‹ Les engrais chimiquesChapitre 71 sur 154 · HUILE EXTRAITE · texte numérisé non relu

HUILE EXTRAITE

PAR UN DISSOLVANT. TOURTEAU. Calculs. Expériences.

Cameline 31,64 68,36 24,05 27,27

Œillette .... 44,00 56,00 37,77 37,29

Lin 37,95 62,05 31,06 30,15

Arachide.... 44,10 55,90 37,89 37,10

L’écart qui s’est manifesté à l’égard de la cameline, entre le calcul et l’expérience, s’expliquerait, d’après M. Cloëz, par le degré de pression tout à fait inusité auquel cette graine avait été soumise.

Messieurs ,

Pour clore les conférences de cette année, j’ai l’intention de vous présenter un aperçu des progrès accomplis par l’agriculture dans le cours de ces trente dernières années.

En me livrant à cette étude rétrospective, je ne cède pas à un simple intérêt de curiosité, mais au désir de vous montrer comment les résultats dont je vous ai entretenus se rattachent aux progrès antérieurs dont ils sont la continuation agrandie et comme le couronnement.

Enfin je voudrais apprécier d’un point de vue plus général que je ne l’ai fait jusqu’ici ce qu’il est permis d’attendre de l’emploi des engrais chimiques, et vous rendre juges des changements qu’ils sont appe-

lés à introduire en France, surtout dans les procédés de culture consacrés par le passé.

Pour se faire une idée nette de la situation agricole d’un pays, on a besoin d’être fixé sur l’étendue et le mode de répartition de ses forces productives.

Depuis 1789 la propriété a subi en France une extrême division ; c’était un effet inévitable de la loi qui règle le partage des héritages. Sur les 48 millions d’hectares que comprend notre territoire agricole, la grande propriété en possède 18, la moyenne 8, et la petite 21 ou 22 millions. La grande propriété et la moyenne réunies sont aux mains de 2 millions de possesseurs, alors que la petite propriété en compte 23 millions. La petite propriété domine donc la grande et la moyenne par le nombre de ses représentants et par l’étendue de la surface qu’elle exploite.

Lorsqu’on veut apprécier dans leur ensemble les intérêts qui naissent de cette situation, sur laquelle la législation civile et commerciale, le régime économique, et jusqu’aux mœurs de la population, ont une influence qu’on ne peut négliger, il faut toujours avoir présent à l’esprit qu’il y a en France 23 millions de petits propriétaires ne possédant que des surfaces exiguës. N’avoir égard qu’aux intérêts des grands propriétaires, ce serait aller à l’encontre du but que nous nous sommes proposé.

Le progrès qui domine tous les autres depuis cinquante ans, c’est la tendance qui porte tous les peuples de l’Europe à supprimer les jachères, et à substituer

au régime triennal des assolements alternants où la terre est occupée par des plantes de nature différente, de manière à ne jamais la laisser improductive.

Comme le régime triennal marque une grande époque dans l’histoire agricole, à raison de la sécurité et des garanties d’ordre qu’il donne aux sociétés, quelles que soient d’ailleurs ses imperfections, laissez-moi vous en rappeler l’ordonnance et l’économie.

Le système triennal consiste à faire de la terre deux parts égales, l’une qu’on maintient toujours en prairie, l’autre qu’on divise en deux ou trois soles vouées invariablement à la production des céréales , mais avec cette réserve que la terre est laissée en jachère, c’est-à-dire improductive une année tous les deux ou trois ans.

La culture exclusive des céréales, alternant avec la jachère, et le libre parcours devenu commun, forment donc les deux traits saillants du système triennal.

Pourquoi ce système est-il un grand système, et pourquoi mérite-t-il de faire époque dans l’histoire de l’agriculture? — Parce qu’il donne aux sociétés qui l’emploient une sécurité entière en tant que sa puissance de production suffît à leurs besoins. En effet, lorsqu’on le suit dans toute sa rigueur, ce système n’épuise pas la terre; il ne porte pas atteinte à la fécondité naturelle du sol; les rendements qu’il produit se maintiennent indéfiniment.

■ Mais, il faut le reconnaître, ce système a aussi des inconvénients : d’abord il est peu productif; quoique l’on fasse, si on l’applique pendant une longue suite

d’années, il vient un moment où les rendements, après avoir été ou plus élevés ou plus bas, s’arrêtent pour le froment à 14 hectolitres de grains par hectare, et à 2,500 kilogrammes de paille. C’est la limite extrême du pi’Ogrès auquel on peut prétendre.

11 était donc évident que le jour où ce régime ne répondrait plus aux besoins nés de l’accroissement de la population , il devrait disparaître ou se transformer.

Cette transformation a commencé il y a une cinquantaine d’années et s’étend de jour en jour, sous l’empire d’une nécessité que les agriculteurs ont subie sans s’en rendre bien exactement compte.

11 a été remplacé, ou il tend à l’être, par des assolements alternes d’où la jachère est exclue. Or, comme c’est là, à mes yeux, le plus grand progrès agricole de la première moitié de ce siècle, appliquonsnous à en faire ressortir le caractère et la portée.

Dans le système triennal, un tiers des terres reste improductif; avec les assolements alternes, la totalité de la terre est toujours en travail. Par conséquent, il est de toute évidence que ces derniers l’emportent par l’importance de l’étendue cultivée.

Dans le système triennal, le rendement du froment s’arrêtait à 14 hectolitres de grains par hectare; avec les assolements alternes, où la jachère est remplacée par la culture du trèfle et des pommes de terre qui permettent d’entretenir un plus nombreux bétail, le rendement du froment atteint 20 hectolitres, et celui de la paille passe de 2,500 à 3,300 kilogrammes par hectare.

L’avantage reste donc encore aux assolements alternes sous le rapport du rendement.

Mais, remarquez-le, Messieurs, si l’on applique les assolements alternes dans toute leur rigueur, c’est-àdire si l’on n’emploie comme agent de fertilité que le fumier produit sur le domaine, et que le sol doive fournir à la fois l’engrais qui fertilise la terre et les céréales ou autres récoltes destinées à l’exportation, le rendement de 20 hectolitres de grains par hectare devient à son tour une limite infranchissable et forme le terme d’un progrès qu’on ne peut dépasser.

A leur supériorité sous le rapport du rendement, les assolements alternes joignent un autre avantage, celui d’atténuer et de prévenir, dans une certaine mesure, les crises alimentaires.

En effet, dans ce système, le Irèllc et une grande partie des pommes de terre sont employés à la nourriture du bétail. La récolte est-elle mauvaise? Le prix du blé s’élève, mais celui delà viande et des pommes de terre suit une progression correspondante, et le producteur trouve alors avantage à se défaire de ses animaux et de son stock de pommes de terre, qui servent à combler, au moins en partie, le déficit des grains.

Survient une bonne récolte, le prix des grains baisse; aussitôt la spéculation se reporte sur les cultures propres à nourrir et à engraisser le bétail.

Par conséquent, je le répète, avec le régime des assolements alternes, les crises alimentaires perdent beaucoup de leur gravité ; la production n’étant plus restreinte aux céréales, le cultivateur possède toujours

LES ENGRAIS CIIIMIÜUES.

(Jes terres disponibles dont il peut changer la destination à bref délai. Pour conjurer les effets des mauvaises récoltes, on peut donc s’en remettre à l’initiative privée et au libre jeu de l’offre à la demande, ce qui, en matière économique, est la meilleure des solutions.

Blais les assolements alternes ont à leur tour un défaut grave : il vient un moment où ils ne répondent plus aux besoins de la consommation, puisque avec eux on ne peut dépasser le rendement de 20 hectolitres.

Pourquoi cette limite infranchissable? Parce que le fumier dont on dispose, et qui est le seul agent de fertilité qu’on emploie, ne permet pas une récolte plus abondante. En effet, la limite des rendements a pour expression la quantité des agents de fertilité que contiennent les pailles et les produits de la prairie consommés à l’étable.

Je m’arrête ici pour bien constater ce premier fait : supériorité des assolements alternes, mais défaut grave, en ce que ces assolements, de même que le système triennal, puisant tout en eux-mêmes, n’ouvrent à l’agriculture qu’une voie limitée de progrès.

C’est ici que la science intervient, et qu’un nouvel ordre de choses commence.

Vous n’ignorez pas, Messieurs, que jusqu’à ces trente dernières années on a considéré le fumier de ferme comme un produit sui generis, seul capable d’entretenir la fertilité du sol, et le seul auquel l’agriculture pût avoir recours. C’était là cependant une opinion erronée, car le fumier est un mélange de

diverses substances qui, associées à l’état de produits chimiques d’après certaines règles et dans certaines proportions , manifestent les mêmes effets que le fumier lui-même, et peuvent dans certains cas lui être supérieures, Nous savons, d’expérience certaine, que sans le secours du fumier on peut communiquer aux sols les plus pauvres la fécondité des sols les plus favorisés, et régler presque à volonté, à l’aide de ces produits, le travail de la végétation.

Le champ de Vincennes est là pour attester la vérité de ce résultat. Or, je veux raffermir aujourd’hui cette démonstration, en me fondant exclusivement sur le témoignage de l’histoire, et c’est à une époque où la doctrine des engrais chimiques n’était pas encore pressentie que je demanderai de pi’éférence mes preuves et la justification de l’enseignement auquel vous avez bien voulu vous associer.

S’il est vrai que quatre substances : le phosphate de chaux, la potasse, la chaux, et une matière azotée, suffisent, dans les conditions où l’agriculture opère, à la production de toutes les plantes, il est évident qu’il doit y avoir balance entre les quantités de ces quatre substances que contiennent le 'fumier et les récoltes. L’histoire d’une époque où ces notions étaient inconnues peut donc intervenir pour infirmer ou consacrer la justesse et la vérité de la ‘doctrine des engrais chimiques.

5 Eh bien ! faisons la preuve : ce petit tableau en ré- ■isume tous les éléments pour le système triennal :

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