FERMENTS PATHOGÈNES
espèces pathogènes\ Les personnes qui ont habité la campagne et particulièrenàent les départements comme celui de TEure-et-Loir, de TOise ou de Seine-et- Marne, où sévissait l$i maladije connue sous le nom de chartfon ou de sang de rate, ont entendu parler de champs maudits, sur lesquels les vieux bergers se refusaient k conduire les animaux; on a cru longtemps à des préjugés..., il a fallu se rendre; les champs maudits existent. Ce sont les endroits où ont été enterrés les animaux morts du charbon. Les germes de la maladie infectieuse persistent dans le sol pendant de nombreuses années, ils sont ramenés à la surface par les vers de terre, et quand les fosses où ont été enfouis des animaux charbonneux sont cultivées en céréales, elles restent, après la moisson, couvertes de chaumes, et sont à ce moment particulièrement dangereuses. Les pointes aiguës des pailles coupées blessent fréquemment Jes moutons qui ont Thabitude de flairer le sol; le virus s'introduit par les légères piqûres que se font les animaux, et les troupeaux paient un large tribut à la maladie.
Les végétaux eux-mêmes, développés sur ces terres contaminées, sont dangereux. Un mouton charbonneux est enfoui dans un champ ensemencé en trèfle, la plante devient luxuriante au-dessus de la fosse. Une femme dérobe ce trèfle et le donne à manger à une chèvre et à une vache, restées Tune et l'autre à rétable : les deux animaux meurent.
Cette persistance des germes virulents dans le sol est
assez longue : on parque sept Vnoutons sur une terre où, douze ans auparavant, ont été enfouis des animaux charbonneux; deux périssent bien que la terre fût nue et que les moutons ne reçussent aucune nourriture sur le sol infesté. Les bactéries sous leur forme active ne vivent pas dans le sol, mais les germes, les spores brillantes que connaissent toutes les personnes qui ont suivi les cultures des microbes et qui sont la semence de ces redoutables organismes, ont, au contraire, une vitalité prolongée.
Au reste, les dangers que faisait courir aux troupeaux la persistance dans le sol de ces virus disparaissent peu à peu, depuis qu'ont été découverts les vaccins qui rendent les animaux inoculés insensibles à l'action des virus les plus violents.
C'est ce qui a été démontré avec une admirable netteté dans la célèbre expérience du 2 juin 1881 , connue sous le nom d'expérience de Pouilly-le-Fort, organisée par MM. Pasteur, Chambreland et Roux pour démontrer l'efficacité du vaccin charbonneux. Cinquante moutons furent partagés en deux bandes, vingt-cinq moutons vaccinés résistèrent à l'inoculation d'un virus charbonneux qui fit périr en deux jours les vingt-cinq autres moutons non vaccinés. En détruisant par l'acide sulfurique les cadavres des animaux charbonneux, en procédant largement aux vaccinations préventives, on a vu déjà cette maladie qui décimait les troupeaux devenir plus rare et on peut prédire que, dans peu d'années, elle aura complètement disparu.