‹ Les engraisChapitre 32 sur 69 · OO O · texte numérisé non relu

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On voit que c'est surtout par la forte proportion de carbonate de chaux que les merls se distinguent des autres calcaires marins. Le taux de l'acide phosphorique est souvent assez élevé; celui de Tazote est plus faible.

Exploitation. Emploi, — Le merl est extrait de la mer à l'aide de dragues entourées d'un filet à mailles serrées qui laisse écouler la vase ; le dragage se fait ordinairement du 1 5 mai au 1 5 octobre, par les marées basses. Le merl, chargé dans des gabarres pouvant contenir de 5 à 6 tonnes, est déposé soit sur les quais, soit sur les grèves et vendu aux agriculteurs, qui viennent le chercher de 20 à 3o kilomètres de distance. Le prix varie de ^ à 5 francs le mètre cube, pesant 900 à 1000 kilog., suivant Tétat de pureté. Les produits grisâtres, fins et odorants, sont souvent à tort préférés .par les cultivateurs, bien que leur teneur en eau soit très élevée (2 5 pour 100). Ceux qui contiennent beaucoup de coquilles, quoique plus riches en calcaire, doivent être payés moins cher, à cause de la grande lenteur de la décomposition des coquilles entières, dont la proportion atteint parfois 20 pour 100. Les agriculteurs savent, par un simple examen, déterminer approximativement la quantité de sable et de matières inertes ; mais cette appréciation sommaire ne peut suppléer à la précision de l'analyse chimique.

Pendant une grande partie de l'année, les quais du Finistère sont encombrés par les merls: le commerce de ces matières est très actif, puisqu'on peut évaluer à environ 60,000 tonnes les quantités débarquées dans les différents ports du Finistère.

Le merl s'emploie de la même façon que la tangue et que le trez, Jamais à l'état frais (merl vif), mais après une désagrégation à l'air libre et^ un lavage par les eaux pluviales.

Le merl mort, c'est-à-dire depuis longtemps exposé

3oo LES ENGRAIS.

à Tair et aux pluies, est déprécié, et a manifestement perdu de son efficacité. Ce fait peut trouver son explication dans la disparition des matières organiques azotées et aussi des parties les plus fines, enlevées par Teau de pluie.

Le merl s'emploie soit en compost, soit à Tétat pur; tantôt à doses légères (5 à lo mètres cubes) pour une courte période; tantôt à doses élevées (20 à 3o mètres cubes), principalement dans les terres fortes et pour une période de dix ans.

M. Philippar a cherché à résoudre expérimentalement la question de savoir si la substitution de la chaux vive aux sables marins est avantageuse. Il a fait des essais sur le panais, la betterave, Tavoine, le seigle, la pomme de terre, en .employant des quantités égales de chaux réelle sous forme de chaux vive et sous forme de sables marins. L^avantage est toujours resté aux derniers, aussi bien au point de vue du rendement brut que du bénéfice net.

Les considérations et les calculs relatifs à l'apport d'azote et d'acide phosphorique s'appliquent aux merls comme aux tangues. Ces dernières présentent sur les merls une supériorité en tant que finesse, mais le cultivateur n'a pas toujours le choix entre ces produits. La tangue est principalement réservée aux agriculteurs des côtes de la Manche, du Calvados, d'IUe-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord.

Comparaison entre les tre^ et les merls. — Quand on a le choix entre les trez et les merls, on donne ordinairement la préférence, malgré leur prix plus élevé, aux trez, sables calcaires qui sont plus fins et plus divisés; leur rapidité d'action les fait surtout rechercher par les fermiers sortants. Quelquefois aussi, on préfère le merl qui semble moins épuisant pour le sol, par suite de son

LES ENGRAIS. 3oi

action plus lente. Mais avant ces considérations de finesse, il faut placer celles de composition, en tenant compte, non seulement du carbonate de chaux, mais aussi de l'acide phosphorique et de Tazote. Le plus souvent, le merl présente à ces points de vue une supériorité marquée sur le trez, qui, apportant continuellement du sable, dans des terres déjà très légères, tend à les rendre encore plus perméables. Si Faction du merl est quelquefois moins rapide que celle du trez, à cause de la différence de finesse et de dureté, elle est aussi plus durable. On peut du reste rendre son activité plus grande, en le broyant au préalable, opération qui s'effectue avec beaucoup d'avantage et sans grands frais, soit à l'aide d'un rouleau puissant, soit en étalant simplement la matière dans les cours de ferme sur le passage des voitures et des animaux.

Les calcaires marins de toutes natures ont été, pour la Bretagne, une source de richesse ; la mer a apporté en abondance l'élément calcaire sur des sols qui, à cause de leur origine géologique, sont totalement privés de chaux. C'est grâce à eux qu'on a pu introduire dans ces régions la culture du trèfle et de la luzerne, qu'on a pu améliorer la qualité des prairies naturelles et accroître beaucoup le rendement des différentes cultures, blé, pommes de terre, betteraves, rutabagas.

L'emploi des calcaires marins, joint à celui des goémons, a complètement transformé, sur une largeur de 3o à 40 kilomètres, la bande de littoral comprise entre Saint-Malo et Brest, et qu on a nommée la Ceinture dorée, « Là, dit M. Risler, point de landes, peu de prairies, peu de bétail. Des céréales à perte de vue devant la mer; voilà l'aspect. Point d'assolements réguliers

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« ... Les arrondissements de Guingamp, Lannion, Morlaix et Brest produisent plus de 3 millions de kilog. de filasse de lin et de chanvre, plus de 3 00,000 hectolitres de grains exportables, graines de lin, vesces, pois, haricots et, dans les vastes jardins maraîchers qui entourent Roscoff, des oignons, des asperges, des artichauts, des choux-fleurs, dont la qualité est renommée et qui s'expédient au loin, à Paris, à Londres, à Anvers.

« Cette Ceinture dorée montre ce que pourrait devenir la Bretagne tout entière si les phosphates et les calcaires y étaient répandus partout. C'est une question de transport. »

Dans certaines contrées même, les agriculteurs, habitués de longue date à Temploi des calcaires marins, ont usé de ces engrais, à tel point que leurs sols s'en trouvent pour ainsi dire saturés, et que les apports nouveaux, continués encore aujourd'hui, ne servent plus à rien et constituent une dépense inutile, contre laquelle il est bon de mettre en garde.

Coquilles diverses. — Dans la même catégorie que les calcaires marins vient se placer une source moins importante, mais nullement négligeable, de carbonate de chaux; nous voulons parler des coquilles.

Les coquilles des mollusques sont constituées par du calcaire presque pur ; elles contiennent en outre de petites quantités de phosphate; voici la richesse centésimale de celles qu'on rencontre le plus communément sur nos côtes :

Carbonate

Phosphate

de chaux.

do chaux.

Azote.

Autcun.

Coquilles

d'oursins...

Besnou.

de bucards.

traces.

traces.

d'huîtres . . .

o.oiS

Is. Pierre.

Parize.

diverses mé-

I an crées

traces.

Ces coquilles sont donc très riches en carbonate de chaux; la proportion deTacide phosphorique et surtout celle de Tazote y sont beaucoup plus faibles qu'on ne le pense généralement; leur valeur doit être considérée comme presque exclusivement due au calcaire.

Ces produits se rencontrent souvent en abondance; la mer en dépose sur certains points de nos côtes des grandes quantités. La consommation dans les grandes villes laisse beaucoup de coquilles d*huîtres et de moules qu'on peut aussi utiliser comme amendement.

Ce. qui restreint leur utilisation, c'est la difficulté de leur pulvérisation. Mises en terre à Tétat brut, les coquilles ne se décomposent pas et sont d'un etfet sensiblement nul. Le broyage par des meules, des concasseurs et des broyeurs, le chauffage à haute température suivi de Pétonnement dans l'eau froide, sont des procédés trop dispendieux pour un produit de si minime valeur. Mais ce que l'agriculteur doit faire, lorsqu'il en trouve gratuitement à sa portée, c'est de les étaler sur le passage des voitures, sur un sol dur et pavé, où elles s'écrasent peu à peu et fournissent alors un bon amendement pour les terres.

En Hollande, entre Harlem et Amsterdam, il existe un certain nombre de fours à chaux alimentés par les coquillages du littoral; ce sont des fours circulaires où

3o4 LES ENGRAIS.

l'on superpose des couches de tourbe et de coquilles. Si les coquillages sont frais, c'est-à-dire s'ils contiennent les animaux qui les habitent, le mieux est de les broyer très grossièrement et de les introduire dans les composts ou dans les fumiers. Mais alors on s'intéresse surtout à la partie animale et on a en vue l'utilisation des petites quantités d'azote qui y sont renfermées.

Chaux résiduaires, — Cendres.

Après avoir étudié les produits naturels, directement extraits du sol ou de la mer, nous devons dire quelques mots des matériaux calcaires qui, après avoir servi à des usages industriels, peuvent faire retour au sol comme amendement ou engrais; parmi ceux-ci se trouvent notamment les chaux provenant des usines à gaz, des sucreries, les cendres lessivées des blanchisseries, etc.

Chaux d'épiiration du gaz. — Le gaz d'éclairage, après refroidissement et lavage, retient encore des substances dont il faut le débarrasser : acides carbonique, sulfhydrique, sulfureux, sulfocyanhydrique, etc. A cet effet, on emploie des procédés d'épuration chimique; le plus répandu dans les petites usines, c'est le procédé à la chaux. Celle-ci, préalablement humectée, est étendue sur des grillages en couches minces, à travers lesquelles le gaz circule, se dépouillant de ses impuretés.

Composition. — Au bout d'un certain nombre d'opérations, la chaux se trouve saturée et possède alors une forte odeur; le mélange contient, outre l'hydrate de chaux non modifié, du carbonate, du sulfate, du sulfite et de l'hyposulfite de chaux, du cyanure, du sulfocyanure et du sulfure de calcium; il retient en outre mécaniquement des matières goudronneuses et de l'ammoniaque.

Analysée après quelque temps d'exposition à l'air, la

LES ENGRAIS. 3o5

chaux d'épuration présente une composition assez variable, dont nous donnons deux exemples :

Gniham. Yoelckcr.

Eau 32.28 7.24

Soufre 5.14 »

Chaux caustique 17-72 18.23

Carbonate de chaux 14.48 49 '40

Sulfite de chaux i4-37 ) .

Hyposulfite de chaux i2.3o ) * -^

Sulfate de chaux ^4»^? 4*^4

Quelquefois le taux d'azote à l'état d'ammoniaque s'élève à o,5o pour cent.

La proportion des diverses combinaisons de la chaux diffère beaucoup suivant la durée de l'épuration; mais dans tous les cas, on peut constater que le sulfure de calcium disparaît après quelque temps d'exposition à l'air, par suite d'une oxydation énergique; l'hyposulfitc s'oxyde aussi rapidement; mais le sulfite persiste assez longtemps ; ainsi dans l'échantillon précédent, Graham trouvait encore, après trois mois, 7 pour 100 de sulfite de chaux.

Emploi agricole. — Peut-on employer directement la chaux d'épuration, qu'on trouve parfois en grande abondance dans les usines à gaz, à des prix extrêmement faibles, ou même gratuitement?

Mise au sortir des épurateurs dans une terre qui doit recevoir des semences, elle produirait des effets funestes sur la végétation; ce n'est pas le sulfure de calcium, comme on le croit généralement, qui est dangereux, puisque nous savons que son oxydation est très rapide; ce sont, en premier lieu, les sulfites et les hyposulfites, dont on doit redouter les effets sur les jeunes plantes. En second lieu, ces chaux d'épuration sont toujours im- T. m. 20

3o6 LES ENGRAIS.

prégnées de cyanure et de sulfocyanure, dont nous avons signalé Tinfluence néfaste, môme à dose très faible.

Il est donc prudent de n'employer ces chaux qu'après une exposition de plusieurs mois à Pair libre; de ne jamais s'en servir en couverture, mais de les enfouir longtemps avant les semailles, avant Thiver, par exemple, pour les semis de printemps. Le mieux encore, c'est de les faire entrer dans les composts.

Quelquefois les usines épuisent par Teau les chaux d'épuration et en enlèvent les sels solubles, qu'on utilise pour la fabrication des sels ammoniacaux et du bleu de Prusse; une tonne peut servir à fabriquer jusqu'à 1 5 kilog. de bleu de Prusse et 1 5 à 20 kilog. d'ammoniaque. Cet épuisement enlève les produits les plus vénéneux, et, après une exposition à l'air, la chaux d'épuration lavée peut être utilisée sans inconvénient, soit dans les composts, soit à la manière de la chaux ou de la marne, soit en couverture sur les légumineuses, comme le plâtre. A ce moment il ne reste plus qu'un mélange de carbonate et de sulfate de chaux, se présentant à un état pulvérulent, avantageux au point de vue de la répartition dans le sol et de Tefficacité comme engrais.

C'est seulement lorsqu'on peut obtenir ces produits, rendus à pied d'œuvre, à très bas prix, qu'on doit les employer en substitution de la chaux.

Écumes de défécation. — La chaux est utilisée dans les sucreries pour déféquer le jus de betteraves et en séparer, par précipitation, les matières organiques qui entravent la cristallisation du sucre. Lorsque cette opération est terminée, on enlève la chaux en faisant passer un courant d'acide carbonique, qui forme un précipité de carbonate de chaux insoluble. Ce précipité, égoutté et pressé, forme ce qu'on appelle les écumes de défécation,

LES ENGRAIS. 3o7

écumes de sucrerie, ou boues de carbonatation, que l'agriculteur trouve à acheter en grande abondance à la porte des usines.

Voici la composition centésimale de quelques*uns de ces produits :

PagnouL Duitont. Horsin-Déon VfoltL

Eau 40.3

Carbonate de chaux.... 38. 7

Chaux libre 2.3

Phosphate de chaux. ... 1.4

Sulfate de chaux o.3

Matières organiques .... 8,1

Azote 0.4

Mises en tas, les écumes, riches en matières organiques, ne tardent pas à s'échauffer, par suite de la fermentation qui s*y établit et qui fait perdre un peu d'azote. Ces écumes calcaires peuvent être utilement introduites dans Içs composts; leur valeur est augmentée par de petites quantités d'azote et d'acide phosphorique. Leur efficacité est grande, et leur emploi est à conseiller, si l'achat est effectué dans de bonnes conditions et si la matière, très chargée d'eau, n'a pas à subir des frais de transport trop onéreux. Elles ne sont d'un emploi facile que lorsqu'elles sont asséchées; on peut à cet effet les mélanger avec de la terre sèche, des cendres, de la tourbe. Quelquefois on les calcine pour obtenir une chaux grasse, légère et très pulvérulente.

Produits divers. — Les chaux du gaz et les écumes de défécation sont, parmi les produits d'usine que nous examinons, de beaucoup les plus importants; mais il en est quelques-uns qui, quoique moins abondants , doivent cependant être signalés.

Scories de fer. — Les scories de fer provenant du

3o8 LES ENGRAIS.

traitement des fontes phosphoreuses contiennent des proportions élevées de chaux et d'acide phosphorique ; nous nous en sommes longuement occupés, en parlant des engrais phosphatés, puisque c'est Tacide phosphorique qui constitue leur principale valeur. Les scories non phosphorées, que la métallurgie du fer produit en si grande abondance, constituées par un silicate double d'alumine et de chaux, peuvent être employées comme amendement calcaire; Vœlcker en donne la composition suivante :

Silice .• 43.509e

Alumine cl oxyde de fer 22 .qS ^-

Chaux 3 1 . 5o —

Magnésie et pertes 2 . o5 —

Dans quelques usines, ces scories sont coulées au rouge dans une turbine qui les agite et les réduit en fragments légers et poreux, se laissant facilement triturer. En Angleterre, on les emploie avec avantage à dose très élevée dans les sols tourbeux; le silicate de chaux se transforme peu à peu en carbonate de chaux, qui joue le rôle utile que nous lui connaissons.

Marcs de colle; déchets de tannerie; etc. — Dans la catégorie des chaux résiduaires, nous pouvons encore placer les marcs ou tourteaux de colle. Les matières animales, peaux, os, tendons, vessies de poissons, etc., travaillées en vue de la fabrication de la gélatine, sont traitées par la chaux et mises en ébullition. Les dissolutions laissent déposer une bouc formée de matières animales et de chaux. La chaux, en partie carbonatée, atteint la proportion de 1 5 à 25 pour 100, dans ces produits renfermant encore 45 pour 100 d'humidité. Mais ce qui constitue leur principale valeur, c'est l'acide phosphorique et l'azote;

LES ENGRAIS. Sog

aussi les avons-nous étudiés en même temps que les produits animaux (t. II, page 221).

II en est de même des déchets de tannerie, formés par un mélange de poils, de chaux et de parties terreuses.

Chaux des papeteries^ etc. — Les papeteries laissent également à l'agriculture un résidu calcaire dont Temploi peut être avantageux. La chaux est mise à Tétat de lait très épais dans un grand cylindre avec de la paille hachée; après cuisson à la vapeur, elle se dépose. Mise en tas, elle est livrée aux agriculteurs. Nous avons dosé dans un échantillon de ce produit :

Eau 28 %

Silice 9 —

Chaux libre 25 —

— carbonatée 27 —

La proportion relative de chaux vive et de chaux carbonatée varie suivant la durée d'exposition à Pair libre.

Les fabriques de soude par le procédé Leblanc laissent aussi des résidus contenant principalement du carbonate de chaux et du sulfure de calcium ; l'emploi direct de ces produits n'est guère possible; ce n*est qu'après oxydation des sulfures à l'air et enlèvement par lavage des sulfites, hyposulfites et autres sels solubles, qu'on peut conseiller de les utiliser.

Voici d'après M. Petermann lacomposition.de quelques résidus calcaires pouvant intéresser l'agriculteur :

Aelde Ean. Aiotc. phoophorique. PotoMe. Giaax.

Résidus de papeterie. 46.57 0.00 traces. 0.16 16.10

— id. 13.92 0.70 1.68 0.34 21.68

— de saunerie.. 16. 32 0.00 traces, traces. 12.40

— de savonnerie

(moyenne). 40.00 0.00 0.24 0.67 3o.25

Cendres de tanneries (moyenne) » : 0.00 1.39 i.3i 42.95

3io

On appliquera pour l'achat de ces différents produits les principes que nous avons maintes fois exposés en parlant de résidus industriels, c'est-à-dire qu'on déterminera le prix à leur attribuer, d'après l'analyse chimique et les facilités d'approvisionnement.

Cendres lessivées ou charrées. — Il est une autre matière qui offre au point de vue agricole une réelle importance, ce sont les cendres rejetées par les blanchisseries et les savonneries, après épuisement.

Composition, — Ces cendres lessivées ou charrées diffèrent essentiellement des cendres vives, dont nous avons parlé précédemment et qui contiennent en quantité très élevée des sels potassiques. Les charrées , privées par le lavage de leurs principes solubles, ne contiennent que du carbonate et du phosphate de chaux. Les analyses suivantes, dues en partie à M. Bobierre, nous fixeront sur leur composition et leur valeur agricole :

Matières organiques et charbon

Sels alcalins

Silice

Phosphate de chaux, mélangé d'alumine et d'oxyde de fer. . .

Carbonate de chaux.

3o.oo

ÎC

lo.go V 26.60

Lorsque les cendres de plantes marines sont lessivées pour l'extraction des sels potassiques, elles donnent des produits peu différents des précédents. Ainsi on trouve dans des charrées de goémons :

LES ENGRAIS. 3ii

Eau 20 à 3o. 9é

Carbonate de chaux 20 à 3o. —

Sulfate de chaux 2 a 6. —

Silice 25 à 40. —

Matière charbonneuse 8 à 10. —

Il faut donc considérer ces produits comme représentant un engrais calcaire et en même temps phosphaté ; les analyses précédentes ne donnent pas le dosage exact de Tacide phosphorique , mais on peut admettre qu'il varie de 2 à 8 pour 100. La potasse n'a pas été totalement éliminée; sa proportion est inférieure à 1 pour 100; elle se trouve surtout à l'état de silicate.

Emploi, — Il n'est pas surprenant qu'une pareille matière produise de bons résultats dans les sols granitiques, auxquels elle apporte les éléments qui lui manquent le plus. Aussi son usage est-il depuis longtemps répandu en Bretagne et en Vendée, où le commerce en est très actif.

Les cendres lessivées sont aussi employées dans les départements du Rhône, de la Haute-Saône, de Saôneet-Loire , des Vosges, delà Loire-Inférieure, du Jura, de l'Ain, de la Sarthe, de l'Indre, du Nord et du Calvados; en Allemagne et en Hollande, elles sont très appréciées comme matière fertilisante.

Les charrées se vendent généralement à l'hectolitre; il y a peu de matières qui aient subi plus d'adultérations, par addition de sable, de charbon, etc., etc. L'aspect, l'odeur, les caractères extérieurs ne peuvent donner à l'acheteur aucune indication précise sur la valeur de ces matières, et si les achats ne sont pas basés sur l'analyse chimique, on s'expose à les payer à un prix trop élevé.

La charrée est employée en quantités très variables, allant jusqu'à 100 hectolitres par hectare, suivant la durée d'action que Ton assigne à cette fumure; la dose

3i2 LES ENGRAIS.

habituellement usitée estde 25 à 3o hectolitres par hectare, pour une période de cinq à six ans. Elle produit d'excellents effets sur les terres de défrichement et sur les terres fortes ; son action sur les praîiries basses est particulièrement remarquable.

La charrée s'emploie soit en compost, soit directement, à la manière de la chaux ou de la marne; on n'a point à craindre, comme pour la cendre pure, une action corrosive sur les organes végétaux.

Dans les terres de défrichement, on a maintes fois observé la supériorité des cendres lessivées sur les cendres pures; ce fait pourrait sembler surprenant, puisque les cendres pures contiennent les mêmes éléments que les cendres lessivées et en outre de la potasse. Mais si Ton se rappelle que les sols granitiques exigent surtout des engrais calcaires et phosphatés et non des engrais potassiques, on comprend que c'est la matière contenant la proportion la plus élevée de chaux et d'acide phosphorique, c'est-à-dire la charrée, qui donnera les meilleurs résultats.

Dans les Vosges, les agriculteurs sont habitués depuis de longues années à l'emploi des cendres lessivées; ils vont les chercher jusqu'à loo kilomètres ; elles constituent l'engrais par excellence des grès quartzeux,et leur concours a permis d'introduire dans les sols qui en dérivent, le froment et le seigle et d'améliorer beaucoup la qualité des prairies. M. Risler fait observer que c'est là une pratique mal raisonnée; les frais qu'on s'impose pour l'achat et le transport de ce produit seraient bien mieux utilisés à l'achat des engrais phosphatés, qui permettraient d'obtenir à plus bas prix des résultats supérieurs.

Nous espérons que dans un avenir peu éloigné l'agriculteur, plus instruit, s'adressera de moins en moins à

LES ENGRAIS. 3i3

ces engrais encombrants qui occasionnent de grands frais de transport. Ils avaient leur raison d'être, alors que les engrais concentrés étaient peu connus. Aujourd'hui c'est seulement leur bas prix qui doit engager l'agriculteur à y avoir recours; mais il ne faut pas que, pour obéir à une habitude, on s'impose des sacrifices hors de proportion avec les résultats obtenus.

Cendres diverses. — Nous devons, après Tétude des cendres lessivées, dire quelques mots des cendres de tourbe et des cendres de houille, dont l'emploi est très répandu dans certaines régions. Bien que ces cendres n'aient pas subi, comme les précédentes, un lavage qui les prive de leurs sels solubles, c'est parmi les amendements calcaires qu'il convient de les placer et non parmi les engrais potassiques, comme les cendres pures de bois ; elles sont, par leur nature même, presque dépourvues de sels alcalins.

Cendres de tourbe, — La tourbe noire, très abondante en Belgique, en Hollande, en Angleterre et dans les départements septentrionaux de la France, sert souvent de combustible dans les foyers industriels ou domestiques ; les cendres en sont recueillies et sont parfois l'objet d'un commerce assez important.

Les tourbes contiennent des proportions très variables de cendres, allant de 4a 1 5 pour 100 de leur poids ; pratiquement, on compte que 1 2 tombereaux de tourbe donnent un tombereau de cendres.

Voici l'analyse de quelques-unes de ces cendres de tourbe :

Aiitcnn.

France (Longueau).

Belgique (Réthy)..

— (Maestrichi)

Allemagne (cendres

calcaires )

trAces

id.

id.

M. Hitler.

M. Petermann.

M. Wolff.

Allemagne (cendres ferrugineuses) ...

Allemagne (cendres gypseuses)

Dans la vallée de la Somme on rencontre fréquemment, à côté des tourbes noires et des tourbes mousseuses, des tourbes grises renfermant peu de matière organique, mais composées de débris de coquilles, de craie, d'argile, etc., de matériaux entraînés parles eaux et qui sont venus se déposer en certains points.

On amasse ces tourbes grises en petites meules, qu'on allume à Taide de tourbes noires. Les cendres obtenues ainsi contiennent de la craie, du plâtre, des silicates de fer et d'alumine, mais elles ne renferment que des traces de potasse etd'acide phosphorique. Ces éléments sont répartis avec la plus grande inégalité; ainsi, tandis que les cendres de tourbes de l'Étoile ne contiennent guère que du carbonate de chaux, celles des environs d'Amiens, Camon, Pont-de-Metz renferment jusqu'à 54 pour loo de leur poids de plâtre; dans d'autres, à Puquigny par exemple, les cendres contiennent jusqu'à 5i pour 100 de leur poids de matières silicatées.

En voici quelques analyses effectuées par M. Hitier sur des échantillons recueillis par lui dans les vallées de la Somme :

LES ENGRAIS. 3i3

Carbonate Sulfate SIlU«bos do

de chaïu. de clmnx. fer et d'alumine.

Cendres de Longueau 41.5 43.0 i5.5

— de Pont-de-Mctz.. . 5i.2 8.3 40.5

— de Camon ^7*7 12.7 19.6

Voici une analyse plus complète d'une cendre très estimée de la vallée de la Somme :

Carbonate de chaux 9 r . i o p. 1 00

Sulfate de chaux 2.55

Acide phosphorique o.i3

Potasse o.o5

Oxyde de fer i .02

Résidu insoluble dans les acides 4.00

Humidité i .o5

Total 100.53

Cette cendre est très fine et passe au tamis de i millimètre.

Il est étonnant de constater, quelle que soit Torigine de la tourbe, Tabsence presque complète d'acide phosphorique. Cet élément, qui existait pourtant dans les matières végétales ayant donné naissance à la tourbe, a passé dans les produits solubles de leur décomposition effectuée sous Teau. MM. Moride et Bobierre ont introduit dans des tourbières artificielles une quantité connue de phosphate insoluble ; ils ont constaté au bout de peu de temps sa solubilisation et son entraînement dans les liquides.

Le même fait s'est produit pour la potasse, qui est également fort peu abondante; les chiffres suivants de Wohl en fournissent la démonstration :

Potasse

Soude

Chlorure de sodium Silice

C«ndrei d« sphagnam

arant putréfaction.

Cendres

après

14 mois

de

putréfaction.

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