‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 25 sur 122 · B. PRIOLO · texte numérisé non relu

B. PRIOLO

Cette faveur ne pouvait venir de Chapelain, comme nous le verrons. C*est donc Colbert ici qui impose sa volonté, et qui, fidèle au souvenir de Mazarin, porte d'autorité Priolo sur la liste des gratifiés. Le fait a son importance et vaut la peine d'être signalé. Il nous prouve que Chapelain n'était pas maître absolu de la feuille des bénéfices littéraires ; et, s'il préparait le tableau des gratifications, le maître se réservait toujours le droit de retrancher un nom, d'en ajouter un autre, et cela sans prendre son avis.

Après Mazarin , Colbert semble avoir tenu à honneur de protéger le pensionnaire du cardinal, de Tencourager dans ses travaux et de lui donner des marques de sa bienveillance. En 1661 , Priolo écrit au ministre. Il lui parle de l'histoire qu'il prépare , cette histoire qui va exciter la colère de Chapelain, et qu'il est question d'imprimer aux frais du roi. « Ce matin, dit-il à Colbert, M. le comte de Brienne (1) m'a fait l'honneur de me venir voir, et m'a dit beaucoup de choses touchant mon ouvrage. Je veux croire que la passion qu'il a pour moi le fait estimer meilleur qu'il n'est. La conclusion a été qu'il m'a demandé ces pauvres livres comme étant nécessaire

nat., 1861-1882. — Sur Priolo, voy. la note de M. Clément, ibid.y p. 235.

(1) Henri- Auguste de Loménie de Brienne, nous dit M. P. Clément, auteur de Mémoires contenant les événements des règnes de Louis Xllî et de Louis XIV. 1 vol. in-^, 1661, — Nous croyons plutôt qu'il 8*agit de son fils , Louis-Henri de Loménie de Brienne, disciple de Priolo, comme on verra plus loin«

qu'ils soient vus à Fontainebleau. Du reste, il m'a dit que M. le Chancelier (1) donnera ordre à M. Gramoisy (2) d'imprimer le tout aux dépens du roi. Sur quoi , monsieur , j'ai cru à propos de me donner l'honneur de vous écrire pour , avant toutes choses , savoir votre volonté ; car , pour moi , je suis bien résolu de ne rien faire que ce qu'il vous plaira me commander. Il est donc question de savoir si je dois donner mes livres pour être imprimés , ce que M. de Brienne dit être tout à fait nécessaire. Là-dessus j'attends votre ordre. »

En quelques mots, Priolo indique rapidement le plan de l'ouvrage , qui ne semble guère autre chose qu'une apologie de Mazarin. « La division est bonne, ajoute-t-il , et ne peut qu'être approuvée. Je vous supplie aussi, monsieur , de pardonner ces efifaçures et ma mauvaise main, car elle est foible et malade. Je vous écris seulement pour vous supplier de me mander ce que je dois faire de mes livres, car je ne les délivrerai à personne sans votre exprès commandement, ayant trop reçu de marques de votre bonté pour en user autrement (3). »

Le ton de la lettre , le souci « dos pauvres livres »

(1) Pierre Séguier, 1588-1672.

(2) Sébastien Mabre-Cramoisy , né en 1585, mort en janvier 1669. II était directeur de l'imprimerie royale établie au Louvre. Le premier livre de Priolo parut chez lui en 1662. Voy. un peu plus loin.

(3) Lettre de Priolo k Colbert , en date du 31 octobre 1661 , dans les Lettres ^ mémoires et instructions de Colbert, publiés par M. Clément, vol. V, p. 444.

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