SANS AZOTE
Rendement à l’hectare . 1849
Récolte. 9,550 kil.
9,625 kil.
Fort de ce ces témoignages, je dis que le trèfle puise son azote dans l’air.
Vous dites au contraire que toutes ces plantes le puisent dans le sol. Ce dissentiment nous mène droit à la question de l'origine de l’azote des végétaux; or cette question, on peut la résoudre de deux manières différentes : par la science et par la pratique. Je choisirai la pratique.
Je dis que le trèfle puise son azote dans l’air, et que tout compte fait, la troisième coupe qu’on enlouit en vert laisse dans la terre un surcroît d’azote. Pour le prouver il suffit de rappeler que le froment qui succède au trèfle rend plus que celui qui La précédé.
Faut-il généraliser cette démonstration et i’étendre à toutes les légumineuses indistinctement? Rien n’est plus facile.
Tout le monde sait que les cultures sans engrais deviennent bientôt précaires et d’un rendement presque insignifiant. Toutes les plantes obéissent à cette loi. Le rendement n’est cependant jamais absolument nul, et si on évalue la quantité d’azote qui y correspond, on la trouve encore assez importante.
D’après MM. La Yves et Gilberts, elle s’élèverait en effet :
A 28 kilogr. par hectare et par an pour le froment ;
pour l’orge;
pour la prairie;
pour les féverolles.
On voit par ce tableau que la prairie et les féverolles fixent plus d’azote que l’orge et le froment. Dira-t-on que l’azote des féverolles et de la prairie vient du sol? On soulève alors une difficulté bien autrement embarrassante. Semer du blé après des féverolles, le rendement est meilleur et la quantité d’azote fixée plus forte. D’un autre côté cependant, nous venons de dire que les féverolles contiennent plus d’azote que le froment ; n’est-il pas évident que si elles l’avaient pris à la terre, le rendement du blé s’en serait ressenti?
Mais il y a plus. Si on ne cultive le froment qu’une année sur deux et qu’on laisse la terre une année en jachère, le rendement s’élève très-notablement. A priori, cela se comprend, mais ce qui est moins facile à expliquer, c’est que, dans ces nouvelles conditions, le rendement ne dépasse pas ce qu’il était lorsque le froment alternait avec les féverolles, qui, je ne saurais trop le répéter, contiennent plus d’azote que le froment.
Comment ce résultat peut-il s’expliquer? si ce n’est par l’azote de l’air.
Mais si l’azote du trèfle et une grande partie de celui des turneps provient de l’atmosphère, il est impossible de le mettre au compte du sol à titre de perte onéreuse. Alors toute votre argumentation, pour l’azote du moins, se trouve réfutée.
Les hommes pratiques me sauront gré d'insister encore sur ce point fondamental de la science agricole.
M. Boussingault rapporte qu’à Bechelbronn on obtient une récolte au moyen de 44,000 kilogr. de fumier, six récoltes consécutives de luzerne et de froment . Dans l’engrais, l’azote figure pour 224 kilogr., dans les six récoltes il s’élève à 1,078 kilogr. Or, si on compte comme vous l’avez fait pour les engrais chimiques, il faudra élever le prix du fumier que vous avez fixé à 12 francs les 1 ,000 kilogr., de 1,451 fr. 80 c. représentant la valeur de 854 kilogr. d’azote, qui se trouvent en excédant dans la récolte. Ce qui porte finalement le prix de la fumure totale à 1,979 fr. 80 c., la fumure annuelle à 529 francs, et le prix du fumier lui-même à 44 tr. 95 c. les 1 ,000 kilogr. au lieu de 12 francs que vous aviez admis.
Remarquez qu’ici je ne fais qu’appliquer au fumier le mode de comptabilité adopté par M. Rohart pour les engrais chimiques. 11 dit :
Prix de la fumure conseillée par M. Ville. . . . 564 fr. 50
Auquel nous devons nécessairement ajouter la valeur de 295 kilogr. d’azote qui manquent et qui sont à porter au débit de la récolte, puisqu'elle les aura pris au sol, soit à raison de 1 fr. 70 le
kilogr., valeur minimum. ......... 455 52
Prix réel re l’engrais . . . . 1 ,020 fr. 02
A quoi je réponds par l’organe de M. Boussingault :
Six récoltes consécutives 49,576 kil . 1,078 kilogr
Fumier employé (humide) 44,000 224
Azote excédant dans les six récoltes 854 kilogr