‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 23 sur 122 · COLÈRES CONTRE MILTON · texte numérisé non relu

COLÈRES CONTRE MILTON

dès le mois suivant , il pariait de la Réponse avec bien moins d'ardeur , et même avec une pointe d'ironie. Le 4 novembre 1660 , il écrit à Heinsius, à La Haye. « Enfin, lui dit-il, l'apostume de feu M. de Saumaise a crevé (1), et la révolution d'Angleterre a fait obtenir à son fils la permission de publier ce qu'il avoit trouvé de lui écrit contre le livre de Milton. J'y ai lu avec douleur et indignation ce qu'il y a mis sans nécessité contre vous et contre Monsieur votre père, mais principalement contre vous. Vous devez avoir vu cela depuis trois mois qu'il est imprimé. J'en attens votre sentiment (2). » Ce brusque changement de ion, et cela sur le môme sujet, selon qu'il s'adresse à 8aumaise ou à Heinsius, est fort curieux. Nulle part, ce contraste que nous aurons l'occasion de signaler encore n'est mieux marqué qu'ici. Enthousiasme sans réserve, s'il parle au fils de Saumaise; ton moqueur, au contraire, expression « d'indignation » et de « douleur , » s'il écrit à Heinsius. Le i)ère du célèbre résident de Hollande, Daniel^ avait eu jadis avec Saumaise une violente querelle à propos de sa tragédie : Herodes infanticida ^ parue en 1632. De là, des ménagements nécessaires, d'adroits tempéraments que le prudent Chapelain n'a garde de négliger.

Le coté belliqueux de ce caractère était demeuré prestjue totalement ignoré : il offre assez d'intérêt, ce-

(1) Apoêtumet abcès, tumeur. « Il faut que l'apostume crève. » Façon de parler proverbiale pour dire : U faut enfin que la chose éclate. » Richelet, Dictionnaire françois , 1719.

(2) Lettre du 4 novembre 16^ ; II, 110.

pendant, pour mériter d'êti*e examiné de près. Quand Chapelain parle « de ces insolens que rien ne corrige que les coups , » il songe à d'autres dont il a à se plaindre , et qu'il ne serait pas fâché de traiter de la môme façon. C'est une belle étude , à coup sûr, que celle do la nature; il est intéressant d'observer les innombrables phénomènes du système nerveux , et d'en noter, en quelque sorte, les imperceptibles vibrations; de suivre avec sûreté la marche de certains poisons, d'en retrouver les traces ou d'ôn constater l'eflFet sur les organes. Mais l'homme aussi , comme on le rappelait naguère (1), est intéressant à connaître; intéressant à observer dans les mouvements si variés de son cœur, dans ses fluctuations, ses contre-coups au choc des événements, dans la mêlée générale de toutes les convoitises , au bruit des agitations et des orages des passions humaines.

(1) Discours de M. A. Dumas à la réception de M. Leconte de Liste ; séance de T Académie française du 31 mars 1887.

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