CONSERVATION, PRÉPARATION ET ÉPANDAGE
il faut répandre l’engrais après le dernier labour, et compléter son exacte répartition dans les couches superficielles du sol au moyen d’un hersage énergique.
Pour les plantes à racines pivotantes qui s’enfoncent aune grande profondeur, il est préférable de répandre l’engrais en deux temps, la moitié après le premier labour et l’autre moitié après le deuxième.
Enfin, pour la vigne, voici le procédé qui m’a le mieux réussi.
On pratique parallèlement aux rangées de ceps, et, à 20 cenlimètres de leur base, une tranchée qui doit avoir 50 centimètres de profondeur sur 50 de large. On répand la moitié de l’engrais au fond de la tranchée, on le recouvre de 20 centimètres de terre avec laquelle on le môle à la bêche; puis on ajoute le reste sur lequel on répand encore 10 centimètres de terre, avec laquelle on continue à le mêler; on recouvre enfin la tranchée avec une dernière couche de terre. En concentrant l’engrais dans les couches profondes, on évite, ou du moins on ne favorise pas la multiplication des mauvaises herbes. Pour la vigne, j’ai reconnu qu’il valait mieux répandre l’engrais à l’automne qu’au printemps.
Pour la prairie, je crois préférable de le répandre mi-partie en automne, et mi-partie au printemps après la première coupe. Lorsqu’on répand les engrais à la volée, une précaution essentielle, c’est d’opérer par un temps calme ; lorsqu’il fait du vent on est exposé à en perdre beaucoup.
Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit des avantages que les engrais chimiques présentent sur le fumier, par la faculté qu’ils donnent de varier la composition des fumures, mais je dois insister sur les ressources qu’on peut tirer de leur emploi pour combattre les effets d’une année défavorable. Lorsque l’hiver a été rigoureux, et qu’il s’est prolongé au delà de sa limite ordinaire, les blés et généralement toutes graminées, sont souvent fort compromis ; avec 200 kilogr. de sulfate d’ammoniaque ou 250 kilogr. de nitrate
de soude, mêlés à 200 kilogr. de plâtre que l’on répand en couverture au commencement de mars, on peut. changer en quelques jours l'état d’une culture et assurer la récolte. L’effet de ces fumures en couverture est vraiment magique.
Mais ici encore il y a des précautions à prendre, il ne faut pas attendre plus tard que la mi-mars. Administrées en avril et en mai, elles impriment à la végétation une activité extraordinaire, mais elles retardent la maturation du grain, et, par suite du développement exagéré que prend la paille, le grain se forme mal, il est peu abondant et tout rabougri.
Les fumures en couverture, par la sûreté et la rapidité de leur action, offrent à l’agriculteur une ressource d’un prix inestimable, caron peut y recourir encore au printemps.
Lorsque l’automne est pluvieux et que les ensemencements se font tardivement faute de temps, on peut répandre les engrais en couvertures après l’entière levée du grain. 11 vaut certainement mieux procéder à l’épandage de l’engrais avant de semer, mais lorsqu’on ne La pas pu, il n’y a pas à hésiter; une fumure en couverture peut suffire encore pour assurer le succès de la récolte; or, avec le fumier, celte ressource fait complètement défaut.
Au printemps, on n’emploie guère en couverture que le sulfate d’ammoniaque ou le nitrate de soude. Ces deux produits peuvent à la rigueur suffire. Je préfère cependant leur associer 200 kilogr. de phosphate acide de chaux, par hectare, mêlés à 200 kilogr. déplâtré.
DE LA BALANCE DES CULTURES
Je vous ai dit qu’un agriculteur judicieux doit se rendre compte de ce que la terre reçoit et de ce qu’elle perd ; il doit chaque année faire la balance de sa culture et régler la dose de ses engrais, de façon à satisfaire à ces deux lois:
1a Rendre à la terre pins d’acide phosphorique, plus de potasse et plus de chaux que les récoltes ne lui en. ont pris.
2Ü Lui rendre 50 pour iOO de l’azote des récoltes.
Afin de mettre chacun à même de faire cette balance qui est de rigueur, lorsqu’on opère avec discernement, voici un tableau où se trouve indiquée la composition des plantes qui entrent dans les principaux assolements. Je dois faire remarquer que ces analyses proviennent toutes de plantes récoltées au champ d’expériences de Vincennes, et que toutes ces plantes ont été obtenues dans les mêmes conditions, c’est-à-dire avec l’engrais complet, où l’azote entrait pour 80 kilogrammes par hectare.