à 11.5 % d'acide phosphorique soluble dans
le citrate.
3 d'azote ammoniacal.
5 de potasse.
Le prix en est fixé à 19 fr. 5o les 100 kilogrammes. En attribuant :
fr.
à l'acide phosphorique, le prix élevé de 0.70 le kil. à l'azote ammoniacal — i .80 —
à tapotasse — o.5o —
et en additionnant les résultats, nous arrivons au prix total de 1 5 fr. Soles 100 kilog.; la différence de 4 francs par 100 kilog. , représente la plus-value de l'engrais par suite
du mélange et constitue pour Tacheteur une perte sèche.
Autre exemple :
Engrais complet, dosant : 6 pour loo d'acide phosphorique soluble au citrate, 3 pour loo d*azote et 14 pour 100 de potasse.
Le prix en est fixé à igfr. 75 les iookiIog.;la valeur, calculée sur les bases précédentes, est de 16 fr. 60; c^est encore, du simple fait du mélange, un bénéfice supérieur à 3 francs par 100 kilog., que le vendeur réalise, en plus de celui que lui procurerait la vente des mêmes engrais non mélangés.
Ces exemples sont choisis dans les catalogues des maisons connues pour la correction de leurs procédés commerciaux. Il n'y a là ni fraude, ni intention frauduleuse; mais il n'en est pas moins vrai que l'agriculteur a payé ces produits au-dessus de leur valeur.
Que dirions-nous, si nous prenions nos exemples là où les scrupules n'existent pas et où, sous des noms pompeux, on vend aux agriculteurs, au prix de 25 francs les 100 kilog. , Tengrais suivant?
Azote 2 96
Acide phosphorique total 1 5 —
Potasse 3 —
Calculé au plus haut cours, ce prix est surfait d'environ 5o pour 1 00. On trouverait facilement dans les prospectus envoyés aux agriculteurs, des exemples encore plus frappants, montrant que souvent des engrais prétendus complets se vendent avec une majoration de y 5 pour 100 de leur valeur réelle.
Malgré la nouvelle législation sur la répression de la fraude, de pareils agissements continuent à se produire; ils sont basés sur l'ignorance de l'agriculteur, qui ne
saurait trop se hâter d*apprendre à connaître la nature des engrais et leur véritable valeur.
Au point de vue du prix, il n'y a donc que des désavantages à s'adresser à ces produits; si, au lieu d'établir les prix arbitrairement, comme cela se pratique à peu près toujours, on assignait à ces engrais une valeur proportionnelle à la quantité réelle des principes fertilisants qu'ils contiennent, c'est-à-dire en calculant la valeur de chacun d'eux au cours des matières fertilisantes sous leur forme simple, ce reproche disparaîtrait. Mais alors aussi les fabricants d'engrais n'auraient plu3 aucun avantage à offrir aux cultivateurs des mélanges tout préparés et Ton verrait disparaître une pratique qui a causé de graves préjudices aux intérêts agricoles.
Fraude. — D'autres raisons militent encore en faveur de la suppression des mélanges faits d'avance ; la principale, c'est que, sur des produits déjà plus complexes par leur nature, la fraude peut s'exercer plus facilement, par le mélange des matières inertes ou de moindre valeur. Un engrais complexe n'offrant jamais les caractères propres et définis, que présentent le plus souvent les engrais simples, il y a à redouter, outre la fraude sur la composition chimique du produit, celle qui porte sur la qualité, déterminée généralement par l'origine des matières premières employée^.
Ainsi, en achetant du phosphate d'os, par exemple, lorsqu'il n'y aura pas de mélange, on se rendra compte par le simple aspect si c*est réellement du phosphate d'os qui est livré ; car la distinction avec le phosphate minéral est extrêmement facile. Mais dans le cas de mélanges complexes, on aura pu remplacer le phosphate d'os de valeur plus élevée, par le phosphate naturel, de valeur moins élevée, sans que cette substitution puisse être facilement remarquée. De la même manière, des
engrais organiques qui se distinguent facilement quand ils sont isolés, peuvent.étre substitués les uns aux autres dans les mélanges ; par exemple, le sang qui est très assimilable, sera remplacé par le cuir torréfié, qui Test beaucoup moins.
Il y a donc pour l'acheteur une plus grande incertitude sur la qualité des produits qu^il emploie, lorsqu'il s^adresse aux mélanges tout faits. Il est vrai que la loi sur la répression de la fraude des engrais oblige les vendeurs à indiquer sur leur facture, non seulement la composition de Tengrais, mais encore Torigine ou la provenance des matières qui entrent dans leur fabrication. Mais la vérification de ces garanties n'est pas facile et les marchands qui voudront substituer, aux produits annoncés, des produits de composition identique, mais de valeur agricole moindre, peuvent le faire très aisément dans les mélanges, mais non dans les engrais simples.
Inconvénients au point de Tue cnltural. — Les engrais complexes offerts par le commerce présentent, au point de vue agricole proprement dit, de très graves inconvénients.
Les formules des engrais destinés aux diverses cultures sont établies, la plupart du temps, d'une manière tout à fait arbitraire parles fabricants; ceux d'entre eux qui sont plus instruits et plus soucieux de l'intérêt de leurs clients, tiennent compte de la composition des récoltes auxquelles on les destine, et de la proportion des éléments fertilisants nécessaires à la végétation. Admettons même que ces formules aient été établies sur des bases scientifiques, par des industriels au courant des principes de la physiologie végétale et de la chimie agricole; nous ne les critiquerons pas moins. Il ne faut pas, en effet, considérer seulement les besoins de la récolte,
LES ENGRAIS. 4o5
mais encore et surtout la richesse du sol, qui varie à rinfini et que les formules d'engrais ne peuvent pas prévoir.
Choisissons comme exemple un engrais destiné à la betterave, à la dose de 700 kilog. par hectare, et contenant pour 1 00 kilog. :
Ul. kil.
Azote 6.5 soit par hectare. 45.5
Acide phosphorique soluble. 5.o — 35.o
Potasse.. 8.0 — 56. o
Appliquons cet engrais à une terre qui renferme par elle-même suffisamment de potasse ; c'est une somme d'environ 25 francs par hectare que le cultivateur aura dépensée en pure perte ; si Tazote est en excès dans le sol, c'est environ y 5 francs qui ont été payés sans aucun profit, ni pour la récolte, ni pour la terre.
Pour édifier l'agriculteur sur la valeur de ces engrais, nous mettrons en parallèle les formules recommandées pour les mêmes cultures par d'importantes maisons, que nous désignerons sous le nom de a, b, c, d,
Aeld* Axotc. photphoriqac PotasK.
jir jT jir
Engrais pour prairies naturelles.. <2, 3 10 12
Engrais pour vignes a, 4.5 5 1 3.5
— c, 5 6 12 Engrais pour betteraves a, 6 10 4
Ainsi, suivant qu'on adoptera l'une ou l'autre de ces
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formules, on aura augmenté du simple au double le taux d'azote, d'acide phosphorique ou de potasse ; si l'agriculteur fait une dépense double ou triple de celle qui est vraiment utile, son bénéfice en sera réduit d'autant.
Dans les exemples ci-dessus, on a cherché plus ou moins à tenir compte de la nature de la récolte ; mais, dans la plupart des formules, on ne s'inquiète ni du sol, ni de la récolte, et nous voyons circuler des prospectus offrant aux agriculteurs des engrais s' appliquant à tous les sols et à toutes les cultures. Il y a là un triste abus de l'ignorance des agriculteurs. Dans ce cas, on raisonne comme si tous les éléments de fertilité étaient absents du sol, aussi ces engrais produisent-ils généralement de l'effet. Mais il n'en est pas moins vrai que Tagriculteur qui les emploie est fortement lésé dans ses intérêts, en ce sens qu'il aura ajouté des éléments inutiles, et qu'il se sera imposé de la sorte un sacrifice sans compensation. Il aurait obtenu le même résultat avec une dépense bien plus minime, s'il avait opéré avec des éléments simples, à l'exclusion de ceux qui existent déjà en assez grande abondance dans la terre. Aussi ne saurions-nous trop blâmer Tad option des formules toutes faites.
Enfin le dernier reproche que nous adressons aux en grais complexes, c'est de contenir des éléments différents, qui ne devraient pas être appliqués simultanément à la terre. Nous avons vu, en effet, que certaines matières fertilisantes, telles que les phosphates, doivent être répandues à l'avance et qu'il y a intérêt à les donner avant rhiver pour les récoltes de Tannée suivante; d'autres, au contraire, telles que les nitrates, qui sont enlevés facilement par les eaux pluviales, ne doivent être répandues qu'après l'hiver, au début de la végétation. En semant
des engrais complexes en automne, on risquera donc de voir Tazote disparaître sans avoir pu produire son efifet; en les donnant au printemps, on s'exposera à voir les phosphates rester sans action. Si Ton avait employé les matières fertilisantes isolément, on aurait pu donner chacune d^elles en son temps, le phosphate en automne, le nitrate au printemps suivant, et Ton aurait eu ainsi une plus grande garantie du maximum d'effet.
En résumé, les engrais complexes offerts par le commerce doivent être rejetés par l'agriculteur; celui-ci cherchera à donner à son sol les éléments vraiment utiles et dans des proportions variables avec le but à atteindre, sans $e laisser imposer des produits qui ne répon-^ dent pas à cette condition. L'instruction agricole fera de plus en plus diminuer leur vente, et déjà les régions où la culture est iavancée, en restreignent l'usage. La décroissance de l'achat des engrais à formule est la véritable mesure de la diffusion des sciences agricoles dans les campagnes.