — Les trez s'emploient comme les tangues, après exposition à l'air; mais si l'action de l'air et des pluies se prolonge, l'efficacité de l'engrais paraît diminuer (trez mort), probablement par suite de l'entraînement mécanique des parcelles plus ténues.
En raison de son état plus grossier et de sa faible teneur en acide phosphorique, le trez est moins estimé que la tangue et donne des résultats inférieurs.
MerL — Le merl, mearl ou mari, est un calcaire marin dont l'aspect est bien différent de celui de la tangue et du trez; il se présente sous forme de concrétions dures, irrégulières, avec des ramifications vermiculaires ressemblant aux petits mamelons formés par les dé-
jections des vers de terre; il est tantôt d'un gris verdâtre (merl blanc), tantôt d'un blanc rosé (merl rose).
Origine. — Voici quelle est Torigine de ces produits : certaines algues marines sécrètent du carbonate de chaux, qu'elles empruntent à la mer, pour former une sorte de test ou de carapace qui les entoure ; c'est précisément cette sécrétion calcaire qui constitue le merl. D'après M. Parize, le merl le plus estimé est produit surtout par le Lithothamnion coralloïdes; il ressemble au corail ; les merls formés par le Melobesia et le Jania sont moins estimés à cause de leur plu« grande compacité. Ces algues calcaires se trouvent en bancs de i",5o à 2 mètres d'épaisseur dans des fonds ne se découvrant pas et d'une profondeur variant de 4 à 20 brasses; leur croissance est assez rapide, puisque, d'après les observations de M. Parize, un banc épuisé par les dragages se reproduit en trois ou quatre ans.
Aux algues qui constituent le merl, s'ajoutent des coquilles mortes ou vivantes, dont la proportion s'élève parfois à 20 pour 100, ainsi que du sable et du gravier provenant des roches éruptives qui forment les fonds et les côtes. Ces bancs sont souvent envahis par des mollusques, des échinodermes, des vers qui viennent y chercher leur nourriture; enfin sur quelques bancs de merls se déposent des plantes marines; tous ces débris animaux et végétaux enrichissent le dépôt calcaire en matière organique.
Le merl est réparti sur le littoral des côtes du Nord et du Finistère; il est surtout abondant à Tembouchure de la rivière de Quimper, dans la rade de Brest, près de Morlaix, dans la baie de Concarneau et sur les côtes de Belle-Isle en mer.
Composition chimique. — Le merl est essentiellement constitué par du carbonate de chaux; les variations de
composition sont moins grandes que pour les trez et les tangues ; la proportion de cet élément est ordinairement comprise entre 5o et 75 pour 100, et s'élève exceptionnellement à plus de 80 pour 1 00. Les coquilles qui y sont mélangées augmentent le taux de calcaire et diminuent celui de la matière organique. Dans les coquilles, la proportion de carbonate de chaux est ordinairement de 95 pour 100, et celle de la matière organique de 0,5 seulement; tandis que dans le merl pur, le taux du calcaire est de 75 et celui de la matière organique de 4 pour 100 environ. Les doses d*azote et d'acide phosphorique sont fortement influencées par l'abondance des cadavres de mollusques non décomposés. La proportion des sels solubles (chlorures et sulfates alcalins) ne dépasse guère i pour 100.
L'humidité varie beaucoup; tandis que les merls non divisés s'égouttent facilement, ceux qui sont très fins retiennent plus d'eau ; il y a à prendre en considération cette circonstance, qui exerce une grande influence sur le prix des transports.
Voici quelques analyses des merls les plus employés; elles sont rapportées à 100 du produit :
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