‹ Les engrais chimiquesChapitre 73 sur 154 · BALANCE ANNUELLE · texte numérisé non relu

BALANCE ANNUELLE

Acide phospborique

Potasse

Chaux

Azote

Vous me ferez remarquer peut-être que le sol est en perte pour l’azote : cette perte ne doit pas nous

A l’hectare (U.

FUMIER. RÉCOLTE

98 kil. 85kect.

(1) Boussingault, Économie rvnilp., t. IL

inquiéter ; elle n’est en réalité que nominale, puisque nous faisons figurer dans la somme totale de l’azote de la récolte celui du trèfle, qui a l’atmosphère pour origine.

Serait-on tenté de nier cette origine ? — Il est facile d’en fournir la preuve. — Dans l'économie de l’assolement alterne pris comme exemple, le froment figure ,deux fois: la première fois avant le trèfle, et la seconde après cette plante. Or, il est attesté par l’expérience universelle des agriculteurs que le froment qui succède au trèfle produit toujours plus que celui qui le précède.

Pourquoi? — Parce que la troisième coupe de trèfle est enfouie en vert, et que le froment bénéficie de l’azote qu’elle contient, et dont l’atmosphère a fait tous les frais.

Il est donc vrai, comme la science basée sur l’expérience l’affirme, que le phosphate de chaux, la potasse, la chaux, unis à une matière azotée, sont la source et la matière première de toutes les récoltes, et vous voyez à quel point l’histoire, interrogée sans parti pris, confirme les quatre propositions fondamentales sur lesquelles repose la doctrine des engrais chimiques.

N’apercevez-vous pas les conséquences qui se déduisent de ces prémisses ? S’il est vrai, et le fait est incontestable, qu’il existe dans la nature des gisements de phosphate de chaux, de potasse, de chaux et de matières azotées, puisque le progrès agricole peut être arrêté dans son essor par l’insuffisance du fumier, il faut avoir recours à ces agents, afin de pous-

LES ENCRAIS CHIMIQUES.

ser les rendements à une limite de plus en plus élevée.

Cette déduction nouvelle n’a pas seulement pour nous un intérêt théorique; elle nous est imposée par les conditions économiques qui ont prévalu depuis le traité de commerce avec l’Angleterre.

Je pose en principe que l’agriculture par le fumier tout seul a cessé, pour la grande culture, de produire des bénéfices en rapport avec le prix de la terre et le loyer de l’argent, et qu’il lui est impossible de lutter contre l’importation des blés étrangers.

Dés lors, vous le voyez. Messieurs, il devient nécessaire de nous préoccuper du parti qu’on peut tirer dans la pratique de ces agents nouveaux qui, en dégageant l’agriculteur des entraves et des charges que lui crée l’obligation de produire son fumier, lui permettront de commander aux rendements de ses terres, comme le mécanicien à sa machine, en donnant plus ou moins de vapeur, ou en consommant plus ou moins de combustible. Le combustible de l’agriculture, ce sont ces éléments premiers de toutes les récoltes.

Leur dose règle les produits de la végétation et le profit qu’on en retire.

A l’égard de la petite propriété, la culture par le fumier a des conséquences encore plus graves. La quantité de fumier dont elle dispose étant presque toujours insuffisante, si ce n’est tout à fait nulle, elle soumet la terre à un régime d’épuisement inévitable, qui réagit à son tour sur l’économie générale du pays.

Établissons donc , par quelques exemples qu’on ne puisse cpntester, que l’agriculture qui n’opère que par le fumier a cessé d’être une industrie suffisamment rémunératrice, et qu’elle est incapable d’améliorer économiquement, et à bref délai, les terres de qualité inférieure.

Je puiserai ma première preuve dans une exploitation célèbre, la ferme de Bechelbronn, en Alsace, à l’époque où elle était dirigée par M. Boussingault, à qui la science agricole est redevable de si utiles et si estimables travaux.

Le domaine dont il s’agit représente une valeur de 300,000 fr., mise en œuvre par un fonds de roulement de 35,000 fr. Or, tous comptes faits; le service des intérêts du capital foncier, fixé à 3 p. iOO, le bénéfice obtenu n’est que de 3,500 fr. par an. Le résultat financier est-il en rapport avec le capital engagé?

Pourtant, sur HO hectares dont se compose l’exploitation, 60 sont affectés à la prairie, et la part faite aux animaux est conforme aux régies prescrites par les traditions du passé.

Ne croyez pas que ce faible revenu soit le résultat d’une administration défectueuse; non, il dépend uniquement du mode de culture qu’on y applique, et il me suffira pour vous en convaincre d’énoncer les rendements des principales récoltes.

Froment IBheot.

Avoine 32

Betteraves 26,000 k i ! .

Foin i' 3ir.

Voilà ce que la pratique la plus éclairée a pu obtenir en n’employant que le fumier comme agent de fertilité.

Pour tout une école d’économistes qui s’occupent des choses agricoles, le faible profit obtenu à la ferme de Bechelbronn ne tient pas au mode de culture adopté, mais à l’insuffisance du capital affecté à l’exploitation. Augmentez, disent-ils, le capital, vous aurez plus de bétail, partant plus de fumier, et les rendements s’accroîtront; pour les représentants de cette école, l’alternance des cultures servie par un capital puissant est capable de conduire aux rendements les plus élevés, et là est, d’après eux, tout le secret du profit en agriculture.

Qu’y a-t-il de vrai dans cette prétention? L’exemple de l’institut de Grignon va vous l’apprendre.

Là, le capital de roulement fut, dès l’origine, porté à 1,000 fr. par hectare, premier avantage auquel il faut en ajouter un second : Grignon n’avait pas de loyer à payer; un bail de quarante ans lui avait été consenti, et le fermage devait être soldé en améliorations dont l’établissement avait le temps de recueillir tous les fruits. Quel a été le résultat de cette tentative? La négation du principe que le respectable fondateur de Grignon avait eu l’espoir et l’ambition de faire triompher. Non seulement Grignon n’a pas fourni la preuve qu’il produisait avec profit, ou que le profit était en rapport avec l’importance du capital engagé, mais il s’est toujours refusé à publier ses comptes de culture. Gependant, malgré la réserve de ses communications avec le public, Grignon en a dit

assez pour que nous puissions suppléer à l’absence de ses comptes.

L’assolement suivi dans cet établissement a une durée de sept ans ; au point de vue industriel, c’est une période considérable. Eh bien ! voici, d’après des chiffres authentiques, ce qu’avec un capital roulant de 1,000 fr. par hectare on y a obtenu. A la première rotation, le blé d’hiver rendait sur le pied de 21 hectolitres par hectare; à la deuxième, c’est-àdire sept ans après, le rendement a été de 24 hectolitres, soit un accroissement de 3 hectolitres. Mais, en vérité, à qui persuadera-t-on qu’un fonds de roulement de 1,000 fr. par hectare, pour obtenir, après sept ans d’efforts, de chances de pertes de toute nature, un excédant de rendement de 3 hectolitres par hectare, soit un résultat dont on puisse se prévaloir ?

Le blé de printemps nous mène à des conclusions analogues. — A la première rotation, le rendement était de 22 hectolitres; à la deuxième, il s’est élevé à 26.

Pour le colza, au lieu d’un accroissement de produit, il y a. eu diminution. — De 22 hectolitres par hectare, le rendement est descendu à 16.

Le meilleur résultat a été obtenu sur l’avoine qui, de 39 hectolitres, est passé à 51 .

Je vous le demande. Messieurs, après un tel exemple, est-on autorisé à soutenir la toute-puissance du capital pour améliorer à bref délai les terres de qualité inférieure? — Est-on fondé à prétendre qu’il y a avantage à improviser en quelque sorte les cultures

LES ENGRAIS CHIMIOUES.

fourragères pour forcer l’élève ou rengraissemeiK (lu bétail?

Faut-il appuyer cet exemple par un autre plus célèbre encore?

Je l’emprunterai à un homme dont le nom ne doit être prononcé qu’avec un profond sentiment de respect. Je veux parler de Mathieu de Dombasle. En 1825, déjà éprouvé par des revers de fortune, Mathieu de Dombasle, persuadé que la culture par le fumier et le bétail pouvait donner des résultats avantageux dans de mauvaises terres, se fit un point d’honneur de fournir cette démonstration à ses contemporains. 11 se mit donc à l’œuvre, et avec une bonne foi qu’on ne saurait trop louer, il fit connaître, chaque année, le résultat de ses tentatives. Après douze ans de lutte obstinée, qu’est-il advenu? — Mathieu de Dombasle, la tête blanchie par les années, couronné par l’estime publique, est venu dire au monde agricole ; « Je me suis trompé; non, l’alternance des cultures n’est pas un moyen assuré de bénéfice et de progrès; malgré tous mes efforts, je n’ai pu dépasser le rendement de 12 hectolitres pour le froment, de 18,000 kilogrammes pour la betterave, de 13 hectolitres pour le colza, et tous mes comptes de culture se soldent en perte ! »

Ah ! Messieurs, honneur et respect à cet homme éminent dont le caractère était à la hauteur de l’esprit. 11 est le premier qui ait éclairé de considérations supérieures l’économie politique appliquée aux choses du sol. Que son exemple nous serve, à nous et à ceux qui poursuivent la même carrière, Itespect

et honneur à Mathieu de Dombasle, qui n’a pas craint de proclamer sa défaite, dans l’espoir de nous en éviter de semblables.

Mais, pourra-t-on dire, la pratique de l’Angleterre proteste contre vos conclusions.

L’agriculture anglaise, qui réalise de si grands profits, ne doit sa supériorité qu’à son nombreux bétail et à la puissance de son capital.

Pour répondre, je n’ai que l’embarras du cboix; mais je me bornerai à citer l’exemple de sir Jobn Hudson, qui, grâce à ses succès agricoles, possède une fortune opulente.

Sur une ferme de 300 hectares, il entretient 10 vaches, 250 bœufs, 3,400 moutons, et malgré la quantité énorme de fumier que doit produire un tel bétail, chaque année il achète pour 25,000 fr. d’engrais artificiels et pour 50,000 fr. de farineux ou de tourteau, qui équivalent eux-mêmes à une importation d’engrais.

Par conséquent, l’objection tirée de la pratique de l’Angleterre ne porte pas, et nous arrivons finalement à cette conclusion que la culture avec le fumier tout seul, pratiquée par les hommes les plus habiles, les plus autorisés, servie par les circonstances les plus favorables, est impuissante à obtenir des rendements élevés, et que, dans ces conditions, l’agriculture n’a devant elle qu’un horizon borné de progrès et d’amélioration.

Quelles sont les conclusions pratiques auxquelles nous devons nous arrêter? Ces conclusions sont bien simples.

LES ENGRAIS CIUMIOUES.

L’agriculture est aujourd’hui à peu près dans les conditions où se trouvait l’industrie avant l’invention de la machine à vapeur. Aussitôt qu’elle fut découverte, on se mit à l’envi à la recherche des gisements de houille, dont l’exploitation prit tous les jours une plus grande activité; les machines se multiplièrent, et l’industrie vit s’ouvrir devant elle la perspective d’une production illimitée.

Aujourd’hui, la situation de l’agriculture est exactement la même ; il existe dans la nature des gisements inépuisables de ces agents primordiaux de fertilité auxquels le fumier lui-même doit ses bons effets.

Le phosphate de chaux se trouve, sous les formes les plus variées, dans tous les pays de l’Europe, en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne surtout, dans les provinces de Gacerès, de Logrosan et de Truxillo, où les gisements à ciel ouvert s’étendent sur une superficie qui se mesure par kilomètres.

La potasse forme des chaînes de montagnes dans le granit et le porphyre : on peut l’en extraire économiquement, à des conditions pratiques et industrielles. La potasse existe encore dans les eaux de la mer, d’où M. Ballard nous a appris à la retirer. Elle accompagne, dans certaines conditions, à l’état de chlorure et de sulfate, les mines de sel gemme, comme à Stassfurt, en Prusse, où elle forme des dépôts capables de fournir à la consommation de tous les pays de l’Europe pendant plusieurs siècles. On a découvert des gisements analogues en Hongrie; nul doute qu’on en découvre encore d’autres dans des conditions

géologiques semblables. — Donc, la potasse ne peut faire défaut à l’agriculture.

Je ne parle pas de la chaux qui, à l’état de chaux et de plâtre, ne peut non plus nous manquer.

Il n’y aurait tout au plus que les matières azotées qui pourraient nous donner quelque inquiétude, mais cette inquiétude est destinée à cesser bientôt. D’abord, le nitrate de soude du Pérou n’a été exploité, depuis une dizaine d’années, que pour la fabrication des produits chimiques, mais il n’est pas douteux que le jour où un marché important et sûr lui sera ouvert, les gisements actuellement connus, qui s’étendent sur une superficie de plus de 80 kilomètres carrés, ne deviennent la source d’une exportation plus importante.

Le nitrate de potasse, dans les régions tropicales, se forme incessamment à la surface du sol. On en importe peu en France, parce que, jusqu’à présent, il n’a été employé que pour les besoins industriels; mais naisse le marché agricole, et ce produit nous arrivera de toutes parts.

Quant au sulfate d’ammoniaque, on peut en obtenir des quantités considérables en modifiant le mode de fabrication du coke. A cette source on devra désormais en ajouter une autre plus importante encore: quand les volcans sont parvenus à la période d’apaisement, où ils ne dégagent que de la vapeur d’eau, ils produisent une quantité énorme de sulfate d’ammoniaque que l’on peut extraire en utilisant la chaleur de la vapeur qui a entraîné ce sel à la surface du sol.

LES ENGRAIS CHlMlftüES.

Le seul volcan aqueux de Tr avale, dans la province de Volterre, en Toscane, en fournit chaque jour, d’après le professeur Becchi, i,500 kilogrammes — une tonne et demie ! Il m’a été donné de constater un fait analogue sur un grand nombre d’autres volcans de la même origine.

Vous voyez. Messieurs, que nous avons des ressources à peu près illimitées de ces produits nouveaux. La conclusion pratique, c’est de les employer dans une proportion tous les jours plus grande, attendu qu’à leur aide on commande à la fertilité de la terre, et qu’on sort enfin du cercle jusque-là infranchissable où l’on était renfermé, lorsqu’on ne pouvait recourir qu’au fumier. L’agriculteur gagne à ce changement une liberté d’action qu’il n’avait pas encore connue.

De là une doctrine nouvelle que l’on peut résumer ainsi :

1® Rendre à la terre plus que les récoltes ne lui prennent en acide phosphorique, en potasse et en chaux ;

2“ Lui rendre 50 p. 100 de l’azote des récoltes, parce que l’air fournit la différence;

3® Au lieu de recourir à un bétail mal nourri et de chercher à improviser des cultures fourragères, s’appuyer sur une importation permanente d’engrais, lorsqu’on opère sur des terres de qualité inférieure, afin d’obtenir immédiatement des rendements élevés, et, suivant le capital dont on dispose et les exigences, la proximité ou féloignement du marché où l’on écoule ses produits, décider s’il vaut mieux faire de

la viande ou des céréales ; employer les engrais chimiques seuls ou associés au fumier de ferme, le choix étant indifférent.

Mais, à quelque parti qu’on s’arrête, il faut toujours donner pour auxiliaire au fumier des engrais spéciaux, dont la nature est déterminée par celle des plantes qui composent l’assolement.

Où l’avantage inhérent à l’emploi des engrais chimiques se révèle surtout, c’est dans la facilité que l’on acquiert de varier et de régler à volonté la corn, position des fumures suivant les besoins différents de chaque plante, faculté que l’on ne possède pas avec le fumier. Vous pouvez bien employer des quantités de fumier plus ou moins grandes, mais vous ne pouvez pas en changer la composition, tandis qu’avec tes engrais chimiques vous faites prédominer à votre gré la matière azotée, le phosphate de chaux, la potasse, là où cette prédominance est reconnue utile. Et ainsi l’agriculture sort des voies incertaines de l’empirisme pour entrer dans les voies plus sûres de la science, définissant toutes choses, se rendant compte de tous les termes des problèmes qu’elle agite et qu’elle a l’ambition de résoudre.

Notre siècle est en ce moment l’objet d’appréciations bien diverses. Ici , le blâme obstiné, et là l’éloge sans mesure; les uns ne craignent pas de prononcer le triste mot de décadence, alors que d’autres exaltent la supériorité de notre civilisation, parce que tous ses efforts tendent à favoriser l’émancipation des peuples.

Sans vouloir me faire l’arbitre de ce conflit d’opi-

nions où les exagérations d’un parti pris ont souvent plus de part que la raison, je ne puis cependant m’abstenir de réclamer dans notre bilan social une place pour le progrès agricole, qui touche par tant de côtés différents aux intérêts les plus vivants du pays.

En se donnant pour tâche de remonter aux conditions qui règlent la fertilité du sol, la science a une ambition inavouée que j’essayerai de vous faire pressentir; elle veut saisir les liens qui rattachent le bienêtre de l’homme au régime de la terre qui le nourrit, et découvrir les conditions auxquelles il faut satisfaire pour donner aux populations la plus grande source de bien-être et de sécurité.

Voyez quelle a été dans l’antiquité la destinée des nations les plus fameuses. Certes, le sénat romain a poussé loin l’art de la politique; de quelle merveilleuse sagacité et de quel patriotisme n’a-t-il pas fait preuve? Et pourtant qu’est devenu l’empire romain, malgré les ressources de toute nature qu’il tirait des pays soumis à ses armes? Que sont devenues, avant lui, l’Assyrie, la Perse, Babylone? Réfléchissez à ce qu’était leur régime agricole, et vous y trouverez, au milieu de beaucoup d’autres causes, l’une des raisons principales de leur décadence. Leur mode de culture était un régime dévastateur; on demandait toujours au sot, et on ne lui rendait rien ou à peu prés rien.

Sous un tel régime le résultat était inévitable : les populations devaient, à un moment donné, être atteintes dans leurs conditions d’existence et s’effondrer sur elles-mêmes, comme un édifice dont les fonda-

lions seraient vermoulues. Il est arrivé à ces empires ce qui arrive tous les jours au cultivateur imprudent qui exporte sa récolte sans rendre à la terre l’équivalent de ce qu’elle a pris au sol.

Tenez pour certain. Messieurs, que le jour n’est pas loin où la découverte des moyens pratiques de satisfaire, par des emprunts faits à la nature inorganique, à la loi de restitution, qui seule rend durable la fertilité du sol, sera placée parmi les découvertes les plus considérables et les plus utiles de notre temps, parce qu’après tout, dans le jeu complexe des intérêts sociaux, c’est de cette loi que dépend au premier chef le bien-être et la prospérité des populations.

Remarquez, Messieurs, quelle est sous ce rapport notre situation en France. J’ai dit que sur 48 millions d’hectares cultivés, la petite propriété en possédait 21 millions. Or, à quel régime ces 21 millions d’hectares sont-ils soumis par rapport à la loi de restitution?

Si nous nous confinons dans la formule : prairie, bétail, céréales, la petite propriété est une véritable calamité, car celui qui ne possède qu’un hectare de terre ne peut avoir de la prairie et des animaux. — Peut-il suivre un assolement judicieusement pondéré? Il ne le peut pas davantage.

Aussi qu’advient-il ? — Huit fois sur dix il soumet la terre à un véritable appauvrissement.

Il faut donc, par une instruction plus largement répandue, lui apprendre qu’en persévérant dans cette voie funeste, il compromet le présent et rend l’avenir plus incertain.

Ce n’est pas là une question oiseuse. Vingt et un millions d’hectares sont détenus par la majorité de la population du pays; c’est pour cette grande majorité, qui vit à la sueur de son front, que je demande que la lumière soit faite. Supposez que ces 21 millions d’hectares, aujourd’hui cultivés sans règle, en dehors de toutes les lois conservatrices de la fertilité, soient au contraire soumis au régime dont je vous ai exposé l’économie. Quelle serait la conséquence? Doubler pour ainsi dire, du jour au lendemain, la production de ces 21 millions d’hectares ; changer de fond en comble l’économie du pays. Notre budget, contre lequel s’élève tant de critiques, a dépassé 2 milliards ! Que faudrait-il pour le supporter sans effort? une bonification de 10 à 12 p.lOO sur la production agricole qui dépasse 15 milliards par an (1).

(1) Décompte approximatif de la production agricole annuelle en France.

SURFACES CULTIVUKS.

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