‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 10 sur 122 · ÉLOGES SEMÉS A PROFUSION · texte numérisé non relu

ÉLOGES SEMÉS A PROFUSION

et ce fut Chapelain lui-même, aidé de Gonrart, qui procura cette première édition du Quinte^Curce de Vaugelas (1).

Relisez mes vers, marquez-moi librement ce qui vous choquera, traitez-moi en ennemi, objurgations purement poétiques, et que Vaugelas fit bien de ne pas prendre à la lettre. Chapelain a beau dire : il entend qu*on lui rende des éloges en échange de ses applaudissements. Oronte ne sollicite Tamitié d'Alceste, ne vante ses « grandes lumières, » et ne Taccable depi-évenances^ que pour tirer du misanthrope pareilles flatteries. Molière, en mettant sur la scène cette façon de bel esprit, songeait-il à Chapelain? Nous ne savons ; mais comment ne pas admirer la pénétration du grand poète, qui, dans la description d*un travers commun à toutes les époques, à Paris comme à Rome, sutdonnerà sapeintui^ la précision d*un portrait? Distribuer des éloges, aftn d'en recevoir , tel est le procédé ordinaire de Chapelain. Lavdari à lavdato , cette formule qu'il citait un jour (2), érigée en principe et devenue comme le fondement d'un droit strict, offre de grands avantages : elle simplifie le rôle de la critique, et laisse place au seul panégyrique.

Il n'annonce pas un ouvrage, n'envoie pas une pièce, qu'il n'accompagne ses lettres de toutes sortes d'adulations à l'adresse de ses amis. En 1660, il loue

(1) 1 vol. iii-4% Paris, Augustin Courbé, 1653, o avec les supplémons de Jean Freinshemius sur Quinto-Curce, traduits par Pierre Du-Ryer. »

(2) Lettres de Chapelain^ II, 605.

« la belle histoire du maréchal de Matignon » par M. de Cailliëres. Il offre même ses services, pour l'impression, auprès de • M. Courbé, » Tun des célèbres libraires du temps (1). « Quant à votre lettre héroïque , écrit-il à Tauteur, je n'ai point d'assez belles paroles pour lui donner les louanges qu'elle mérite. C'est un excellent panégyrique du premier capitaine de nos temps, et de ce prince admirable qui a toute notre inclination. Il débute bien, et vous ne pouvez mieux faire que de vous tourner, pour cela, à la personne de toutes qui prend plus d'intérêt en lui (2)... Il n'y a pas une pensée qui ne soit du sujet. Pour la versification, il n'est pas étrange qu'étant au désert, et loin du commerce des critiques de bonne foi, vous ne Tayez faite égale partout, et si en quelque peu d'endroits, elle pourroit être meilleure. Mais ce sont des mouches en beau visage, qui ne font qu'en relever l'éclat.

» Au premier jour , je soumettrai à votre censure un petit ouvrage que l'état présent des choses a exigé de moi (3). »

(1) Courbé, en effet, imprima l'ouvrage : Histoire du marech&l de M&tignorif 1661 , in-f*. — Jacques de Goyon do Matignon, 1525-1597; maréchal do France en 1579. Lors de la Saint- Barthéloray, en 1572, il refusa de faire exécuter les ordres de Charles IX à Saint-Lô et à Alençon , dont il avait le gouvernement.

(2) Le prince de Condé et sa sœur. M"* de Longueville. — Lettre héroïque écrite à M"* de Longueville sur le retour de M. le Prince, 1660, in-4% Saint-Lô.

(3) Lettre du 29 mai 1660, « à M. de Caillicres, gouverneur de Cherbourg, à Cherbourg; » II, 85. — Jacques de Caillières, maréchal de camp , attaché aux maisons de Longueville et de

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