I. II. III. IV. V
llTro*. livres. llrrcji. hTre«. livre».
Exportations de potasse. . 3g'i 333 260 112 20S
Importations 494 700 686 549 686
Gain loi 367 426 437 478
Les gains varient beaucoup, çuivant la répartition des cultures et surtout suivant l'étendue des prairies, mais ils sont toujours élevés.
En résumé, la disparition de la potasse du sol n'est pas à redouter comme celle de l'acide phosphorique , et moins encore que celle de l'azote ; car, comme nous le verrons plus loin, la potasse reste acquise au sol et ne se perd pas dans les eaux de drainage.
Examen des sols des principales régions, — L ensemble 'des observations pratiques faites en France a conduit à considérer l'apport des engrais potassiques comme d'une importance secondaire, et beaucoup d'agronomes pensent qu'il y a lieu d'être assez réservé dans leur emploi.
M. .Grandeau déclare que leur application aux sols de la Lorraine est peu avantageuse.
M. Garola constate que dans la plupart des terres de Beauce qu'il a examinées et qui appartiennent au limon des plateaux et au conglomérat ou argile à silex, Taddition des sels potassiques est rarement utile. M.Colomb-Pradel, dans une autre partie de la Beauce, arrive à une conclusion analogue et conseille de renoncer à l'emploi des engrais potassiques, parce que le rendement ne semble pas en rapport avec le surcroît de dépense. Les formations tertiaires occupent en France une vaste étendue deterrains : le paysdeCaux, le Vexin normand, le Perche, une partie de la Touraine, de la Picardie et de l'Artois, la Beauce, la Brie, etc., appartiennent aux argiles à silex, et remploi des sels potassiques y est rarement avantageux; c'est ce qui résulte encore des observations de M. Pagnoul pour le Pas-de-Calais, de M. Gatellier pour Seine-et-Marne, de M. Dehérain pour le Nord et Seîneet-Oise.
Il en est de même de la plupart des terres d'alluvions quaternaires.
Nous parlons ici d'une façon générale; mais nous devons faire remarquer que parfois, même dans les argiles à silex, la potasse peut n'exister qu'en faibles proportions, et que dans les sables alluviens ou diluviens il n'est pas rare de constater l'insuffisance de cet alcali. 11 y a donc des exceptions à signaler.
Tous les terrains dérivés des roches primitives {Mcrvan. Plateau central, Bretagne, Vendée', qui couvrent le 1/5 du territoire français, sont très richement pourvus de potasse. 11 en est de même des terrains volcaniques. Les schistes appartenant aux terrains de transition cambrien, silurien, dévonien \ donnent en Bretagne, dans l'Anjou, le Maine, la Sarthe, la Mayenne et Maine-
et-Loire, dans une grande partie du Cotentin et du Bocage normand, des sols où remploi de la potasse est très rarement avantageux.
Les marnes du lias, qui couvrent plus de 2 millions d'hectares, produisent dans le Nivernais, le Bessin, l'Allier, sans le concours des sels potassiques, de magnifiques herbages où les légumineuses abondent.
Par contre, l'absence de la potasse est à signaler dans les terres siliceuses provenant du grès; dans les Vosges, par exemple, la rareté de cet élément est une des causes d'infertilité, et l'on est assuré de retirer de bons résultats de l'emploi des sels potassiques dans de pareils terrains.
Mais ce sont surtout les sols calcaires, appartenant à l'étage crétacé, qui sont, en France, les principaux consommateurs des engrais potassiques. La restitution de potasse par le fumier y est insuffisante ; car le fumier est pauvre en potasse, comme le sol qui lui a donné naissance. M. Joulie a trouvé dans un fumier provenant d'une ferme située dans la craie de Champagne, 0,29 pour 100 de potasse seulement, alors que le fumier d'une ferme du Vallage (Aisne), en contient 0,62 pour 100.
M. Risler a fait ressortir tous les avantages qu'on peut retirer de l'emploi des sels potassiques dans de pareils sols, en s'appuyant sur les expériences de M. Ponsard à Châlons-sur-Marne et de M. de Rohans près de Reims. Le premier a reconnu qu'avec 200 kilog. de sulfate de potasse ou 200 kilog. de chlorure de potassium, le rendement de la luzerne est augmenté d'un tiers. M. de Rohans a obtenu les résultats suivants pour le blé :
Blé.
Gmlns. Faille.
kU. kil.
Engrais complet 2.785 7.000
— sans azote 2.670 5.43o
sans phosphate 2.000 6.320
— . sans potasse i.oi5 4.025
Dans les craies de Champagne, il faut compléter l'action du fumier par l'addition de sels potassiques : 100 kilog. pour le blé, 200 kilog. pour les betteraves; 3oo kilog. pour les luzernes.
Les terrains provenant de la décomposition des calcaires jurassiques et qui, dans une certaine mesure, se rapprochent des terrains crétacés, se montrent souvent favorablement impressionnés par l'application des engrais potassiques, comme le prouvent les expériences suivantes de M. Colin :
Foin pAr hectare.
kil.
Sans engrais 2 . 1 83
Engrais complet sans potasse 3 .028
— avec potasse 3.333
Parmi les terrains particulièrement sensibles à Faction des engrais potassiques, nous parlerons encore des terrains sableux, dont le type le plus accentué nous sera fourni par les Landes de Gascogne. La proportion de potasse y dépasse rarement le chiffre de o,5 pour i.ooo, et souvent même on n'y trouve que des traces de cet élément.
M. Gayon a vu dans de pareils sols le rendement en sarments de vignes passer, en deux années totalisées, de 3.700 grammes pour la parcelle témoin, à 5. 200 grammes pour la moyenne des parcelles fumées aux engrais potassiques.
On peut comprendre parmi les sols pauvres en potasse les parties sableuses de la Sologne; quand la couche sous-jacente d'argile est à une faible profondeur, les plantes peuvent y trouver leur alimentation en alcali; mais là où la couche sableuse est épaisse, il n'y a que des quantités très faibles de potasse. En général, dans la Sologne, d'après les observations de M. Coloml?- Pradel, les terres retenant Teau à leur surface n'ont pas besoin de potasse; les parties sèches, au contraire, doivent être sensibles aux fumures potassiques.
Les terres sableuses, lorsqu'elles ne sont pas d'origine manifestement granitique, réclament des engrais potassiques; abandonnées à elles mêmes, elles sont propres seulement à la production forestière, très peu exigeante en potasse (7 a i5 kilog. par hectare et par an). Si l'on veut obtenir des cultures plus intensives, Temploi de la potasse est obligatoire. Nous aurons, du reste, l'occasion d'insister sur le parti qu'on a su tirer en Allemagne des sols sablonneux à l'aide des fumures potassiques.
Enfin nous ajouterons à la nomenclature des terrains souvent pauvres en potasse, les terrains tourbeux, qui proviennent de la décomposition lente des matières organiques en l'absence de l'air et du calcaire. C'est surtout lorsque la tourbe s'est formée sur lin sol pauvre en potasse ou qu'elle a pu être davantage lavée par les eaux, qu'on y rencontre moins d'alcali. Ce cas est fréquent, et si l'on sait alors combiner l'emploi des engrais potassiques et calcaires avec les travaux d'^assainissement et de dessèchement, on peut retirer d'excellentes récoltes de semblables terrains. La culture des terrains tourbeux qui, en Allemagne, occupent de vastes surfaces, a été dans ce pays l'objet de recherches spéciales ; l'exploitation de M. Rimpau à Cunrau offre un exemple
remarquable des bons effets qu'on peut attendre de remploi simultané des sels potassiques et des engrais phosphatés. Ainsi pour le colza la récolte est de :
Sans fumure • 7
Avec acide phosphorique seul 12
Avec potasse seule 1 3
Avec acide phosphorique et potasse 43
Sur les 1 .200.000 hectares des sols tourbeux de France, il en existe un grand nombre où des procédés analogues à ceux mis en œuvre par le système Cunrau produiraient d'excellents résultats.
Pour résumer ce qui précède, nous pouvons dire d'une façon très générale que, si dans des terrains extrêmes, craies, sables ou tourbe, la potasse est indispensable, dans un plus grand nombre de cas, représentés par les terres cultivées de longue date, recevant du fumier d'une façon régulière et constituées par un mélange de sable, de calcaire et d'argile, son avantage est très problématique et son emploi ne peut être conseillé qu'à la suited'expériences démonstratives, dans lesquelles on tiendra compte non seulement Hu surcroît de récolte, mais aussi du bénéfice net.
M. Dehérain a fait observerdepuis plusieurs années déjà « qu'il ne s'est pas créé un marché des sels potassiques, comparable à celui qui s'est établi sur les phosphates; il est donc vraisemblable qu'habituellement les sols cultivés renferment une quantité suffisante de potasse pour qu'il soit inutile d'en ajouter ».
En examinant les opérations effectuées dans ces dernières années par différents syndicats agricoles, nous constatons, de notre côté, que la tendance des agriculteurs n'est pas vers les achats de sels potassiques.
Dès 1875, en Angleterre, Timportation des engrais à base de potasse s'était ralentie, et Vœlcker attribue ce fait à ce que ces sels n*ont pas répondu à Tattente qu'on avait d'abord conçue. Les expériences de ce savant ont en effet démontré que, « dans la plupart des terres en bonne condition agricole, le mélange des sels de potasse avec d'autres engrais, ne produit pas un effet sensible sur les récoltes auxquelles on applique le mélange. Mais sur les sols maigres, sablonneux, sur les prairies épuisées et sur les tourbes, les sels potassiques mélangés avec des os dissous, du superphosphate et du guano, ont produit un excellent effet. »
En Allemagne, au contraire, si Ton fait exception pour quelques régions à sols très riches, telles que la Saxe, on attache à l'application des sels potassiques une importance capitale; on les voit figurer dans presque toutes les formules de fumure. Cela paraît tenir surtout à ce que de grandes étendues de terrains sont constituées par des sols auxquels manque l'élément potassique (sables et tourbes). Peut être aussi est-ce une tradition scientifique remontant à Liebig, qui croyait que la potasse disparaissait rapidement du sol et, voyant là une cause de stérilité, s'alarmait à ce sujet? Peut-être encore TAllemagne, qui a le monopole des gisements de potasse, a-t-elle une tendance à exagérer l'importance de l'emploi de cet élément, qui est pour elle une source de richesse? Toujours est-il que les agronomes et les savants les plus autorisés de ce pays cherchent à faire entrer cet engrais en plus large proportion dans la pratique agricole, et qu'on est allé jusqu'à demander d'interdire l'exportation des produits potassiques, La même crainte que nous avons manifestée pour notre pays, en ce qui concerne l'exportation incessante de nos produits phosphatés en faveur de l'étranger, semble se manifester
chez nos voisins en ce qui concerne les sels potassiques. L'Allemagne, il est vrai, possède d'immenses étendues de terres sableuses et de terres tourbeuses, où l'emploi de la potasse donne les meilleurs résultats.
On voit, en résume, que si, dans le plus grand nombre des cas. il est inutile de se préoccuper de l'apport d'engrais potassiques, il y a cependant des conditions spéciales où leur emploi est nécessaire.
Formes de la potasse dans le sol. — La potasse affecte dans le sol des formes diverses, que nos méthodes analytiques ne nous permettent pas de différencier suffisamment : c'est là une lacune regrettable, parce que ces diverses formes ne se prêtent pas également à la nutrition des plantes. Les unes sont au plus haut degré d'assimilabilité, les autres, au contraire, sont totalement réfractaires. Il ya un grand intérêt à déterminer la partie qui est actuellement utilisable, et qui seule doit entrer en ligne décompte pour l'évaluation de la fertilité présente. La réserve lentement assimilable n'intéresse que l'avenir. *
C'est à l'état de silicate double d'alumine et de potasse qu'on rencontre la plus grande partie de cet élément, et c'est de cette forme primordiale que dérivent toutes les combinaisons plus assimilables. La potasse de ce silicate peu attaquable, constituant la réserve du sol, ne peut être dosée que si l'on fait agir des agents très énergiques.
Comment la nature procède-t-elle pour mettre lentement cette potasse en liberté et la présenter aux racines sous une forme assimilable ?
La chaux certainement joue un rôle important dans cette action; elle se subsitue à la potasse dans le silicate et peut, comme l'a montré M. Risler, mettre lentement en liberté cet alcali. L'absence de la chaux doit certaine-
ment rendre inerte la potasse contenue dans le sol; et cette considération explique cette anomalie, signalée précédemment, de TefFet de la potasse sur des sols granitiques riches en potasse, mais pauvres en calcaire.
L'eau chargée d'acide carbonique agit de son côté, mais dans une mesure assez faible. Si cette action était très énergique, nous verrions la potasse apparaître en abondance dans les eaux de drainage. La matière organique aussi se charge de solubiliser la potasse par. un mécanisme encore mal connu.
Comme pour le phosphate, on peut diviser par la pensée la potasse en deux parties : celle qui se trouve pour ainsi dire à l'état nu, dégagée de sa combinaison avec les éléments rocheux, et celle qui fait partie intégrante de la roche elle-même. La première forme est la plus immédiatement utile aux végétaux, la seconde ne le devient que par une lente décomposition des éléments rocheux.
Quoi qu'il en soit, si nous examinons la terre à Taidede réactifs variés, comme Tont fait MM. Berthelot et André, nous pouvons, dans une certaine mesure, nous rendre compte de Tétat dans lequel se trouve la potasse.
Potasse soluble dans Veau. — En lavant la terre par de Teau, on dissout de petites quantités de potasse, combinée soit à des acides minéraux tels que les acides sulfurique, chlorhydrique, azotique, soit encore alliée aux matières organiques du sol. Ce lavage ne se fait pas rapidement, ni par de petites quantités d'eau; pour épuiser Faction de ce dissolvant sur la terre, il faut en faire passer de très grandes quantités. 11 semblerait donc que la potasse du sol soluble dans Teau se trouve en réalité être très peu soluble, ce qui est en contradiction . apparente avec ce que nous savons des sels potassiques. Cette faible solubilité ne tient pas cependant aux combinaisons po-
tassiques elles-mêmes, mais à une action particulière des éléments du sol, qui les fixent par un véritable pouvoir absorbant.
Dans le premier volume de cet ouvrage (t. I, p. 104), nous avons insisté sur cette faculté de la terre végétale, et nous avons montré qu'elle est due à Targile et à rhumus qui y sont contenus. Cette faculté de retenir les sels de potasse est précieuse;, c'est elle qui empêche les eaux pluviales d'éliminer du sol ce principe fertilisant; aussi les eaux de drainage en contiennent-elles seulement de petites quantités, même alors que le sol en est abondamment pourvu. Cette potasse, que des lavages prolongés finissent par dissoudre, doit être considérée connme celle qui est au plus haut degré d'assimilabilité, immédiatement accessible aux racines des plantes.
On peut la mettre en évidence et la déterminer plus facilement, en détruisant dans le sol le pouvoir absorbant des matières qui la retiennent. M. Schlœsing a proposé de traiter la terre à froid par une quantité d'acide, juste suffisante pour décomposer l'humate de chaux et coaguler l'argile, afin de leur enlever la faculté de retenir les sels solubles. On obtient alors immédiatement en dissolution cette potasse qui existe dans le sol sous une forme soluble et qui doit être regardée comme étant la plus efficace. Il est regrettable que ce procédé n'ait pas encore été adopté par tous les chimistes.
Potasse soluble dans les acides concentrés, — Si au lieu d'opérer comme nous venons de le dire, on attaque la terre par des acides concentrés et bouillants ou même par l'eau régale, suivant les procédés le plus souvent adoptés, on obtient alors simultanément la potasse qui est soluble dans l'eau et une partie de celle qui, se
trouvant engagée dans différentes combinaisons insolubles, est forcément beaucoup moins apte à être utilisée par les plantes. La fraction de potasse ainsi obtenue est variable avec la concentration des acides et avec la durée du traitement. Pour obtenir des résultats comparatifs, il est donc indispensable de déterminer exactement les conditions dans lesquelles on opère, la nature et la concentration de l'acide employé et la température de la réaction. Cependant, même alors qu'on se place dans des conditions identiques, il est impossible d'attribuer une valeur absolue aux résultats des analyses, puisqu'on obtient simultanément la potasse susceptible d'être absorbée immédiatement et une fraction de celle qui constitue la réserve lentement utilisable. Les chiffres que donnent les chimistes pour exprimer la potasse du sol se rapportent généralement à ce dernier procédé.
Potasse totale. — Il existe un autre moyen, rarement employé, qui consiste à déterminer la totalité de la potasse contenue dans la terre, sans s'inquiéter de son état de combinaison, en dégageant la potasse de ses combinaisons silicatées, soit par l'acide fluorhydrique, soit par la chaux aidée d'une haute température. Ce procédé a tout au moins l'avantage de fournir des résultats absolus et de donner dans son entier la réserve de la potasse existant dans le sol.
Nous citerons quelques chiffres montrant les variations qu'on peut obtenir, suivant le procédé adopté.
D'après M. P. de Gasparin, on obtient pour les mêmes terres :
PoUsac pour 100 :