‹ Les engrais chimiques (volume 2)Chapitre 74 sur 100 · UNE GRANDE LÉGÈRETÉ · texte numérisé non relu

UNE GRANDE LÉGÈRETÉ

« Comment il faudra recourir à l’engrais complet aussitôt qu’un léger abaissement dans la récolle se manifestera? Mais il suffit d'une année de sécheresse pour produire ce résultat, pour infirmer les indications sur lesquelles M. Ville croit pouvoir conclure, pour déjouer toutes ses savantes combinaisons et réduire à néant tout son système. »

Les personnes qui sont un peu au courant du sujet conviendront qu’il faut un sentiment bien profond de la bonté de la cause que je défends pour m’imposer la tâche fastidieuse de répondre à de pareils enfantillages.

Je vais le faire cependant, non plus en invoquant mes propres expériences, mais celles de quelques personnes qui ont bien voulu me suivre dans cette voie.

Commençons par écarter de la discussion les grands mots de démonsiration absolue, mathématique ; ces expressions ne sont bien souvent qu’un artifice de langage pour masquer la pénurie des idées.

11 n’est pas donné à l’esprit humain de prétendre à la vérité absolue. Les méthodes particulières aux diverses sciences procèdent par voie d’approximation, et ces approximations sont d’autant plus circonscrites que les phénomènes auxquels elles se rapportent sont eux-mêmes plus simples. Lorsqu’on veut définir le mécanisme de la production végétale, les démonstrations ne peuvent revêtir le caractère de simplicité que compor tent les phénomènes astronomiques ou physiques. Sachons donc nous restreindre aux résultats utiles et pratiques. Au fond, de quoi s’agit-il ? Il s'agit de savoir avec une approximation raisonnable dans quelle mesure les principales divisions d’un domaine sont pourvues des quatre termes de

l'engrais complet ; et ceux de ces quatre termes qu’on peut supprimer afin de réduire la dépense à la limite la plus basse, sans nuire aux récoltes. Pour cela que proposons-nous ? Nous proposons d’établir sur les parties de l'exploitation qui différent par leur degré de fertilité, des champs d’expériences bornés à quelques mètres de surface. Lorsqu’il s’agit d’exploitations morcelées, ces champs peuvent se réduire à deux semis de froment et de pois sans engrais. Si les deux rendements sont élevés on y verra la preuve que le sol est pourvu à la fois de matières azotées et de minéraux. Le rendement du froment est-il précaire, la couleur de son feuillage d’un jaune pâle, alors que les pois prospèrent et donnent un abondant produit, on peut tenir pour certain que ce sol, pourvu de minéraux, manque de matières azotées, etc., etc. (Voyez la Quatrième Conférence de Vincennes , p. 227 et suiv.)

Mais, ajoute-t-on, l'état du ciel, les conditions météorologiques peuvent affecter les résultats? C'est vrai, mais n’est-il pas vrai aussi que ces influences perturbatrices, si elles réduisent le rendement du carré cultivé avec l’engrais complet, affecteront dans le même sens le carré sans fumure et ceux à fumures incomplètes, et qu’en définitive cette cause de trouble sera sans influence sur la comparaison des résultats?

Comme preuve du parti qu'un esprit judicieux peut tirer des champs d'expériences, je rapporterai quelques exemples de leur application auxquels je suis resté étranger. Je citerai en premier lieu les faits que M. A . Cavallier vient de rendre publics dans le Journal des fabricants de sucre . Sur une terre épuisée par quatre récoltes successives obtenues sans fumier, M. Cavallier a établi un petit champ d'expériences en parcelles d’un are, qu’il a affecté à la culture de la betterave. Voici les résultats qu’il a obtenus :

RACINES

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