ENGRAIS COMPOSÉS DU COMMERCE
Les inconvénients que présente Tutilisation des engrais complexes naturels sont très réels, et cependant le commerce s'est pour ainsi dire ingénié à augmenter encore les difficultés de Temploi des matières fertilisantes, en créant une vaste catégorie d*engrais, connus sous le nom général d'engrais composés ou complets.
Jamais l'agriculteur ne doit s'adresser à de pareils produits, non seulement parce que ceux-ci ont au plus haut degré Pinconvénient que nous venons de signaler, dans les engrais qui sont complexes de leur nature même; mais encore, parce que ces mélanges lui sont toujours vendus à un prix hors de proportion avec leur valeur réelle, le fabricant faisant payer d'une façon excessive l'opération du mélange qu'il a effectuée et que l'agriculteur pouvait faire lui-même presque sans frais. A vrai dire, nous aurions volontiers passé sous silence cette catégorie d^engrais, en nous bornant à conseiller aux agriculteurs de n'y avoir recours dans aucun cas et de s'adresser exclusivement aux engrais simples, qu'ils peuvent eux-mêmes mélangera volonté. Mais l'abondance de ces produits sur les marchés, la faveur dont ils jouissent au
près du public agricole insuffisamment éclairé, et l'insistance mise par le commerce à les faire entrer de plus en plus dans la consommation, nous obligent à nous y arrêter et même à en faire une étude approfondie.
Dénominations. — Les engrais complexes se présentent dans le commerce sous les noms les plus variés; ceux-ci tantôt en rappellent plus ou moins Torigine, tels que : engrais animal ou animaliséy engrais organique complet^ etc., etc.; ou la composition, tels que : engrais phospho-as^oté, phospho^potassique^ etc.; ou la destination, tels que : engrais pour la vigne, pour la betterave^ etc. Souvent on les désigne seulement par des lettres ou par des numéros, chaque maison ayant sa marque propre; tantôt ils portent le nom d'une région, d'une ville ou d'un fabricant; tantôt enfin ils ont un nom de fantaisie. Ces dénominations sont souvent de nature à induire l'acheteur en erreur sur l'origine et la valeur de l'engrais.
Fabrication — Ces produits sont le résultat du mélange d'engrais simples ou complexes et quelquefois de matières inertes. Leur fabrication est des plus simple; elle consiste à incorporer les unes aux autres les matières premières préalablement pulvérisées, par un pelletage à bras d'hommes ou par des procédés mécaniques, sur lesquels nous n'avons pas à nous étendre. Pour rendre ces matières plus homogènes, on a souvent recours à un broyage, en les faisant passer, par exemple, plusieurs fois à travers un applatisseur ou un concasseur; puis on les tamise à la claie ou sur des tamis métalliques analogues à des bluttoirs. Le matériel employé n'est ni compliqué, ni dispendieux; les diverses opérations sont simples et rapides, elles peuvent s'effectuer à la ferme presque sans frais; elles ne sont donc pas de nature à augmenter dans une proportion appréciable la valeur de
Tengrais; aussi la plus-value donnée à ces produits par les vendeurs n'est-elle point réelle et se traduit-elle pour l'acheteur par un sacrifice d'argent inutile.
Aspect extérieur. — Ces engrais ont les aspects les plus variés, suivant la nature des matières qui entrent dans leur composition ; le plus souvent, ils sont pulvérulents; quelquefois pâteux ou cristallins; parfois aussi, ils se prennent en masses dures et compactes, qu'on est obligé de pulvériser avant l'épandage. Leur homogénéité est plus ou moins grande ; tantôt il est facile d'opérer le triage des matières premières ; tantôt la finesse est telle qu'il est impossible de les distinguer ; c'est là évidemment une condition avantageuse, et nous devons à la vérité de dire que, sous le rapport de la finesse et de l'homogénéité, les grandes fabriques d'engrais sont arrivées à des résultats très satisfaisants.
La couleur de l'engrais va du noir au gris-blanc, suivant la proportion relative des matières organiques, des sels, des phosphates et du plâtre. Obéissant, il faut en convenir, à des préjugés invétérés dans certaines régions, les fabricants cherchent à se rapprocher de la couleur la plus estimée, par l'introduction de matières diverses ; ici, l'agriculteur n'accorde sa confiance qu'aux engrais d'un aspect foncé ; là, il refusera tout engrais qui n'a pas une couleur claire.
Il n'est pas jusqu'à l'odeur dont on ne tienne compte. L'odeur peut, il est vrai, fournir, à l'acheteur expérimenté, des indications utiles ; elle révèle nettement la présence du superphosphate et des engrais organiques. Si l'odeur ammoniacale ou l'odeur nitreuse se perçoit, l'engrais doit être rejeté, parce qu'il y a eu un vice dans sa fabrication ; ou s'il est acheté, il doit être employé immédiatement, pour éviter des déperditions d'azote.
Mais ces modes d'appréciation, basés sur l'aspect exté-
rieur, sont absolument défectueux ; ils ont été introduits dans les campagnes, par le commerce déloyal pour faciliter les fraudes. Un seul point doit préoccuper l'agriculteur, c'est la composition chimique de l'engrais.
Composition. — La plupart des engrais complexes du commerce sont le résultat du mélange de superphosphate, de sulfate d'ammoniaque ou de nitrate de soude, de chlorure de potassium, souvent associés à des engrais organiques, tels que le sang desséché, ou à des matières de faible valeur, telles que le plâtre.
On comprend aisément que leur composition soit variable à l'infini, et que les formules puissent être très nombreuses. Nous nous bornons à donner quelques exemples de composition, en choisissant au hasard dans les prospectus de quelques maisons d'engrais :
Aaote.
Addo iihosphoriqae.
PotMM.
Ces engrais peuvent toutefois se ranger en trois catégories :
Engrais où l'azote domine, engrais où l'acide phosphorique domine, engrais où la potasse domine.
Par suite de la composition même des matières premières et de la règle des mélanges, il n'est pas possible de forcer la dose d'un élément sans diminuer beaucoup
celle des autres principes, et la latitude laissée aux fabricants n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire. Illeur est permis, par l'introduction de matières inertes, d'abaisser les titres aussi bas qu'ils le désirent; mais non d'élever à leur gré la richesse. Ainsi la fabrication d'engrais contenant :
20 % d'acide phosphorique.
10 — d'azote.
• 5 — de potasse.
est impossible à réaliser; en choisissant les matières premières les plus riches, les 20 pour 100 d'acide phosphorique et les 10 pour 100 d'azote seraient obtenus par le mélange de Sokilog. de phosphate précipité et de Sokilog. de sulfate d'ammoniaque; il n'y aurait donc pas place pour la potasse.
En résumé, il est plus difficile qu'on ne pense de réaliser des engrais d'un titrage élevé, dans lesquels les diverses matières fertilisantes se trouvent en proportions convenables.
Réactions entre les nitrates et les superphosphates. — En parlant de la composition des engrais complexes, nous devons signaler une circonstance qui fait encore varier cette composition et vient apporter une complication dans l'achat de ces produits.
Le plus souvent on réunit, dans le même mélange, du nitrate de soude et du superphosphate; dans ce cas, l'acide sulfurique et l'acide phosphorique du superphosphate réagissent sur le nitrate, dont ils mettent l'acide en liberté; cet acide nitrique, rencontrant des matières organiques, les oxydes en dégageant lui- même du bioxyde d'azote qui part dans l'air à l'état de vapeurs rutilantes. Il y a donc, de ce chef, une déperdition d'un élément fertilisant des plus précieux. M. Andouard
a attiré Inattention sur ce fait dans des expériences que nous allons résumer.
Un engrais formé par un mélange de superphosphate et de nitrate de soude, contenait :
Aïoie nltrlqae.
6 juin 6.17%
4 juillet 3.86 —
Un engrais analogue, venant de la même fabrication industrielle, perdait en trois semaines 64 pour 100 de son azote; ces chiffres s'appliquent à des produits d'usine.
Dans des expériences de laboratoire, M.Andouard constate des pertes d'azotenitrîque variant de 6 à 24 pour 100 de Tazote total, suivant que le mélange a été effectué avec des superphosphates de fabrication plus ou moins récente. Si, dans un semblable mélange de nitrate et de superphosphate, on introduit des engrais organiques et même des sels ammoniacaux, on voit s'opérer la destruction de Tazote ammoniacal et surtout de Tazote organique; ce dernier, attaqué par les vapeurs nitreuses, subit des déperditions allant jusqu'à 70 pour 100 de son poids initial. Ces réactions sont favorisées par l'entassement des matières, par réchauffement, par l'étatd'humidité, par uneconservation prolongée , de telle sorte que des contestations fâcheuses peuvent surgir dans l'achat de pareils mélanges. L'agriculteur qui aura acheté son engrais à un titre déterminé, ne retrouvera pas ce titre au bout d'un certain temps.
Pour éviter ces déperditions importantes, le fabricant est obligé de substituer lazote ammoniacal à l'azote
nitrique^ ce qui ne laisse pas que de présenter des inconvénients à plusieurs points de vue ; ou bien, s'il veut conserver l'azote sous forme nitrique dans son engrais, il doit, à la place de superphosphate, employer le phosphate précipité, dont la production est restreinte.
Nous avons insisté ailleurs sur le phénomène de la rétrogradation, qui se produit dans les engrais complets comme dans les superphosphates, et qui, du reste, étant donnée Thabitude d'apprécier le phosphate d'après sa solubilité au citrate d'ammoniaque, ne porte pas un préjudice sensible à la qualité de Tengrais.
Prix. — Le véritable inconvénient que présentent les engrais complets du commerce, celui qui doit faire renoncer complètement Tagriculteur à leur achat, c'est le prix auquel ils se vendent.
Voici quelques exemples que nous choisissons dans les prospectus des grandes fabriques d'engrais, et qui montrent, de la manière la plus nette, qu'il y a lieu de déconseiller l'emploi de ces produits.
Engrais complet, dosant :