B. PRIOLO
« M8' le duc de Longueville , » à Rouen. « S'il y a un homnie en France, lui dit-il, capable de satisfaire à ces conditions par le zèle, par le sens et par rélocution , dans la langue qui est mère des autres , c'est sans doute celui sur qui V. A. a jeté les yeux (1). »
11 ne s'agissait dans ce travail ni d'un éloge fleuri , ni d'un éloquent panégyrique, « mais d'une histoire vraie et de faits certains et avérés. » L'auteur, pour donner un fondement solide à l'édifice, devait donc étudier l'histoire générale de France, les pièces justificatives, mémoires, documents, en un mot tout ce qui établit l'autorité d'un récit et la véracité d'un historien. « Ce qui, étant revêtu, ajoutait Chapelain, d'un langage mâle et pur, et de beautés modestes et sensées, selon le genre de la bonne histoire, ne pourra que produire un ouvrage éclatant et magnifique à la gloire de Y. A. et de toute sa maison (2). •
Le premier livre de l'histoire de Priolo parut chez Cramoisy en 1662. L'ouvrage entier comprenait douze livres; il fut publié, en 1665, sous ce titre : Benj. Prioli ab excessu Ludovici Xlll , de rébus gallicis , historiarum libri Xll (3). Dès l'apparition du premier livre, l'orage éclata. En maint endroit, le duc de Longueville était fort malmené et traité de personnage intrigant et artificieux. Priolo essaya d'expliquer son méfait et déclara qu'il n'avait eu aucune mauvaise
(1) B. Priolo. — M. Tamizey de Larroque a publié des Lettrée inédites de Benjamin Priolo^ in-8*, Tours, 1877.
(2) Lettre du 14 janvier 1659, au duc de Longueville ; II, 11.
(3) 1 vol. in-4*. CharleviUe, 1665. Bibl. nat.
intention contre son maître. Le prince, indécis s'il devait agréer la défense « du fourbe » et recevoir ses excuses, demanda Tavis de Chapelain. «Je m'explique mal volontiers, disait celui-ci , au désavantage de personne. » Mais obligé de parler, par devoir, sur un ordre précis, pour répondre à un témoignage de haute confiance, Chapelain examine avec soin le passage incriminé, et, dans sa lettre, véritable modèle de discussion vive, pressante et serrée, il ne laisse aucun doute sur les intentions du perfide écrivain. « Tout ce que cet homme allègue pour se disculper, écrit-il au duc de LongueviUe, est illusoii^e et insoutenable; et 9 en cela, il n'a cherché qu'une couleur telle quelle pour éblouir V. A., s'il pouvoit, et pour éviter les premiers mouvemens de voti'e colère, dans l'espérance que le temps y apporteroit de l'adoucissement. »
Les dénégations de Priolo cachent un piège ; elles ne méritent pas d'être prises au sérieux , et le prince ne peut y ajouter foi et croire à leur sincérité sans s'exposer à se faire jouer par le traître. « Sa mauvaise intention , reprend Chapelain , étoit claire comme le jour; c'est aggraver l'offense que de prétendre vous la faire passer en obligation , afin de vous débiter, après cela, pour une personne facile à duper et d'une petite intelligence. Car, de vous représenter comme une louange ce qu'il dit : que vous vaus fourriez dans toutes les intrigues pour vous ranger après du costé des plus forts ^ c'est bien abuser de votre bonté de s'imaginer que vous la receviez pour telle sur sa foi (1). »
(1) Voici le texte de Friolo : a LongavilUnus^ Condei gêner,