‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 13 sur 122 · FLÉCHIER ET HUET · texte numérisé non relu

FLÉCHIER ET HUET

diens de Clermont, qui ont osé représenter Chapelain décoiffé et livrer à la risée publique le plus estimable des hommes. « Us entreprirent, dit-il, de jouer une méchante parodie que quelques envieux ont composée et dont ils ont fait une satire contre M. Chapelain , dont la vertu , la prudence et Térudition sont connues partout où il y a des gens de bien et des gens savans (1). »

La « méchante parodie » avait paru en 1664. On Tattribuait à Boileau-, qui s'en défend comme beau diable; elle était en grande partie l'œuvre de Furetière(2). Le 10 décembre 1 701 , Boileau écrit à Brossette : « A regard du Chapelain décoiffé , c'est une pièce où je vous confesse que M. Racine et moi avons eu quelque part ; mais nous n'y avons jamais travaillé qu'à table et le verre à la main. Il n'a pas été proprement fait currente calamo , mais currente lagena, et nous n'en avons jamais écrit un seul mot. Il n'étoit point comme celui que vous m'avez envoyé, qui a été vraisemblablement composé après coup par des gens qui avoient retenu quelques-unes de nos pensées, mais qui y ont mêlé des bassesses insupportables. Je n'y ai reconnu de moi que ce trait :

Mille et mille papiers dont la table est couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte.

(1) Mémoires, p. 134.

(2) Né à Paris en 1619, mort en 1688. Son Dictionnaire, paru an Hollande deux ans après sa mort, fut imprimé plus tard à Trévoux , et en a gardé le nom de Dictionnaire de Trévoux»

Et celui-ci :

En cet affront , La Serre est le tondeur ; Et le tondu, père de la Pucelle.

Celui qui avoit le plus de part à cette pièce, c'étoit Furetière, et c'est de lui :

O perruque, ma mie !

N'as-tu donc tant vécu que pour cette infamie T

Voilà , Monsieur , toutes les lumières que je puis vous donner sur cet ouvrage, qui n'est ni de moi , ni ni digne de moi. Je vous prie donc de bien détromper ceux qui me l'attribuent. Je vous le renvoie par cet ordinaire (1). »

En 1705, Fléchier était en possession du manuscrit original de la seconde partie de la Pucelle. Mais, comme s'il craignait d'achever la ruine d'une renommée déjà si compromise , il en refuse une copie à son vieil ami Huet. En vain le P. de la Rue écrit-il à Nîmes , au nom de l'ancien évoque d'Avrauches : il ne peut rien obtenir, a Je vous supplie, répond Flécbierle 12 juin 1705, de vouloir bien témoigner à Mgr révêque d'Avranches la reconnoissance que j'ai de l'honneur de son souvenir, et l'assurer du respect que je conserve toujours pour lui. Il est vrai que j'ai en original la seconde partie du poème de la Pucelle de feu M. Chapelain, écrite de sa main. Nous en avons fait autrefois quelques lectures ensemble, d'un côté trop peu , d'un autre ti*op réjouissantes. Si

(1) Œuvres complètes de Boileau, p. 479. 1 vol. in-4% Didot.

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