‹ Les engraisChapitre 46 sur 69 · ENGRAIS COMPOSES A LA FERME · texte numérisé non relu

ENGRAIS COMPOSES A LA FERME

Si nous condamnons d'une façon formelle Tachât des engrais complexes, nous n'en proscrivons nullement remploi ; mais à la condition qu'ils auront été fabriqués à la ferme d'une façon judicieuse; ils ne seront plus alors grevés de la plus-value excessive que les marchands leur donnent, et ils auront pu être réellement appropriés aux besoins de la culture, en tenant compte également de la nature de la récolte et de la composition de la terre.

Utilité des engrais composés. — Dans le cours de cet ouvrage, en parlant de Tapplication des matières fertilisantes, nous avons toujours dû admettre, pour simplifier la discussion, que le sol était suffisamment pourvu des autres éléments de la fertilité; les raisonnements à ce sujet avaient donc une forme un peu abstraite; ils avaient besoin detre synthétisés pour Tapplîcation à la pratique agricole. Ce n'est pas toujours un élément seul qui manque à la terre; souvent plusieurs à la fois font défaut^ et, ainsi que nous avons eu maintes fois l'occasion de le dire, aucun d'eux pris isolément ne produit tout son effet, si les autres sont absents; généralement ce sont donc plusieurs engrais différents qu'il

faut donner à la terre, pour obtenir des résultats rémunérateurs. Ce que nous avons dit de l'emploi des engrais isolés, s'applique à l'emploi des engrais multiples, chacun d'entre eux agissant pour son propre compte et cela d'autant plus énergiquement que la présence des autres lui permet de développer tous ses effets. Nous verrons plus loin, en parlant de l'établissement des champs d'expérience, comment, à côté des données fournies par l'analyse chimique, on peut déterminer s'il y a lieu d'appliquer simultanément plusieurs principes fertilisants. Nous rappellerons ici quelques exemples destinés à montrer quel peut être l'effet des engrais, lorsque ceux-ci sont donnés de manière à se compléter les uns les autres.

Dans leurs expériences, MM. Lawes et Gilbert ont obtenu les réjsultats suivants par hectare :

Blé.

Orge.

A.r<Arte.

Sans fumure

Hootol.

Heotol.

HectoL 17.84 22.00 42.26 52.32

Eosrais minéral seul

— azoté seul

— minéral + engrais azoté.

L'influence de la réunion des matières fertilisantes est tout à fait manifeste. Voici un exemple encore plus frappant; dans les sols tourbeux de Cunrau, on a obtenu pour le colza les résultats suivants :

Sans fumure i . o

Avec Tacide phosphorique seul 1.7

Avec la potasse seule.' 1.9

Avec Tacide phosphorique et la potasse réunis 6.2

Nous pourrions multiplier à Finfini les expériences de ce genre; mais le fait est trop bien acquis pour que nous ayons à y insister.

Nous avons surtout envisagé les engrais chimiques, comme des engrais complémentaires du fumier de ferme; ce dernier, formant la base de la fumure, le sol recevra en supplément^ sous forme d'engrais chimiques, les matières fertilantes qui manquent au sol et qui sont nécessaires à une production végétale abondante. Mais dans beaucoup de cas, on peut employer les engrais chimiques, non seulement comme adjuvants, mais encore comme succédanés du fumier de ferme, c'est-à-dire comme pouvant se substituer entièrement à celui-ci. On peut, en effet, mélanger les différents engrais chimiques, de manière à se rapprocher de la composition du fumier de ferme, les plantes trouvant dans ce mélange artificiel les mêmes éléments que ceux qu'il eût fournis lui-même. Il ne faut cependant pas oublier que ce dernier outre Pazote, le phosphate, la potasse, etc., qu'il introduit dans le sol, lui apporte une grande quantité de matières organiques et y entretient ainsi l'humus. Quand on remplace le fumier par les engrais chimiques, même par ceux qui sont formés de matière organique comme les engrais animaux, on ne donne jamais au sol cet humus qui est un des principaux facteurs de la fertilité des terres. Pour que celles-ci ne soient pas indéfiniment appauvries en humus, il faut, à défaut de fumier, y incorporer des matières végétales, soit en recourant à l'emploi des engrais verts , soit en multipliant la culture des prairies artificielles. Quand on veut opérer le remplacement du fumier de ferme par les engrais chimiques, on n est pas tenu de combiner le mélange de manièreàimiter exactement celui-ci. Pour beaucoup de terres, en effet, le fumier n'apporte pas dans les pro-

LES ENGRAIS. 4ir

portions exigées par les récoltes, les différents éléments de la fertilité, les uns y étant tantôt plus abondants qu'il n'est nécessaire, alors que les autres y sont rares, et il faut accepter cet état de choses sans pouvoir y remédier; au contraire, dans le mélange artificiel destiné à remplacer le fumier de ferme, on peut faire entrer les matières fertilisantes dans les proportions voulues, augmentant celles dont les plantes ont un plus grand besoin, diminuant celles qui n'ont à intervenir qu'en moindre quan* tité. Au point de vue de l'utilisation des principes fertilisants, remploi de pareils mélanges est donc plus rationnel que celui du fumier.

Ces considérations justifient donc l'emploi des engrais composés; et puisque, pour les raisons exposées précédemment, nous devons renoncer à nous adresser au commerce pour la fourniture de ces mélanges, nous allons exposer les principes qui doivent diriger les cultivateurs dans leur fabrication à la ferme.

Fabrication. — Étant donné, d'une part, que Tagriculteur doit toujours acheter les engrais simples, d'après leur richesse en éléments utiles et d'après les cours du moment; étant donné, d'autre part, que la nature et la quantité des matières premières devant entrer dans la fumure d'un hectare ou de plusieurs hectares auront été au préalable déterminées, examinons la manière dont il faut opérer le mélange à la ferme pour obtenir les résultats les plus avantageux.

Les matières premières se présentent sous des formes assez différentes : tantôt à l'état pulvérulent, comme les phosphates naturels et les phosphates précipités ; tantôt plus ou moins agglomérées, comme les superphosphates ; tantôt en masses salines plus ou moins agrégées, comme le nitrate de soude et lechorure de potassium; tantôt aussi en fragments plus ou moins légers, plus ou moins

divisés, comme certains engrais organiques. L'incorporation de ces diverses matières, les unes aux autres, n'est pas toujours fiacile ; elle est même souvent impossible.

Envisageons d'abord ce dernier cas, pour éliminer immédiatement les engrais qui ne sont pas susceptibles d'entrer dans les mélanges. Les chiffons de laine, la tournure et la rapûre de cornes, en général tous les produits légers et volumineux, ne peuvent pas s'incorporer aux substances plus lourdes; ils s'en séparent, quelles que soient les précautions prises , et on ne saurait alors compter sur une répartition uniforme. Il faut donc répandre à part de pareilles matières, en se bornant à faire des mélanges avec les produits qui ont quelque similitude de densité et qui n'ont pas cette tendance à se séparer.

Les matières fines, comme les phosphates, le sang desséché, les cuirs torréfiés, et en général tous les engrais pulvérulents que nous avons étudiés, se mélangent avec la plus igrande facilité. On choisit une aire plane et régulière et on vide les sacs, en formant un tas distinct de chaque substance en poids voulu; on dispose l'un des engrais en couche assez mince, au-dessus une couche du second engrais est étalée , puis une troisième, si l'on a trois matières à incorporer. Cette superposition sur une épaisseur de 25 à 3o cm. une fois achevée, on recoupe à l'aide d'une pelle, puis on reforme un tas, qu'on défait et refait plusieurs fois par des pelletages. Au bout de peu de temps, on a obtenu un mélange aussi parfait qu'on peut le désirer.

Les engrais salins, tels que les nitrates, chlorures, sulfates, superphosphates, présentent souvent des morceaux compacts et plus ou moins durs. Pour en obtenir la pulvérisation, on passe la matière à la claie, en séparant les parties pulvérulentes ; puis on écrase les parties

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grossières à Taide d'une batte ou d'un maillet; on recommence le tamisage, jusqu'à ce que la matière soit amenée au degré de finesse voulu. Alors on procède au mélange comme il est dit ci-dessus.

Pour que ces opérations se fassent sans difficulté, il importe que les matériaux constitutifs soient secs; si. l'on rapprochait par exemple une matière très hygroscopique, comme le nitrate ou le sel de Stassfurt, d'une matière humide, il se formerait une bouillie difficile à manier et plus difficile encore à répandre uniformément. Ce cas se présente souvent avec les superphosphates mal fabriqués ou de fabrication trop récente. Dans les périodes de fortes livraisons, les marchands expédient souvent des superphosphates qni viennent d'être fabriqués et qui sont encore très humides; si l'on tente d'effectuer leur mélange avec du nitrate, on obtient une bouillie, et l'effet de l'engrais peut être de ce fait sensiblement diminué.

Quand une faute de ce genre a été commise, on peut, dans une certaine mesure, la corriger, en incorporant du plâtre cuit, qui assèche le produit et le rend plus maniable. Mais ce n'est là qu'un pis-aller, car il faudrait de nouveau diviser le mélange, qui fait prise, pour le rendre plus pulvérulent. On peut encore employer de la terre sèche, de la tourbe ou toute autre matière inerte.

Pour répandre les engrais d'une façon plus uniforme, il est souvent nécessaire d'en augmenter le volume par une addition de terre sèche, de plâtre, de sable, etc ; cette précaution est indispensable, lorsqu'on a affaire à des ouvriers peu habitués à se servir d'engrais concentrés.

Quelles que soient la nature des matières premières, leurs qualités, leurs proportions, il faut s'attacher à obtenir un mélange absolument homogène, et ne pas mé-

nager la peine pour arriver à ce résultat. On aura soin de ne pas incorporer les engrais longtemps avant leur emploi, car il n'est pas rare d'observer que les matières se reprennent en masse, et dans ce cas, on est obligé de recourir à une seconde pulvérisation.

Il convient d'examiner ici les incompatibilités qui peuvent exister entre engrais de natures différentes.

Nous rappelons que les superphosphates agissent sur les nitrates, en éliminant Tacide nitrique, et que, par suite, il ne faut faire leur mélange qu'au moment même de l'emploi, de crainte de perdre une certaine proportion d'azote nitrique.

Nous savons également que les engrais contenant de la chaux et en général les engrais à réaction alcaline, peuvent agir sur le sulfate d'ammoniaque et sur les matières organiques très facilement décomposables, telles que les guanos> ou ayant subi un commencement de fermentation. Les substances alcalines qui sont le plus à redouter sous ce rapport, sontla chaux vive ou éteinte, les scories de déphosphoration, les salins, les cendres ; il faut donc s'abstenir de mélanger ces produits aux matières pouvant dégager de l'ammoniaque. Il est même imprudent de laisser longtemps en contact avec le sulfate d'ammoniaque, et surtout à l'humidité, des matières contenant du carbonate de chaux.

Les déperditions d'azote soit à l'état nitrique, soit à l'état ammoniacal, sont d autant plus à craindre que Tengrais est plus humide, et que, par suite, les réactions peuvent s'y accentuer. Cette considération nous oblige à attirer l'attention des agriculteurs sur l'achat de matières parfaitement sèches.

Tous les engrais à azote organique et à azote ammoniacal, tous les phosphates et superphosphates, tous les sels potassiques et les sels de fer, ainsi que le plâtre,

peuvent se mélanger entre eux, sans qu'aucune réaction nuisible soit à craindre.

Les nitrates craignent seulement le contact des superphosphates.

La chaux vive ou éteinte doit être proscrite de toutes sortes de mélanges, les sels potassiques exceptés ; non seulement elle déplace Tazote, mais encore elle provoque la rétrogradation des superphosphates.

En résumé, rien n'est plus facile que la préparation des engrais complexes à la ferme ; on estime que deux hommes peuvent, dans une journée, opérer le mélange de 5,000 à 10,000 kilog. d*engrais. Il est donc inutile d'avoir recours aux machines perfectionnées qu'emploie l'industrie, et dont elle fait payer le travail à un prix exagéré.

Engrais d'automne et engrais de printemps. — Nous avons adressé aux engrais complexes du commerce le reproche grave d'obliger l'agriculteur à donner à la terre tous les éléments fertilisants à la même époque. Nous savons que certains d'entre eux, comme les phosphates, ont besoin de subir une préparation dans le sol, et par conséquent doivent être répandus longtemps à l'avance; ceux, au contraire, qui sont très solubles et facilement entraînés par les pluies, ne doivent être donnés qu*au moment même où les plantes en ont besoin, afin d'être le moins possible exposés aux causes de déper> dition. L'agriculteur pourra facilement se conformer à ces principes et n'aura pas, avec les engrais qu'il prépare lui-même, à subir les inconvénients que lui imposait l'emploi des engrais du commerce. Il devra donc ne pratiquer ses mélanges que sur les produits qui doivent être appliqués à la même époque , c'est-à-dire ne mélanger entre eux que les engrais d'automne d'un côté, ks engrais de printemps de l'autre, en tenant compte de

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la nature de la terre, qui peut, par ses propriétés physiques et par sa composition chimique, retenir ou laisser passer certains éléments fertilisants.

Dans les formules d'engrais à appliquer à l'automne, on doit faire entrer tous les phosphates, qu*ils soient naturels ou qu'ils aient subi des traitements chimiques ; nous savons, en effet, qu'ils ne sont pas sujets à être entraînés dans le sous-sol. Nous en dirons autant des engrais organiques azotés, qui ont besoin de subir la nitriiication pour être assimilés par les plantes.

Le sulfate d'ammoniaque et le chlorure de potassium peuvent également entrer dans les formules des engrais à donner à l'automne , lorsqu'ils sont destinés à une terre forte ou même à une terre franche ordinaire; car nous savons que dans de pareils sols, réside un pouvoir absorbant, suffisant pour retenir l'ammoniaque et la potasse, et pour empêcher l'entraînement dans le sous-sol. Si, au contraire^ la terre était très légère, douée d'une grande perméabilité, et ne possédait pas assez d'argile et d'humus pour avoir des propriétés absorbantes, il faudrait se garder de donner ces deux matières fertilisantes en même temps que les phosphates et l'azote organique, et on devrait les appliquer seulement au printemps, afin d'éviter leur entraînement dans le sous-sol.

Quant au nitrate de soude, dont la grande solubilité nous est connue et qui n'est point absorbé par les terres, quelle que soit d'ailleurs la constitution de celles-ci, il ne faut jamais le faire figurer dans les formules d*engrais à appliquer avant Thiver, puisqu'on ne le retrouverait pas au printemps. Tout au plus peut-on en mettre une petite quantité, pour fortifier la végétation du blé avant l'arrivée des froids.

Les différentes matières fertilisantes se comportent

dans les mélanges, comme si elles étaient isolées, c'està-dire que pour chacune d'elles, on appliquera, quant à Tépoque d^emploi, les règles que nous avons données précédemment.

Il est d'usage de répandre en automne les engrais destinés aux céréales et au printemps ceux destinés aux plantes sarclées; cet usage doit être soumis à certaines restrictions, sur lesquelles nous avons insisté, en parlant de Tépoque d'emploi des diverses matières fertilisantes. Ainsi pour les céréales, même pour celles qui sont semées à l'automne, ne doit-on donner le nitrate qu'au printemps et pour des plantes sarclées, qu'on sème après Thiver, est-il souvent utile de répandre les phosphates, les engrais organiques, et quelquefois les sels potassiques, dès le labour d'automne.

En ce qui concerne la détermination de la nature des matières premières à employer, l'agriculteur devra se guider sur les considérations que nous avons exposées en étudiant chaque engrais et la manière dont il se comporte vis-à-vis des différents sols et vis-à-vis des différentes récoltes. Dans tel cas, le phosphate naturel sera plus avantageux que le superphosphate; dans tel autre, Fengrais azoté organique sera préférable à l'azote salin. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet.

Établissement de la formule d'engrais. — Nous venons de rappeler les principes qui déterminent l'époque d'application des engrais; c'est là un point important; mais ce qui doit surtout préoccuper l'agriculteur, c'est le choix même des matières premières, c'est la proportion à en employer, c'est en un mot l'établissement de la formule d'engrais.

L'opinion la plus communément répandue et que les

fabricants ont beaucoup contribué à propager parmi

les agriculteurs, c'est que l'engrais doit s'appliquer uni- T. m. 27

4i« i.ES ENGRAIS.

quement d après la nature des récoltes; chacune délies aurait d'après cela son engrais spécifique.

Cette théorie, connue sous le nom de théorie des dominantes, a eu une influence considérable sur l'agriculture moderne, et cette influence persiste non seulement auprès des praticiens, mais encore dans renseignement agricole. Certes, il est vrai que chaque plante a des besoins différents de principes fertilisants, en quantité et en qualité. Notre intention n'est pas de dire que la formule d'engrais est indépendante de la nature de la récolte, et nous n'avons pas négligé^ dans le cours de cet ouvrage, de donner des chiffres moyens permettant de calculer les exigences des diverses cultures et de fournir au cultivateur tous les renseignements qui lui sont utiles sur ce point. Mais ce que nous ne pouvons admettre, c'est l'absolutisme de cette théorie, qui fait abstraction de la composition du sol et qui subordonne tout à la composition du végétal. Si cette opinion était adoptée d'une façon aussi exclusive, il faudrait ne plus regarder la terre que comme un simple support des plantes, ce qui est manifestement contraire à la vérité, et il faudrait admettre que la source d'alimentation des plantes réside uniquement dans les engrais. Établir une formule générale devant s'appliquer à chaque récolte déterminée, c'est ne tenir aucun compte de la composition chimique du sol, qui est cependant et qui restera, même dans la culture intensive, le vrai réservoir des matières fertilisantes.

Les pngrais ne peuvent et ne doivent être qu'un adjuvant à la richesse primitive du sol, et leur rôle principal est de corriger l'insuffisance de celui-ci en principes alimentaires. « L'engrais, comme l'a dit Chevreul, est le complément du sol ». Cette thèse est si vraie que, lorsqu'une terre est [absolument dépourvue de principes

fertilisants, aucun résulut économique avantageux ne peut y être obtenu par l'emploi des engrais commerciaux, et que, partout où des essais dans ce sens ont été tentés, les sacrifices ont été hors de proportion avec les produits obtenus. Il faut donc avant tout se préoccuper de la composition de la terre et ne pas appliquer toutes les matières fertilisantes, là où Tune ou l'autre existerait déjà en quantité suffisante ; ce n'est pas seulement un inconvénient au point de vue de la dépense, c'en est quelquefois un aussi au point de vue de la récolte. Si, par exemple, on applique au blé des formules d*engrais complets et que le sol contienne déjà en proportion satisfaisante de l'azote assimilable, on s'expose à voir la verse se produire, ou la paille se développer au détriment du grain.

Les engrais composés qu'on a vendus aux agriculteurs ont jeté un certain discrédit sur les engrais chimiques en général, malgré les résultats qu'ils donnaient; c'est qu'en effet leur prix de revient est trop élevé, par la double raison que les éléments fertilisants y sont vendus plus cher, et qu'on est souvent forcé d'y payer des matières dont le sol n'a point besoin et qui , par sUite, sont inutiles.

Au point de vue économique, comme au point de vue cultural, c'est une règle que l'agriculteur doit toujolirs observer, de ne donner au sol que les matières fertilisantes nécessaires pour compléter le stock des principes assimilables utiles à la production de la récolte. Quand il se départit de cette règle pour établir les formules et qu'il envisage seulement la composition de la récolte, l'agriculteur s'expose à des erreurs économiques considérables. Nous regrettons qu'il soit entraîné dans cette voie par des publications accréditées. Après les travaux de M. P. de Gasparin et de M. Risler, il n'est

point permis de faire abstraction de la composition du sol dans l'application des engrais^

On a cherché encore à propager cette idée que, dans les formules d'engrais, il est nécessaire qu'il y ait une sorte d'équilibre entre les principes fertilisants, qu'il faille, par exemple, pour un d'azote, nécessairement deux d'acide phosphorique, qu'il y ait en un mot une relation forcée entre les proportions de chacun des principes fertilisants; cela ne serait encore vrai que si l'on faisait abstraction complète delà terre et si on ne tenait compte que de la composition des récoltes.

En résumé, Tétablissemei^t de la formule d'un engrais est plus complexe qu'on ne le croit généralement. C'est en combinant ces deux déterminations : d'un côté, la richesse du sol (richesse naturelle et richesse acquise) en éléments fertilisants et, de l'autre, les exigences de la plante envisagée, qu'on appliquera judicieusement chacun des engrais nécessaires pour produire les résultats les. plus avantageux.

Nous ne pouvons ici qu'exposer des principes généraux; nous nous abstiendrons de donner, comme on le fait souvent, des chiffres qui aient la prétention de s'adapter à chacune des cultures. L'agriculteur qui nous lira, comprendra combien il est difficile, si non impossible, derépondred'une façon précise à la question qu'il pose si souvent ; « Quel est l'engrais qu'on doit employer pour telle culture? » C'est déjà un résultat très utile que de lui montrer les difficultés de son métier et de le mettre en garde contre les théories trop absolues.

Application des engrais composés. — Le mélange d'engrais étant effectué, nous devons étudier les règles de son application au sol, qui, du reste, ne diffèrent pas de celles que nous avons exposées à propos de chacun des engrais.

Épandage àlamain, — La matière doît être répandue à la volée, par un semeur habitué à cette opération, avec autant de régularité et de soins que s'il s'agissait de graines.

Il importe, en effets que chaque surface reçoive, aussi exaaement que possible, la même quantité de chacun des principes fertilisants, car toute irrégularité de fumure se traduirait dans la suite par une irrégularité dans la végétation. Pour obtenir ce résultat, il est recommandable d'étendre Tengrais d'un volume de terre assez considérable; de semer seulement par bandes étroites de 2 mètres environ ; ou bien encore de diviser le tas d'engrais en deux lots : le premier sera répandu dans un sens, le second dans l'autre sens, perpendiculaire au premier, en ayant soin de corriger par le second semis les irrégularités du premier. On choisit de préférence, pour cette opération, un temps calme et humide.

Enfouissement. — Nous savons que, parmi les engrais, seul le nitrate pouvait être sans inconvénient répandu en couverture; mais que tous les autres doivent être enterrés et enfouis par le labour. L'engrais complet obéit à cette dernière règle et nous blâmons la pratique des cultivateurs qui se bornent à l'emploi en couverture; un coup de herse n'est pas même suffisant. La plupart des matériaux de l'engrais n'ayant aucune tendance à circuler dans le sol et à y pénétrer profondément par l'action des pluies, nous pensons qu'il y a tout intérêt à faire suivre l'épandage par un coup de charrue.

Nous possédons, du reste, sur ce point de pratique, des essais qui paraissent très concluants. M. Petermann a expérimenté, pendant trois années, sur des betteraves cultivées en sols légers ; l'augmentation de récolte produite par l'engrais enterré à la herse a été :

En 1881 de 27.9 9e

En 1882 de 3.i —

En i883 de 18.7 —

tandis que raugmentation obtenue par la même dose d'engrais, mais enterré par un labour, a atteint les chiffres suivants :

En i88r de 85. i et 118. 3 %

En 1882 de 66.4 et 79.3 —

Eni883de 33.3 et 41. i —

Même pendant les années pluvieuses, il faut avoir recours au labour pour faire pénétrer Tengrais dans le sol, à la portée des racines, dont on assure ainsi Falimentation abondante; ceci est vrai, non seulement avec les engrais organiques, mais encore avec les engrais chimiques proprement dits. Le rendement croît avec la profondeur d^enfouissement de l'engrais complet :

Années.

Engrais entenrô de<riOàriJ.

Engraiii enterré de OrSK 0 (Tîl.

Angmcntotlon pour «ont.

kll.

kil.

kO.

M. Petermann conclut ainsi ; « L'engrais artificiel, composé de superphosphate de chaux et de nitrate de soude, Qu de superphosphate, de nitrate, de sulfate d'ammoniaque et d*azote organique, appliqué au printemps en terre sablo-argileuse à la culture de la betterave à sucre, doit être enterré par un labour profond. L'enfouissement à la herse ou par un labour superficiel

est insuffisant pour retirer de Tengrais son maximum d'effet y>.

Ces conclusions ont été confirmées par M. Guinon, qui a obtenu, pour la betterave, les résultats suivants :

1lcndom«nU à l'hootaro*

kil.

Engrais enfoui à 0^.10 23.56o

M. Van der Berghe, expérimentant sur la pomme de terre en sol sableux très léger, a constaté que l'augmentation de rendement attribuable à l'enfouissement de Tengraisaété de 4,70, 9,90 et 10,10 pour 100.

Fumure en plein, — Au lieu d'enfouir Tengrais à la charrue et en plein sur toute la surface du champ, on conseille pour certaines cultures de déposer les ma-' lières fertilisantes autour du pied. Pour la vigne, par exemple, on pratique une sorte de cuvette de o™.5o à I mètre de diamètre, et on y répand uniformément, à Taidc d'une mesure, la quantité voulue d'engrais, qu'on recouvre ensuite de terre; cette opération coïncide avec le déchaussage de la plante. D'autres viticulteurs préfèrent répandre l'engrais uniformément sur toute la surface du champ que la charrue peut fouiller; c'est cette dernière pratique que nous conseillons d'adopter.

Pour les pommes de terre, on recommande souvent de déposer l'engrais dans le poquet qui reçoit le tubercule, ou dans le sillon oii sont déposées les semences; les expériences de M. Wolny démontrent que cette méthode n'est nullement supérieure à la fumure en plein, dans les années ordinaires, et qu'elle est nettement défavorable dans lesannées sèches; elle doit donc être rejetée.

Pour les betteraves, on a conseillé d'employer Pengrais au moment du repiquage, en trempant la racine dans une bouillie de matière fertilisante ; dans ce cas, les engrais solubles se montrent franchement nuisibles et les engrais insolubles indifférents.

Enfin certains systèmes de semoirs à engrais, que nous allons étudier, déposent en même temps dans le même sillon l'engrais et la semence, ou bien intercalent l'engrais et la semence. En répandant la même quantité d'enrgrais su la même surface de terre, d'une manière uniforme, ou en déposant dans le même sillon engrais et semence, M. Wolny a constaté que cette dernière méthode fournissait des résultats peu constants, tantôt supérieurs, tantôt inférieurs. Quoique dans bien des cas, on puisse employer indifféremment les deux systèmes, il est plus prudent de pratiquer la fumure uniforme. Cest seulement dans les sols humides et très absorbants, qu'on aura quelque avantage à adopter la fumure en sillons.

Il résulte de ce qui précède, que l'enfouissement de Tengrais répandu au préalable sur toute la surface du terrain, est le procédé le plus recommandable; il permet d'obtenir la diffusion la plus complète possible des matières fertilisantes dans ib cube de terre fouillé par les racines.

Semoirs à engrais. — Dans la petite culture, le seul système pratiqué pour Tépandage des engrais pulvérulents, c'est la semaille à la main et à la volée ; mais dans les grandes exploitations, où Ton recherche les procédés de nature à abréger et aussi à perfectionner le travail, on se sert d'instruments spéciaux que nous allons rapidement décrire, et qui sont appelés distributeurs ou semoirs d'engrais.

Les indicatioas qui suivent sont dues à l'obligeance de

M. Ringelmann^ dont la compétence en ces matières est bien connue.

Les distributeurs d'engrais pulvérulents répandent uniformément les matières sur toute leur largeur, qui est d'environ deux mètres.

Réservoir. — Le réservoir contenant les engrais, ou coffre^ est généralement en bois et monté parallèlement à l'essieu. Dans tous les distributeurs (sauf ceux du type dit à hérisson\ le coflFre est fixe et communique, par des vannes réglables à volonté, avec le distributeur.

Certains engrais humides ou collants se prennent en masse dans le coffre et forment des voûtes que les cahots de la machine sont impuissants à détruire; aussi les bons modèles sont pourvus d'agitateurs chargés de régulariser l'arrivée de l'engrais au distributeur. Ces agitateurs, qui doivent être de préférence à mouvement alternatif, affectent souvent la forme d'une grille animée d*un lent mouvement de va-et-vient, communiqué par bielle et manivelle placées à Textérieur du coflFre.

Distributeur. — L'organe distributeur est la partie la plus essentielle de la machine; il varie suivant les constructeurs. Il est doué d'un mouvement circulaire continu, dont l'origine est prise sur une roue porteuse; un débrayage permet d'arrêter son fonctionnement. La transmission a lieu par un certain nombre de roues dentées, dont deux sont amovibles et peuvent se remplacer par d'autres d'un nombre de dents différent, afin de faire varier le rapport entre les vitesses du distributeur et de la roue, et par suite le débit même de la machine.

Le distributeur est formé :

Tantôt d'une série de chaînes sans fin à la Vaucanson, qui traversent le fond de la trémie et retirent entre leurs maillons une certaine quantité d'engrais. Si ce système

(Josse) fonctionne bien avec des matières absolument sèches, il n'en est plus de même lorsque les engrais sont humides; dans ce cas, les maillons s'engorgent et ne retirent plus rien du coffre.

Tantôt de disques circulaires dont la périphérie est garnie d'encoches ou de saillies : ce sont les palerons ou les palettes (machines Smyth, Holmes, Derome, Chambers, Magnier), chargés d*extraire de la trémie une certaine quantité d'engrais. Afin d'éviter les engorgements, chaque palette, après avoir déversé l'engrais qu'elle portait, passe devant des grattoirs en acier qui la nettoient constamment; ces grattoirs sont placés au-dessus du distributeur (Smyth) ou en dessous (Chambers), ils sont réglés par des contre-poids ou mieux par des ressorts.

Tantôt de cylindres (Couteau, Grandrille); le fond du coffre est constitué par un gros cylindre qui entraîne une couche d'engrais dont l'épaisseur est réglée par une vanne mobile. Une brosse rotative en fils de piasava (Grandrille, Albaret) ou un deuxième cylindre, de plus petit diamètre que le précédent (L. Couteau), sont chargés d'enlever la couche d'engrais et de la projeter sur le sol.

Tantôt de deux ou trois axes parallèles, garnis de petites broches ou de saillies, tournant en sens contraire l'un de l'autre, dans le fond du coffre (Oudin et l'Hérondelle") ,

Tantôt d'une série de vis d'Archimède à axe vertical, tournant chacune dans un petit cylindre également vertical, dont le fond est percé de trous. Ce système, qui doit forcer l'engrais à passer par les orifices inférieurs, ne fonctionne pas très bien et n'est pas à conseiller, par suite de la grande complication du mécanisme.

Tantôt d'un coffire-mobile y système employé depuis

plusieurs années en Allemagne et connu en France sous le nom de distributeur à hérisson (Faul, Hurtu, Puzenat). Dans cette machine, Tengrais à répandre est placé dans un coffre rectangulaire, dont le fond mobile remonte lentement au moyen de pignons et de crémaillères; une certaine quantité d'engrais s'élève donc au-dessus du bord supérieur fixe du coffre; un axe horizontal supérieur garni de palettes ou de broches radiales est chargé de niveler sans cesse la couche d'engraisy en rejetant sur le sol la quantité élevée. Lorsqu'il n'y a plus d'engrais dans le coffre, un débrayage automatique l'indique au conducteur.

Trémie de descente. — Quel que soit le genre de distributeur employé, l'engrais est rejeté dans une trémie de descente d'où il tombe sur le sol. La trémie de descente, chargée d'assurer la régularité del'épandage, est généralement constituée par deux planches verticales maintenues à une certaine distance Tune de l'autre et garnies d'une série de fils de fer ; cette trémie qui règne sur toute la largeur du distributeur, descend jusqu'à o™. 10 ou o".20 du sol; elle est souvent prolongée par une toile, afin d'éviter l'action du vent.

Le coffre et le train des distributeurs doivent être en bois; le mécanisme sera aussi simple que possible; toutes les pièces métalliques se détériorent rapidement au contact de l'engrais, surtout lorsque la machine n'est pas nettoyée après chaque travail, ce qui est le cas le plus fréquent.

Réglage du distributeur. — Pour régler le distributeur, de manière à obtenir le débit voulu par hectare, M. Ringelmann indique la méthode suivante :

I** Soulever le distributeur, de telle façon que la roue motrice ne porte plus sur le sol, tout en maintenant la trémie horizontale.

2** Placer sous le distributeur un coffre, une bâche ou une toile, tarés d'avance, et destinés à recevoir Tengrais.

3" Faire faire à la roue motrice un certain nombre de tours (que nous fixerons à 5o pour la facilité des calculs).

Si Ton désigne par :

Q, la quantité d'engrais à semer par hectare, estimée en kilog.;

L, la largeur estimée en mètres, sur laquelle le distributeur sème l'engrais (cette dimension est ordinairement égale à Técartement inférieur des roues);

R, le rayon de la roue motrice;

N, le nombre de tours que Ton fait faire à la roue motrice pendant Fessai;

P, le poids d'engrais fourni par le distributeur dans les conditions de Tessai, pendant le nombre N de tours de roue;

on doit avoir la relation suivante :

lo.ooo p

L 27cR N

Comme on se donne la quantité Q à répandre par hectare, le problème revient à chercher le poids P d'engrais que l'expérience doit fournir :

Q L 2icR N

lO.OOO

Si dans Tessai, on fait N = 5o, on remarque qu'il y a un terme constant , égal a o,o3i4, et la formule

lO.OOO

simplifiée revient à :

C'est-à-dire que le poids d'engrais donné par l'expé-

rience, pour 5o tours de roue, doit être égal au produit de multiplication de o,o3i4 par le nombre de kilog. d'engrais à répandre par hectare, la largeur semée (en mètres) et le rayon de la roue (en fraction décimale de mètre).

Si Fessai donne un poids P' supérieur à celui nécessaire P, il faut soit diminuer la vitesse du distributeur, soit la vitesse d'ascension du coffre dans le cas des systèmes à hérisson. Si, au contraire, Tessai donne un poids P" inférieur à celui nécessaire, il faut augmenter ces vitesses. A cet e£fet, les distributeurs d'engrais sont pourvus d'un certain nombre de pignons de rechange.

En vue de faciliter les calculs, on peut de suite évaluer le produit (Q. X o,o3i4); à cet effet, M. Ringelmann a dressé des coefficients consignés dans le tableau suivant, de sorte qu'il suffira, pour obtenir le poids P d'engrais à trouver dans l'essai, de multiplier ce coefficient par le rayon de la roue et la largeur du semoir»

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