‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 14 sur 51 · MARNE · texte numérisé non relu

MARNE

se pulvérise au moment où Feau augmente de volume en se solidifiant, et dès lors la poudre calcaire répandue sur le sol peut y être incorporée par les labours.

JI semble que l'emploi de la marne remonte à une haute antiquité ; au moins Pline rapporte-t-il que les Gaulois et les Bretons en faisaient usage. Pendant les temps troublés du moyen âge, l'épandage de la marne se conserva dans certaines contrées, notamment sur le plateau argileux de la Brie, dans le Valois : c'est là que Bernard de Palissy apprécia son heureuse influence et que, désireux de propagei: en Saintonge l'usage de la marne, où il paraissait inconnu, il lui consacra, en 1580, un de ses fameux dialogues entre Théorique et Practique.

Bien que depuis les époques les plus reculées les hommes aient su calciner les calcaires pour les transformer en chaux, en séparant l'acide carbonique auquel la chaux est unie dans le marbre, la pierre à bâtir, etc., qu'ils aient remarqué, en outre, que la chaux, mouillée après calcination, se gonfle, foisonne, puis se brise et finit par tomber en poussière si blanche qu'elle a reçu le nom de farine de chaux, il ne semble pas qu'on ait habituellement employé la chaux aux usages agricoles avant le xvn^ siècle; on admet généralement que c'est dans le Théâtre d'Agriculture d'Olivier de Serres, écrit au commencement du xvn^ siècle, que pour la première fois son emploi a été préconisé.

11 n'a pu, toutefois, prendre d'extension que lorsque la construction des chemins de fer a facilité les trans-

ports. L'arrivée de la chaux du Berry en Limousin a métamorphosé le pays. Quand au xvm® siècle Arthur Young le parcourt, il est ravi des sites riants qu'il rencontre à chaque étape et navré de leur solitude ; lu population, écrasée par des impôts trop lourds, luttait difficilement contre son sol ingrat, la misère était profonde. Dans VAvis sur la taille de 1765, Turgot, qui administrait cette pauvre province, écrit : « La misère des métayers est telle que, dans la plupart des domaines, les cultivateurs n'ont pas, toute déduction faite des charges qu'ils supportent, plus de 25 à 30 livres à dépenser par an pour chaque personne (je ne dis en argent, mais en comptant tout ce qu'ils consomment en nature sur ce qu'ils ont récolté). »

En 1770, à la suite d'une mauvaise récolte, « la misère générale fut telle qu'il fallut pourvoir à la nourriture gratuite des habitants ». Le paysan vivait de sarrasin pendant Tété, de châtaignes pendant l'hiver; le peu de froment ou de seigle récolté servait à acquitter les impôts...

L'Association française pour l'avancement des sciences a tenu un congrès à Limoges en 18W; une délégation fut reçue par M. Teisserenc de Bort, sénateur, ancien ministre de l'Agriculture, que nous avons eu le chagrin de perdre récemment. On nous fit visiter plusieurs métairies, elles étaient propres, bien tenues; un magnifique troupeau de ces jolies bêtes limousines, aux cornes fines, à la robe blonde, au mufle noir, était réuni sous les ombrages du parc ; les bouviers étaient des gars

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