ENGRAIS POUR LA VIGNE (POUR DEUX ANNÉES
Phosphate acide de chaux 400 kil.
Nitrate de potasse 500
Il y a un point sur lequel je ne saurais trop, messieurs, appeler votre attention. C’est la manière d’employer les engrais chimiques.
Répandre inégalement le fumier, pourvu que l’inégalité ne soit pas poussée trop loin, n’a pas grand inconvénient.
Avec les engrais chimiques, au contraire, un épandage irrégulier peut compromettre le succès de la récolte. Il faut donc donner à cette partie du travail un soin tout particulier. L’épandage à la machine satisfait à touîes les conditions. Lorsqu’on ne dispose pas d’une machine, le mieux est de mêler les engrais chimiques avec deux ou trois fois leur volume de terre et de les faire semer, à la volée, après le dernier labour et avant le hersage. L’addition de la terre corrige les inconvénients d’une répartition inégale. Cemode d’épandage entraîne, il est vrai, quelques frais de plus, mais ils sont grandement compensés, car un épandage bien fait donne deux ou trois hectolitres de plus, c’est-à-dire G0 francs de produit pour 5 ou 6 francs de dépense; ici le soin est une économie bien entendue.
Maintenant, messieurs, se présente une dernière question, traitée avec beaucoup de détail dans mes conférences actuellement publiées et qui, par conséquent, ne doit pas nous arrêter longtemps, mais dont il faut cependant que je dise quelques mots, pour répondre à certaines appréhensions contre lesquelles je dois vous prémunir.
Ne pouvant plus nier les résultats dont je vous ai entre-
tenus, parce qu’un trop grand nombre d’agriculteurs en ont vérifié maintenant l’exactitude, on m’a fait l’objection que voici :
« Les engrais chimiques ne sont qu’une ressource précaire; le jour où leur emploi deviendra général, leur prix, trop élevé, en rendra l’usage impossible. »
Quelques explications sommaires suffiront, je crois, pour réduire à néant cette dernière objection.
Prenons, l’un après l’autre, les quatre termes de l’engrais complet et faisons le bilan des sources que la nature nous offre pour chacun d’eux.
Le phosphate de chaux d’abord. — 11 y a vingt ans on ne connaissait comme source de phosphate de chaux que les os des animaux; il est certain que si nous en étions encore réduits là, l’emploi de cet agent ne pourrait guère se généraliser. Mais actuellement il n’en est plus ainsi, on sait que le phosphate de chaux fait partie de toutes les roches éruptives et qu’il en existe dans plusieurs pays des dépôts d’une richesse inépuisable. Dans l’Estramadure, par exemple, aux environs de Logrosan, il y a, sur une étendue de plusieurs kilomètres, 8 ou 10 filons dosant en moyenne 70 à 85 pour 100 de phosphate réel et dont la puissance est encore inconnue. Au Canada et en Suède il en est de même.
Dans la plupart des marnes, on trouve du phosphate de chaux. À la hase du terrain crétacé, on en rencontre des dépôts considérables qui sont devenus 1 objet d’une exploitation régulière dans les départements des Ardennes et de la Moselle. Ce phosphate de chaux, quoique moins riche que celui de l’Estramadure, contient encore de 16 à 18 pour 100 d’acide phosphorique.
A l’égard des phosphates, il n’y a donc pas d’inquiétude à concevoir, leur prix diminuera plutôt qu’il ne s’élèvera.
La potasse. Les sources où nous pouvons puiser la potasse sont au nombre de trois :
1° Les roches éruptives qui constituent des chaînes entières de montagnes, et qui en contiennent 15 pour 100.
2° Les eaux de ia mer, d’où on peut aujourd’hui l’extraire avec facilité par les admirables procédés de M. Balard, et qui suffiraient à la rigueur à tous les besoins.
5° Les dépôts découverts en Prusse depuis quatre ou cinq ans, dépôts inépuisables qui ont 60 à 80 mètres d’épaisseur sur une étendue encore indéterminée. Ces dépôts, qui se rattachent à une formation de sel gemme, nous autorisent à penser qu’on en découvrira d’autres dans les mêmes conditions géologiques, maintenant surtout que l’éveil est donné. 11 n’est pas présumable, en effet, que les dépôts de la Prusse soient un fait exceptionnel et isolé Mais cette découverte ne dut-elle pas se généraliser, que les dépôts de la Prusse suffiraient, pendant plusieurs siècles, à tous les besoins, et après eux on aura toujours la dernière ressource des chaînes de montagnes et des eaux de la mer.
Les matières azotées. Ici je conviens que si nous étions condamnés à n’employer jamais que des composés ammoniacaux et des nitrates, on pourrait soutenir avec une certaine apparence de raison, que, dans un temps donné, les sources actuellement connues seront insuffisantes; mais à ces sources viendront s’en ajouter de nouvelles. Je citerai par exemple la fabrication du coke qui se fait aujourd’hui à ciel ouvert, et qu’il suffirait d’opérer dans des fours pour en retirer des quantités d’ammoniaque considérables.
Mais toutes ces ressources vinssent-elles à manquer, nous aurions encore l’azote de l’air. Il y a longtemps que mon attention s’est portée sur ce point.
J’ai dit qu’il y avait des végétaux qui puisaient leur azote dans l’air, alors que d’autres avaient besoin de le trouver dans la terre. Delà, par conséquent, la possibilité devenir au secours des seconds à l’aide des premiers.
Ce procédé est déjà appliqué par la culture. Les fumures en vert ne reposent pas sur d’autres données; il s’agirait donc de les généraliser, et, pourles rendre plus efficaces, de
pousser les rendements des piaules qui puisent leur azole dans l’air, à leur limite la plus élevée. Je vous citerai comme exemple, la luzerne, qui prélève sur l’air de 5 à 400 kilogrammes d’azote par hectare, ce qui suffirait pour entretenir au moins 5 hectares cultivés en froment. Ainsi, toutes les autres sources de matière azotée fussent-elles taries qu’il nous resterait toujours l’azote de l’air, exploité par la végétation elle-même.
Mais c’est là une supposition extrême. Lorsque l’humanité se pose nettement un problème, tenez pour certain, messieurs, qu’à un moment donné ce problème sera résolu.
L’air, étant une source inépuisable d’azote, que faut-il faire pour avoir des nitrates et de l’ammoniaque en quantité illimitée? Découvrir un procédé propre à combiner économiquement l’azote de l’air avec l’oxygène pour en faire des nitrates ou avec l’hydrogène pour en faire de l’ammoniaque. Or ce procédé est découvert. MM. Sourdeval et Margueritte ont trouvé le moyen de faire à volonté des nitrates ou de l’ammoniaque avec l’azote de l’air. Si l'industrie ne s’en est pas encore emparée, c’est parce que, sous le rapport économique, il ne satisfait pas à toutes les conditions d’une production facile. Mais le principe est connu, et un progrès de second ordre peut rendre d’un moment à l’autre la solution complète.
Je le demande, messieurs, en face de pareilles évenlualités , est-il possible d’admettre que la matière azotée v:enne jamais à manquer?
Rassuré sur l’avenir, jetons un regard récapitulai if sur ce qui a fait la matière de cet entretien.
Dans nos séances précédentes, nous nous étions appliqués à définir, à l’aide d’expériences plus scientifiques que pratiques, les conditions qui règlent la production des végétaux.
Aujourd’hui, passant dans le domaine de la pratique, nous avons demandé aux traditions d’une expérience cinquante fois séculaire, c’est-à-dire à la composition du fumier,
la justification du choix des agents qui sont à nos yeux le symbole de la fertilité.
Cette épreuve a conclu en notre faveur. Le fumier contient ces agents, et leur doit son efficacité.
A ce témoignage nous avons voulu en ajouter un autre : nous avons demandé à la pratique agricole si les effets obtenus avec les engrais chimiques étaient équivalents à ceux du fumier. L’expérience a répondu qu’ils étaient supérieur*.
D’où nous avons tiré la conclusion que les principes qui nous dirigent sont incontestables et qu’il ne nous reste plus qu’à en généraliser l’application.