‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 18 sur 122 · OUVRAGES DÉDIÉS A CHAPELAIN · texte numérisé non relu

OUVRAGES DÉDIÉS A CHAPELAIN

apportées de votre part, il y a déjà quelque temps, lorsqu'enflu M. Thévenot me Ta fournie en m'envoyant la lettre dédicatoire qu'il vous a plu m'adresser à la tête des notes que vous avez faites sur Thistorien de la nature (1). Je vous mentirois si je vous dissimulois la joie que j'ai sentie en recevant une si glorieuse marque de votre amitié; mais je ne vous mentirois pas moins si je ne vous témoignois combien j'en ai été surpris , et que je vous celasse la honte que j'ai encore de l'avoir si peu méritée. Ma pudeur s'est de beaucoup accrue, lorsque j'en suis venu à l'endroit où vous vous étendez sur mon sujet, et où , parmi quelques vérités que ma candeur m'empêche de désavouer , vous coulez tant de choses qui me sont étrangères, et où, quelque volonté que j'eusse de les posséder, je ne pourrois sans présomption espérer jamais d'atteindre. Mais, monsieur, je reconnois bien en cette rencontre , qu'on ne sauroit donner de bornes à la vertueuse affection, et je n'entreprens pas de vous persuader d'en réprimer les élans, ne sachant pas si, en pareil cas , je pourrois réprimer la mienne propre. Je vous laisse donc maître de vos paroles , pour excessives qu'elles soient , sur mon chapitre. Je me contenterai de vous dire que je les considère seulement comme une grâce, et nullement comme une dette, souhaitant que vos lecteurs n'y regardent que l'éloquence qui farde si bien mes défauts que , si l'on l'en vouloit croire , on prendroit

(1) Le Pline de Gronovius, paru en 1669. — M. Tamîzey de Larroque, vol. II, p. 609, a mis Taci(e au lieu de Pline,

pour des perfections , vous demeurant , au reste , fort redevable de cette violence que vous avez faite à mes lumières, pour me faire voir aux autres tout autre que je ne suis(l). »

Il est difficile de parler de soi , de se tirer d'une situation délicate avec plus de dextérité. C'est, en quelque sorte, le modèle du genre : il est impossible de mieux accaparer des compliments , tout en parais* sant les repousser. M. Matter qui, le premier, publia jadis cette lettre retrouvée à la bibliothèque de l'Université de Munich , a fort bien saisi cette nuance légère, et l'a marquée avec une heureuse précision. € Le très fin Groriovius, dit-il, donnant de l'encens pour des lettres de change, ne s'y épargnait pas. 11 a non seulement fait ses lettres de remerciement et ses quittances, il a fait sa préface; et, dans cette préface (2), qui sera réimprimée aussi longtemps que ses notes sur Pline, sa reconnaissance envers Chapelain a si bien surpassé celle des autres gens de lettres, que l'auteur de la Pucelle en est tout étourdi. Sa, pudeur se croit obligée de protester, tout en encourageant du fond de sa modestie troublée la violence qu'elle a subie , qu'elle est toute prête à subir encore. Cela choque un peu dans cette

(1) Lettre du 27 décembre 1668 ; II, 610. — M. Matter, qui â imblié aussi cette lettre, donne la date du 27 décembre 1661 ; Lettres et pièces rares ou inédites, 1 vol. in-8». Paris, Amyot.

(2) Ce n'est pas dans sa préface, mais bien dans Tépitre, en tôte de ses notes, que Gronovius fait le panégyrique de Chapelain; vol. III, p. 763.

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