‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 46 sur 51 · TRAVAIL DU SOL · texte numérisé non relu

TRAVAIL DU SOL

laboratoire, dans une terre, une formation de nitrate excessive, en la triturant avec beaucoup de soins et la maintenant humide; si elle est sèche, la trituration ne produit aucun effet.

J'ai eu une preuve décisive de l'intluence qu'exerce sur la nitrification une aération prolongée,, par la composition des eaux de drainage écoulées des cases de végétation pendant Tannée 1892. Pour les construire, il a fallu naturellement commencer par enlever la terre, aux endroits où la construction devait avoir lieu. Cette terre est restée amoncelée, exposée à Tair pendant deux mois, puis elle servit à remplir les cases au mois d'octobre 1891. Mes observations des eaux de drainage commencèrent au mois de mars 1892. Or, pendant Tannée mars 1892-mars 1893, une case restée sans engrais donna 221 kilos d'azote nitrique. Pendant l'année suivante mars 1893-mars 1894^ cette même case restée encore sans travail etsans engrais ne fournit plus que 79'', 2 d'azote nitrique et pendant la troisième année 71*^,19.

Ces notions récemment acquises éclairent singulièrement les pratiques agricoles. Que font les hommes qui travaillent la terre? Pourquoi ont-ils, depuis l'antiquité la plus reculée, attelé à un pieu durci au feu un bœuf, un cheval, un âne, et ont-ils chaque année,' souvent plusieurs fois dans la même année, ouvert le sol? Pourquoi, à mesure des progrès de la civilisation, ont-ils apporté tous leurs soins à construire des charrues de plus en plus puissantes? Pourquoi à ce travail de la

charrue ajoutent-ils aujourd'hui celui d'une herse à dents pointues et recourbées, qui, promenée sur les grosses mottes de terre qu'a laissées la charrue, les brise, les triture et les réduit en poudre?

Depuis des siècles, ce travail de la terre est l'occupation principale des cultivateurs; c'est le travail par excellence, le labor, et Thomme qui s'y livre, le travailleur, s'appelle encore laboureur. Que fait ce laboureur? Deux choses : il ouvre son sol et le rend propre à emmagasiner de Teau, à la retenir, sans la laisser couler comme elle le ferait sur un sol durci, pour que la terre saturée d'humidité puisse fournir à la plante, au printemps, l'eau qui lui est nécessaire; en outre, il aère son sol, il y fait pénétrer l'oxygène, nécessaire à l'activité du ferment nitrique.

On trouve souvent cent fois plus de nitrates dans un échantillon de terre remuée que dans un autre échantillon de même nature, maintenu dans les mêmes conditions d'humidité et de température, mais laissé en repos. Et ce n'est pas sans un amer retour sur la lenteur de la marche de l'esprit humain, qu'on songe qu'il a fallu attendre jusqu'à la lin du xix« siècle que M. Pasteur ait dévoilé le rôle immense des micro-organismes, * que MM. Boussingault et Georges Ville eussent découvert le rôle prépondérant des nitrates dans l'alimentation végétale, que MM. Schlœsing et Muntz aient établi que la nitrification est une fermentation, pour qu'on comprenne enfin la raison du travail auquel les hommes se livrent depuis la plus haute antiquité.

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