ENGRAIS RÉCOLTES. LE SOL. LE SOL
Azote 600 kil. 590 kil. » 10 kil.
Acide phosphori que.. 120 108 » 14
Potasse 141 89 » 52
Chaux 306 38 » 267
Ce nouvel exemple nous montre, messieurs, la nécessité, lorsqu’on fait le décompte d’une rotation, de ne considérer comme perdus pour le sol que les produits réellement exportés; les résidus qui vont au fumier et retournent à la terre, ne peuvent être compris dans cette catégorie.
Il peut se présenter un troisième cas, toujours en dehors de l’intervention des animaux, c’est celui où le petit producteur, placé loin d’un chemin de fer ou d’une ville, ne trouverait pas plus à vendre la paille de froment que la paille de colza. Qu’en fera-t-il?
Il a le choix entre deux partis: il peut brûler les pailles de blé comme celles de colza, ou les transformer en véritable fumier en faisant pourrir les unes et les autres.
Si on dispose par couches horizontales la paille de froment et la paille de colza, et qu’on arrose le tas avec de l’eau, dans laquelle on a délayé ei laissé croupir quelques centaines de kilogrammes de tourteaux de colza, ce liquide, agissant comme l’urine dans la préparation du fumier, détermine très-rapidement la décomposition de la masse entière ; au bout de trois ou quatre jours les pailles s’échauf-
fent au centre du tas, la température s'élève à 50 ou G0°, et en moins de quinze à vingt jours la désagrégation de la fibre ligneuse est complète, les pailles ont perdu leur texture, elles ont passé à un état semi-pâteux, voisin de celui du fumier.
Lequel de ces deux procédés est le meilleur? Par la putréfaction on évite une perte d’azote importante, mais on a plus de frais de main-d’œuvre» à cause du transport des pailles, de la préparation du fumier et de son épandage ; par la combustion on évite ces frais, mais on perd l’azote, auquel on est tenu de suppléer par un apport de sulfate d’ammoniaque ou de nitrate de soude.
Je le répète, entre ces deux procédés, pour moi, le choix est indifférent ; dans la pratique ils s’équivalent, c’est la dépense seule qui doit déterminer nos préférences.
Si nous passons au cas plus général, où le travail des champs se fait par les animaux et où la production du fumier devient une nécessité à laquelle on ne peut se soustraire, le problème reste le même et les règles qui nous ont dirigé continuent à lui être applicables.
En effet, quelle est la nature du fumier? Son origine vous le dit assez. Ce sont des produits végétaux modifiés par la digestion animale; le fumier, comme les résidus de récoltes, tire sa valeur de l’azote, du phosphate, de la potasse et de la chaux qu’il contient.
Je ne vous présenterai donc pas en détail la balance des assolements où le fumier est associé aux engrais chimiques, parce que l’importance des pertes réellement subies par le sol dépend alors de la part variable que l’on fait à l’exportation des produits végétaux et à l’élève du bétail ; mais, afin de vous donner le moyen de faire vous-mêmes ce compte, nécessaire dans toute exploitation bien dirigée, j’ai réuni dans un tableau la composition moyenne du fumier et celle de toutes les récoltes comprises dans les assolements que je vous ai indiqués, de telle sorte que tout le travail se réduit à quelques multiplications. Yoy. à l’Appendice, p. 155.
Envisageons maintenant la question des engrais chimiques sous le rapport financier et prenons, comme premier exemple, le cas d’une production exclusive au moyen des engrais chimiques seuls.
Rien n’est variable comme un compte de culture ; tout l’affecte; la vicinalité, l’abondance, la rareté de la maind’œuvre et le régime agricole lui-même. Il est impossible de présenter un pareil compte sans s’exposer à toute sorte d’objections, que chacun tire de sa situation particulière. Pour échapper à cet inconvénient dans les appréciations qui vont suivre, je me bornerai à mettre en regard le prix de l’engrais et la valeur de la récolte, laissant à chacun le soin de tirer de ce parallèle les conclusions qui s’appliquent à sa situation personnelle.
Le rendement étant de 55 hectolitres de grains, et de 5,000 kilogrammes de paille, si l’on fixe le prix du grain à 20 fr. l’hectolitre et celui de la paille à 55 fr. les 1 ,000 kilogrammes, la récolle représente une valeur de 875 francs.
ci 875 fr.
Contre une dépense annuelle d’engrais de 178
Excédant de produit. . . . 697 fr.
Vous me direz peut-être que dans cette évaluation je n’ai pas compris les frais de transport de l’engrais. L’observation est juste. Ajoutons donc de ce chef une somme de 50 fr., l’excédant en faveur de la récolte restera de 567 fr. pour couvrir le loyer du sol, les impôts, les frais de culture et les intérêts du capital engagé.
Je vais examiner une seconde hypothèse, qui s’applique surtout à la moyenne et à la grande culture : celle d’une exploitation dirigée d’après les anciennes traditions, mais dont les rendements sont faibles, et que l’on veut faire passer au régime de la culture intensive, et des grands rendements avec le moindre capital possible. Afin de donner plus de précision à tout ce qui va suivre, je prendrai
encore une fois le domaine de Bechelbronn comme exemple.
Là on n’emploie que du fumier, et sur les 110 hectares qui composent, le domaine, 60 sont affectés à la prairie et 50 seulement à la culture proprement dite. La somme des produits bruts est par année de 20,560 fr., obtenus à l’aide d’un fonds de roulement de 55,000 fr.
Voici le résumé de cette production :