‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 22 sur 122 · COLÈRES CONTRE MILTON · texte numérisé non relu

COLÈRES CONTRE MILTON

répondre en teiines moins injurieux, mais non plus fermes, plus éloquents et plus passionnés. « La seule marque de votre souvenir , écrit-il en 1660 au jeune Saumaise, après un si long temps d'absence et le peu d'occasions de vous en donner du nôtre, pourroit tenir lieu d'une grande faveur à une personne de beaucoup plus grande considération que moi. Je vous laisse à penser, cela étant, combien je la dois avoir ressentie, lorsque vous l'avez accompagnée d'un régale (t) aussi précieux pour moi, qu'est le dernier ouvrage de feu M. votre pèi^e , que j'avois tant souhaité qui parût au jour pour sa gloire et pour le bien public. Je ne pouvois rien recevoir de plus agréable ; et vous le concevrez aisément, quand vous saurez que je ne les reçus qu'avant-hier, dans la foiblesse où m'a laissé une maladie de six semaines, et que, néanmoins, j'en ai déjà dévoré plus de moitié avec une satisfaction tout entière, résolu de ne le quitter point que je ne l'aie tout achevé. »

Jusqu'à présent, il n'y a là rien d'excessif et qui ne convienne à tout accusé de réception. La grandeur de la cause, l'infortune du noble et malheureux client justifient bien l'émotion du lecteur. Mais la suite de la lettre est toute frémissante de colère, et , malgré la légitimité de l'indignation, on souffre de voir Milton traité de « scélérat i> et « d'avocat prostitué. » — « Et en vérité , disait Chapelain , il seroit bien malaisé de se priver un seul moment d'une lecture aussi so-

(1) Chapelain écrit toujours rég&le, et ne veut pas qu'on dise rég&l.

lide, aussi couvaincante et aussi éloquente en son genre qu'est celle-là, où Ton s'instruit en se divertissant, et où la cause royale trouve sa justification toute pleine et c^Ue de la rébellion son absolue destruction, malgré toutes les impudentes déclamations et toutes les artificieuses sophistiqueries de son scélérat défenseur.

» J'ai pris aussi un plaisir étrange à lire PEpître au roi d'Angleterre , que vous avez mise à la tête de l'ouvrage, élégante, grave , judicieuse , et à laquelle jo ne trouve qu'il manquât rien qu'un peu plus d'étencîue, quoiqu'on cette sorte de dédicace la brièveté soit l'une des conditions qu'on y regarde principalement. Quel dommage que , des douze chapitres de Milton , M. votre père n'ait pu réfuter que les trois premiers ! Que cette mort funeste et précipitée a épargné de rudes touches à ce malheureux champion de l'iniquité , et qu'elle a fait perdre d'excellentes choses aux lecteurs équitables, aussi bien qu'à la bonté do la cause que ce travail soutenoit ! Il y a pourtant de quoi s'en consoler , puisque nous avons le premier sur le même sujet (1), que j'ai toujoura jugé une pièce accomplie, et qui repousse toute seule l'insulte des soulevés et les insolences de leur avocat prostitué (2). »

Toutefois, cette grosse colère tombait assez vite, et

(1) Le Defensio regia paru en 1649.

(2) Lettre du 14 octobre 1660, a à M. de Saumaise, à Drambon, en Bourgogne ; • II, 102. — Drambon est un petit village, dans la Côte-d'Or.

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