‹ Les engrais, les ferments de la terreChapitre 6 sur 51 · CORNES. — GUANO · texte numérisé non relu

CORNES. — GUANO

deviennent très friables. L'action de ces engrais azotés est assez lente ; je les ai employés au champ d'expériences de Grignon sur une culture de pommes de terre : la récolte n'a pas été augmentée. Un blé qui a succédé aux pommes de terre n'a guère bénéficié non plus de cet engrais enfoui dans le sol Tannée précédente, et je commençais à désespérer d'en tirer le moindre parti, quand il marqua d'une façon très sensible, sur un second blé, par conséquent trois ans après son épanduge '.

Les tournures de corne, ou les cornes torréfiées sont plus actives; aucun de ces engrais d'origine animale ne vaut cependant le guano qui, après avoir été très employé pendant une trentaine d'années, est aujourd'hui un peu délaissé depuis que les dépôts les plus riches commencent k s'épuiser. On trouve du guano sur un grand nombre d'ilôts où les oiseaux de mer viennent se réfugier : ils couvrent le sol de leurs déjections au milieu desquelles sont souvent enfouis leurs cadavres momifiés.

Le guano le plus recherché parce qu'il renfermait,

outre du phosphate de chaux, des quantités notables

d'ammoniaque unie aux acides carbonique, urique et

oxalique, se trouvait sur des îlots voisins de la côte du

Pérou; les oiseaux pêcheurs pullulent sur cette côte.

I Suivant Antonio de Ulloa qui accompagna en Amé-

!. On esUuio à 51 000 tonnes la i|uantilé de sang et de viiindc livrée chaque année au commerce des engrais; la part de la France serait de 8 000 tonnes environ ; elle fabriquciait en outre 8 oOO lonneo den-rrais de cornes el de cuirs.

rique les académiciens français, qui y furent envoyés au xvni* siècle pour mesurer un arc du méridien, c quand les oiseaux commencent à traverser le port de Gallao, on n'en voit ni le commencement ni la fin » . Ces oiseaux sont attirés sur cette côte par l'extraordinaire abondance du poisson qui peuple le courant de Humboldt, apportant dans ces régions chaudes les eaux froides de TOcéan Glacial du sud; le courant remontant directement vers le nord, baigne toute la côte jusqu'à Téquateur.

L'illustre agronome français Boussingault, qui a parcouru l'Amérique centrale au commencement du siècle, vit ces gisements de guano, c'est en réfléchissant à leur composition, qu'il arriva à formuler pour la première fois son opinion sur l'efficacité des engrais azotés. « Sur une grande étendue de la côte du Pérou, le sol, qui est naturellement stérile, est rendu fertile par l'application du guano; la terre, composée d'un sable quartzeux mêlé d*argile, produit alors des récoltes abondantes. L'engrais qui opère un changement si prompt et aussi favorable est formé presque exclusivement de sels ammoniacaux. C'est en présence de ce fait qu^en 1822, époque à laquelle je me trouvais sur les côtes de la mer du Sud, j'adoptai l'opinion que je professe encore aujourd'hui, sur l'utile intervention des sels à base d'ammoniaque dans les phénomènes de la végétation. »

Il y a vingt ans, les guanos provenant des localités où la pluie est rare, ayant conservé tous les sels ammoniacaux solubles qui ailleurs sont facilement entraînés par les eaux pluviales, étaient encore communs; ils

étaient chargés en vrac dans les bateaux qu*on ne pouvait consacrer à un autre usage, tant Todeur répandue par le guano est forte et repoussante ; un grand nombre (le ces bâtiments arrivait à Nantes, où l'engrais était emmagasiné. On achetait à ce moment le guano, à un prix assez élevé, sans exiger de garantie de composition : bientôt cependant les gisements les plus riches s'épuisèrent, l'efficacité devint moindre, et on ne voulut plus acheter que sur analyse. Or, la composition de ces engrais est loin d'être constante; les manipulations ayant pour but de faire des mélanges uniformes sont difficiles ; le guano, mou et plastique, s'agglutinant aisément, encrasse les appareils ; pour réussir à le triturer, on le traite par Tacide sulfurique, on prépare ainsi le gumw dissous: Tacide décompose le carbonate d'ammoniaque, le transforme en sulfate d'ammoniaque; en outre le phosphate de chaux est attaqué également, une partie de la chaux forme avec l'acide sulfurique du plâtre qui fait prise et englobe la matière; elle est alors devenue assez dure pour passer facilement au travers d'appareils broyeurs et acquérir Thomogénéité nécessaire à la vente sur analyse. Ces manipulations transforment au reste le guano en un mélange de sulfate d'ammoniaque et de superphosphate de chaux, et dès lors, il subit la concurrence des engrais chimiques qui ont fait cesser l'engouement dont le guano a été l'objet, au moment où le mode d'action des engrais était moins connu qu'il ne l'est aujourd'hui.

Les déjections des oiseaux de mer ne sont pas seules

;')() LES ENGRAIS OHCiANiQUES

employées; on fait usage également, sous le nom de colombine, des produits extraits de tous les locaux où séjournent les volailles; on rencontre en outre, dans quelques grottes habitées par les chauves-souris, un engrais tout à fait analogue au guano. Enfin on a essayé à diverses reprises d'utiliser à la fabrication des engrais tous les résidus des pêcheries. Sur notre côte bretonne, avec les parties non comestibles des sardines ; aux îles Loffoden en Norvège ; à Terre-Neuve où s'accumulent les résidus de la pêche de la morue, on a fabriqué des engrais de poisson. En soumettant à l'action de la vapeur d'eau surchauffée tous ces débris, on en extrait de l'huile, puis toute la masse devient dure, cassante, passe facilement au moulin, et forme une poudre commode à répandre.

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