TV
Matières excrémenUtielles, — Sulfate (V ammoniaque. Nitrate de soude.
L'emploi des matières excrémentitielles humaines est très localisé ; il n'est qu'un petit nombre de contrées où les cultivateurs ont surmonté la répugnance très légitime que provoquent ces engrais. Une longue accoutumance a rendu les Chinois insensibles aux inconvénients qu'entraîne le transport constant sur les routes, dans les rues, de ces matières nauséabondes; leur efficacité
MATIÈRES EXCRÉMENTITIELLES 51
comme engrais est telle, qu'aujourd'hui le Céleste- Empire est peut-être le pays du globe où la population présente la plus grande densité. En France, aux deux extrémités du territoire, on fait usage des matières excrémentitielles depuis un temps immémorial : dans le Var, les Alpes-Maritimes, ces engrais sont répandus dans la culture des plantes à fleurs qui alimentent lés parfumeries; et, tout à fait au Nord, dans l'ancienne Flandre, les matières fécales sont d'un usage tellement constant, qu'elles ont reçu le nom d'engrais flamand.
Leur emploi implique la conservation des fosses d'aisance qui présente de terribles inconvénients et tout d'abord au point de vue de la salubrité : ces fosses, rarement étanches, laissent suinter, par le fond ou les parois, les liquides nauséabonds qu'elles renferment; ils contaminent les terres voisines et les nappes d'eau souterraines. On ne trouve habituellement dans l'eau des puits salubres que des traces d'ammoniaque : or, il y a quarante ans, Boussingault dosait, dans les puits des maisons du vieux Paris, jusqu'à 30 milligrammes d'ammoniaque par litre; quantité énorme, visiblement due à des infiltrations des liquides des fosses. La consommation d'eaux semblables, toujours horriblement répugnante, devient terriblement dangereuse en temps d'épidémie, puisque nous savons aujourd'hui que le choléra et la fièvre typhoïde se propagent par les germes contenus dans les eaux contaminées.
Bien que l'extraction des matières des vidanges ait été perfectionnée depuis quelques années; bien que les gaz qui s'échappent soient lancés au travers d'un foyer qui brûle les produits volatils à odeur forte, de telle sorte que la vidange des fosses d'une maison n'empeste plus toute une rue, ainsi que cela se produisait naguère, le procédé actuel est barbare et doit disparaître.
Que chaque maison recèle au-dessous d'elle des mètres cubes de liquide infect dont les émanations remontent dans les habitations à toutes les baisses barométriques; qu'il faille extraire ces liquides par des moyens mécaniques et les charrier à grand bruit au travers de la ville, pendant la nuit, troublant ainsi le sommeil des habitants ; que la nécessité de répéter ces opérations coûteuses s'impose d'autant plus fréquemment que l'eau pure arrive en plus grande abondance dans les maisons; et que par conséquent l'intérêt des propriétaires, auxquels incombent les frais de vidange, soit de restreindre les larges irrigations des cabinets d'aisance, c'est là ce qui est intolérable.
Le système des fosses est donc condamné, il l'est d'autant plus que la préparation des engrais par le traitement des vidanges devient chaque jour plus difficile..
Les matières extraites des fosses ont été longtemps conduites dans les dépotoirs ; on les y abandonnait au repos, pour que la partie solide se déposât. Ce dépôt est très lent; les matières exposées à l'air empestent de leurs émanations les locahtés voisines, et, quand le
SULFATE d'ammoniaque 58
vent souffle de Test, tout Paris. Les matières solides finissent par se dessécher, elles forment la poudrette, engrais d'une médiocre richesse, car la partie active des vidanges, les sels ammoniacaux, restent dans les liquides ou s'exhalent pendant la dessiccation : les liquides ont été longtemps jetés à la Seine. Aujourd'hui, plus habituellement, les matières sont conduites directement aux usines; à l'aide d'appareils analogues à ceux qu'on emploie dans la distillation de l'alcool, on sépare des liquides l'ammoniaque gazeuse, qui est recueillie dans de l'acide sulfurique : on prépare ainsi un engrais puissant, le sulfate d'ammoniaque. Cette préparation entraîne une dépense qui n'est couvert*^ qu'autant qu'on distille un liquide riche en ammoniaque. Or, il l'est d'autant plus qu'il provient de maisons plus mal tenues. Quand, au contraire, l'eau abonde, que les cabinets sont largement irrigués, l'ammoniaque se trouve diluée dans une telle masse de liquide, que la dépense qu'entraîne la distillation surpasse la valeur du produit obtenu, et comme nombre de villes, Paris notamment, ont fait de grands efforts pour que les eaux arrivent partout en abondance, la fabrication du sulfate d'ammoniaque à l'aide des vidanges deviendra de moins en moins avantageuse et finira par disparaître, quand bien même les fosses seraient maintenues.
Le sulfate d'ammoniaque ne provient pas exclusivement du traitement des liquides excrémentitiels; on sait que la houille a été formée par la transformation des plantes qui couvraient la surface de la terre à des
e>l LES ENGRAIS ORGANIQUES
époques reculées; or les végétaux de la période houillère renfermaient de Tazote, comme nos végétaux actuels, et quand on distille de la houille pour en extraire le gaz de l'éclairage, on recueille des eaux ammoniacales; elles sont employées à la fabrication du sulfate d'ammoniaque; la préparation du gaz consommé à Paris fournit environ, chaque année, 8 000 tonnes de sulfate d'ammoniaque * .
Le sel provenant de la distillation de la houille renferme parfois un produit qui agit sur les végétaux à la façon d'un poison violent : le sultocyanure de potassium ; et les chimistes des stations agronomiques, des syndicats agricoles, s'assurent de son absence dans les lots de sulfate d'ammoniaque dont l'odeur empyreumatique décèle l'origine houillère *.
Le sulfate d'ammoniaque est d'un emploi récent, concurremment avec le nitrate de soude : il constitue la base de ces engrais azotés, très actifs, qui sont désignés dans le langage courant sous le nom bizarre d'engrais chimiques.
C'est seulement en 1856 que l'efficacité des nitrates
i. Nous trouvons dans un journal spécial, très bien informé, l'Engrais, que la fabrication du sulfate d'ammoniaque dans le monde s*élève à 290 000 tonnes sur lesquelles TÂngleterre, à elle seule, produirait 154 000 tonnes, la part de la France ne serait que de 26 000 tonnes.
2. Rien n'est plus facile que de constater la présence du sulfocyanure de potassium dans un engrais; il suffit de dissoudre un peu de produit suspect dans l'eau et d'ajouter du perchlorure de fer qui donne, avec le sulfocyanure, une magnifique coloration rouge.