PRIOLO ET LE DUC DE LONQUEVILLE
C'était par ignorance, avait dit Priolo, qu*on avait pris le mot dolosus pour une injure. « Avec tout son savoir grammatical , répliquait Chapelain , et la ridicule vanité qui lui fait conter son ouvrage comme un monument éternel , il ne trouvera en aucun livre approuvé que le mot dolosus soit jamais pris qu'en mauvaise part, pour trompeur et pour artificieux. »
Une autre accusation , d'autant plus grave qu'elle était plus fondée 9 c'était le dessein , attribué au duc de Longueville, d'avoir voulu, à la faveur des troubles de la Fronde 9 se rendre indépeiKlant dans son gouvernement de Normandie ; et, pour mieux assurer sa domination, d'avoir formé le projet de faire main-basse sur les citadelles de la province, en particulier sur celle du Havre. Voici le texte même fourni par Chapelain et inséré dans sa lettre : « A morte » r^is, propositum quidquid munitum in Neustria » in potestatem suam transferre, prsesertim Havrseam » arcem, qua sseviens adversus Neustrios, secnrus » adversus Regesin illo portusejactaret(t). » Le sans du libelle était clair. Priolo faisait métier d'espion , comme l'a montré M. Ijéon de Ijaborde(2). Il écrivit ce passage pour plaire à Mazarin, l'ennemi du prince et des Condé. Aussi, le i*équisitoire se termine-t-il d'une manière terrible. Si l'imprudent pamphlétaire avait pu en lire la conclusion , il eût bien
Condeana rate navigabat, omnibus taraen se immiscens, nulli addictus nisi qui prœpoHeret » De rébus gallicis^ p. 24.
(2) Le ptiUis Afazarin, 1 vol. in-8*.
fait, eu égard aux mœurs du temps, de trembler pour sa peau. Chapelain ne va pas jusqu'à conseiller une rude correction; mais, à son avis, elle serait bien méritée. « Ces derniers termes , adversiis Reges , disait-il, les plus offensans qu'il se puisse, justifient le venin des précédons, auxquels il a tâché, mais en vain, de trouver des excuses. Ainsi, monseigneur, je ne puis me figurer autre chose, sinon qu'il a voulu outrager V. A. de propos délibéré, et en cela je ne fais que suivre l'opinion générale.
» Je n'estime pas pourtant qu'elle doive changer la résolution qu'elle avoit prise de mépriser cet attentat, comme fait par un homme de trop petite étofib, et trop décrié pour être capable de vous nuire , et pour mériter votre colère et votre ressentiment... Je me garderois donc bien de m'abaisser jusqu'à lui répondre , ni à lui faire parler. Il ne seroit nullement de votre dignité ; et vain comme il est, il le feroit passer pour une recherche. Que si on lui parloit, en une offense si qualifiée que celle-là, sans l'en payer en même temps, ce seroit le traiter d'égal, avec une grande diminution de votre gloire. De le punir par main mise, cela n'est pas do votre modération et de la hauteur de votre courage. Je le punirois par le mépris. J'en parlerois comme d'un ingrat insensé, lorsque je serois contraint d'en parler, et n'en parlerois pourtant que par force. Ce procédé lui laisseroit la crainte qu'il a du châtiment, sans vous engager à rien, et vous laisseroit toujours en état d'en user d'autre sorte, selon le temps et la raison. Pour habitude avec lui , je n'en ai aucune, et ai toujours fui d'en avoir, sa-