‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 26 sur 122 · B. PRIOLO. (K · texte numérisé non relu

B. PRIOLO. (K

qu'on ne veut livrer à personne sans un a expit*s commandement, » montrent que l'ouvrage do Priolo soulevait de violentes réclamations. « Quelques ministres d'Etat, dit Moréri , y trouvoient trop d*es sor, et voulurent que cet ouvrage fût tronqué par des examinateurs. L'auteur fit des remontrances au roi , qui lui permit de faire imprimer son histoire chez Léonard (I). »

Découragé par une opposition si redoutable, Priolo eut un instant le dessein de quitter la France, pour aller vivre tranquille à l'étranger. Golbert le dissuade d'un tel projet, lui parle avec une extrême bonté et dans les termes les plus affectueux. « Vous avez très bien fait, lui écrit-il le 30 juin 1662, de céder à l'orage et de suspendre pour quelque temps l'impression de votre histoire ; mais je ne puis approuver la résolution qu'il semble que vous avez prise de remettre votre pension (2), parce qu'il est public que Son Eminence vous en avoit gratifié avant même que vous eussiez commencé votre ouvrage.

» J'ai déjà parlé deux fois au roi pour votre acquitpatent , et Sa Majesté a trouvé à propos d'en différer un peu le payement, à cause de la nécessité d'argent où elle se trouve maintenant. Je ne laisserai pas de l'eu solliciter encore et de tâcher de vous procurer la satisfaction la plus prompte qu'il sera po.ssible; ce pendant, je dois vous dire que l'exécution de votre

(1) L'histoire parut) en effet, en 1665, non chez Léonard, mais à Charleville.

(2) La pension que lui faisait Mazarin.

pensée de vous aller en un lieu de pleine liberté ne vous produiroit, à mon sens, aucun avantage, dont je m'assure que vous conviendrez , quand je vous aurai entretenu à Paris, où j'irai dans quelques jours (1). »

En 1659 , Priolo n'était pas encore à Mazarin , et demeurait attaché à la maison de Longueville. A cette époque , nous le voyons chargé par le prince d'écrire une histoire des événements contemporains. L*auteur avait mission de faire gauchir quelque peu les faits, et de les tourner à l'honneur de cette illustre famille. Mais, dans le cours do ce travail, calcul, maladresse ou trahison , l'écrivain changea plus d'une fois son apologie en satire et déchira à belles dents celui dont il devait célébrer la gloire (2). Chapelain , qui était aussi au duc de Longueville , comme tant d'autres étaient à Richelieu, à Fouquet ou à Montausier, Chapelain fut indigné de cette perfidie. Il ressentit vivement l'injure faite à son Mécène, et ne fut pas le dernier à joindre ses protestations à celles des amis et des nombreux clients de la puissante maison.

Au début, cependant , Chapelain avait bien auguré du succès de TafiFaire ; il avait même donné ses conseils pour l'exécution « d'un si noble ouvrage , » et vanté le mérite de celui qui allait mettre en œuvre de si excellents matériaux. Le 14 janvier 1659, il écrit à

(1) Lettre de Golbert « à M. Priolo; » Lettres ^ instructions et mémoires de Colbert, édit. de M. Clément, vol. V, p. 235.

(2) Henri II d'Orléans, duc de Longueville, né en 1595, raort à Rouen le 11 mai 1663. Après la mort de sa première femme, fille du comte de Soissons, il épousa, en 1642, Anne-Geneviève de Bourbon, sœur du grand Condé.

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