ODE A CHAPELAIN
s*élève en son honneur, le proclame le protecteur des lettres en Europe, et associe son nom à celui de Louis XIV et de Colbert. Çà et là il traitera bien celui-ci de « cajoleur, » ou reprochera ses louanges exagérées à celui-là ; mais le reproche est si doux ! et la protestation si faible! Le contentement est visible; il perce à travei'S les réserves qu'impose la bienséance. En 1660, il assure Montausier de son dévouement et de son respect, et, pour arriver à parler de lui , parle au futur gouverneur du Dauphin du beau-frère de Gronovius, Tennuyl, qui est venu le voir et lui a fait un grand éloge de la Pucelle, « Je vous avoue, dit-il à Montausier , que cotte profession d'estime, ni recherchée ni mendiée, d'un homme si célèbre et qui ne me connoît que par là , m'a encore plus confirmé que la traduction de l'Albigeois (1), que l'ouvrage n'étoit pas tout à fait méprisable. Ceci tout à fait entre nous, tanquam horribile secretum (2). »
A la môme époque , un abbé de Francheville ne lui épargna pas les compliments et chanta sa gloire dans une ode « forte et brillante, » que l'auteur eut soin de lui dédier. « Cette belle ode dont vous m'avez surpris et honoré , disait Chapelain , est l'une des plus riches bagues de ma couronne et le plus grand ornement dont mon petit nom se puisse parer à l'avenir (3). > Le seul danger, c'était qu'une telle apothéose vînt à allumer la jalousie des envieux.
(1) L'abbé Paulet.
(2) Lettre à Montausier, du 8 janvier 1660 ; II, 76.
(3) Lettre à Tabbé de Francheville, du 14 janvier 1660; II, 76.
c Quelque Méuardière, écrivait le 6 mars Chapelain à son panégyriste, vous pourra reprocher qu'au moins avez-vous péché dans l'adresse (1). » Vers la &n de la même année , les doux propos continuent entre l'abbé et le poète. « Craignez, lui dit d'un air modeste celui-ci, qu'on ne vous reproche de voir moins clair dans le sujet qu'en toutes autres choses , et de vous être souffert éblouir par une étoile qui n'est au plus que de la sixième grandeur , et qui est beaucoup plus nébuleuse qu'éclatante. Regardez-moi plutôt du côté de la probité et de la constance que du côté de l'esprit et du mérite (2). »
(1) Lettre du 6 mars 1660 ; II, 82
(2) Lettre à l'abbé de Francheville , du 16 octobre 1660; II,