ODE A RICHELIEU
Ou le voit , la publication de l'ode à Richelieu est bien de 1633, et non de 1637, comme Tont dit certains critiques. La fameuse pièce est imprimée tout au long dans le Reaml des plus belles pièces des poètes français depuis Villon jusqu'à Benserade (1). Elle ne comprend pas moins de douze pages; nouç n a^ons pas eu le courage de compter combien elle a de strophes.
Quant à la lettre de Chapelain au P. Joseph, n'est-ce pas, sous une autre forme, et longtemps avant le Misanthrope, comme une image de la scène du sonnet ? Oronte demande un juge : oui , mais un juge qui lui donnera raison et rendra une sentence favorable. Plus habile môme que le bel esprit rudoyé par Alceste, Chapelain lie étroitement son œuvre à la gloire du cardinal : le P. Joseph ne peut dédaigner ses vers sans dédaigner le ministre lui-même. C'était la prétention de tous les rimeurs du temps, prétention dont Boileau fera plus tard justice en deux vers mo queurs , devenus populaires comme des proverbes :
Qui méprise Kautain, n'estime point son roi , Et n*a, selon Kautain, ni Dieu, ni foi, ni loi (2).
A la même époque , Chapelain , comme s'il n*était pas d*avance convaincu de la beauté de sa pièce, écrivait à Vaugelas : « Je serai enfin contraint de croire qu'il y a quelque chose de supportable dans TOde
(1) Vol. IV, p. 179 ; 6 vol. in-12, Paris, 1752.
(2) Satire IX, 1667. — Colin est désigné ainsi, sous ce voile transparent, dans les premières éditions de Boileau. La première édition des Satires est de 1666.
que VOUS avez vue, et que les Muses ne m*y ont pas tout à fait abandonné, puisque, le hasard vous l'ayant présentée, vous en avez jugé si avantageusement, et avez cru que sa louange devoit faire une partie de la lettre que notre ami a reçue la dernière de vous. Vous m'êtes un grand auteur pour les choses auxquelles je me dois arrêter, et quand je vous aurai pour pleige (1) de la bonté de mes petites productions, je suis capable de les estimer. C'est pourquoi je vous conjure do me désabuser, si ce que vous avez écrit de celle-ci n'est qu'un effet de votre affection ou de votre courtoisie. Prenez soin de ma pudeur que déjà vous avez ébranlée, et qui peut faire naufrage sur votre foi.
» Vous trouverez dans ce paquet l'exemplaire que je vous avois destiné, et que je n'ai manqué à vous envoyer que faute de commodité. Relisez les vers encoi^e une fois pour l'amour de moi, et que je sache votre sentiment particulier sur ce qui vous y choquera. Je veux que vous me payiez le devoir que je vous rens par votre sévère censure, et prêtons que vous m'y traitiez en ennemi. Au reste, je suis réduit à voir Alexandre dans Quinte-Curce, puisque vous ne nous permettez pas encore de le voir dans M. do Vaugelas (2). » La traduction dont il est question ici, parut vingt ans plus tard, eu 1653, trois ans après la mort de l'auteur;
(1) Pleige y a caution. » Le mot est encore dans Richelet, Nouveau dictionnaire françois, 2 vol. in-f% Rouen, 1719.
(2) Lettre du 10 juillet 1633; I, 41. — Vaugelas était né à Moximicux, Ain, le 6 janvier 1585, et mourut à Paris le 26 février 1650. — Voy. Histoire de l'Académie franc., édit. Ch. Livet, vol. I, p. 236.