‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 12 sur 122 · RAJSON DE CETTE PRODIGALITÉ · texte numérisé non relu

RAJSON DE CETTE PRODIGALITÉ

Chapelain trouva les « deux petits poèmes » fort à son goût. C'était naturel. Huet avait vanté son ode à Mazarin ; à son tour il se faisait un devoir d'admirer l'épître « à la manière d'Horace. » Voici sa réponse au jeune érudit normand : « Ce^seroit un bien doux fruit de mon petit travail (l) que l'approbation que vous lui donnez, si elle étoit aussi sincère qu'elle est obligeante, et si je m'y pouvois aussi bien arrêter comme vraie , que je la puis ressentir comme civile. C'est en cette dernière qualité que je la reçois, et que je vous en rens grâces très humbles, sans m'enfler de tout le bien que vous m'en dites, par la connoissance que j'ai de mon peu de forces et de votre grand talent en ce même genre. Vous savez ce que je vous eu ai déjà mandé, et en vérité, selon ma pensée, n'étant plus en âge de déguiser mon sentiment, et trouvant je ne sais quoi de bas dans la dissimulation , dont mon cœur ne se sent point capable.

• Mais le genre de l'ode n'est pas le seul où vous excellez : cet autre d'épitres à la manière d'Horace n'a eu personne, depuis Horace, Âonius Palearius et le chancelier de l'Hospital, qui approchât de vous (2) ; et j'ai remarqué , dans celle que vous m'envoyâtes dernièrement , le caractère épistolaire si pai-fait et si bien soutenu par la morale , laquelle , aussi bien là

(1) L'ode à Mazarin sur le mariage de Louis XIV.

(2) Aonius Palearius , autrement dit Antonio délia Paglia, pendu à Rome comme hérétique, le 3 juillet 1570. Voy. Touvrage de M. J. Bonnet, Aonio Paleario, Etude sur la Réforme en Italie. Paris, 1 vol. in-12. — Michel de l'Hôpital, 1507-1573. Ses poésies latines furent publiées en 1585. 1 vol. in-^.

que dans la satire, y doit régner principalement, et utramque paginam implere , qu'il me semblet que vous n'en devez pas demeurer là; et, sur ma parole, ne perdez point d'occasion de vous exercer en ce style et sur de semblables sujets qui rendent la poésie philosophique et qui profitent en divertissant. J'ai obligé M. Savary d'en user ainsi à l'égard de la chasse (I), et le succès a montré que mon conseil étoit bon. Si vous le suivez , pour cette nature de poésie discourue en forme de sermons (2) ou épîtres, je ne crois pas que vous vous en trouviez mal (3). »

C'est ainsi que Chapelain , indépendamment des faveurs dont il disposait, se fit des amis chauds et dévoués qui le défendirent bravement contre les assauts du dehors , les parodies des uns , les traits railleurs des autres, ceux surtout que Boileau lui décocha avec tant de hardiesse et de sûreté. En 1665 , dans ses Mémoires sur les Grands Jours d'Auvergne , Fléchier cite fréquemment des vers de la Pucelley et nous parle de

Ces vallons où Vichy, par ses chaudes fontaines, Adoucit tous les jours mille cuisantes peines (4).

Ailleurs, il proteste contre « l'effronterie » des comé-

(1) Jacques Savary, de Gaen, 1607-1670, auteur de divers poèmes latins sur la chasse. Voy. Tabbé Vissac, Histoire de la poésie latine en France^ 1 vol. in-8'. Paris, Durand, 1862.

(2) Dans le sens latin , sermones , conversations : nom qu'Horace donne à ses épitres.

(3) Lettre du 20 juin 1660 ; II, 86.

(4) Mémoires, p. 45, édit. Hachette, 1 vol. in-12, 1862.

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