PRIOLO ET LE DUC DE LONGUEVILLE
chant de tout temps , par des témoins irréprochables , combien dangereuse est sa connoissance à un homme qui fait profession d -aimer Thonneur et la vertu (1). »
Longtemps Chapelain garda le souvenir irrité d'une telle trahison. Bien des années après, il en parlait encore à ses correspondants ; et, en 1667, quand mourut le traître , il lui fit une oraison funèbre digne de son réquisitoire. « «Tadmire, écrit-il en 1668 à Boucler , la fortune qu*a eue le libelle de Prioleau en vos quartiers (2), et l'ordre que le censeur des livres de Strasbourg a donné pour sa réimpression ; car, il n'y a rien de si décrié parmi nous , soit pour l'impureté et l'irrégularité du style , soit pour les faussetés malignes dont il l'a i-empli , soit pour la vanité ridicule et audacieuse avec laquelle ce fils d'un moine renié se veut faii-e croire descendu de l'illustre race des Prioli de Venise, fondant sa fourberie sur je ne sais quelle conformité qui se rencontre entre ces noms; soit pour le sacrifice intéressé qu'il y fait au défunt cardinal (3) de l'honneur de tous les grands et de tous les ordres de France, sans pudeur, sans conscience, et même sans art (4). »
Ce « fils d'un moine renié » va être traité plus durement encore; après les injures vont venir les imprécations les plus atroces. Chapelain dit un peu
(1) Lettre au duc de Longueville, du !•' août 1662 ; II, 251.
(2) Le De rébus Gallicis, cité plus haut.
(3) Mazarin, mort au château de Vincennes le 9 mars 1661.
(4) L^ouvrage était dédié à la république de Venise : « Serenissimo duci et Augusto senatui reipublicse venetorum Benjaminus Prtolus, Felicitatem, Victorias, Triumphos. u
plus loia que Priolo était fils d*uu pasteur de Saint- Jean-d*Aagély , et rien de plus. Dans ce cas, ce n'ç^ait qu'un terme de mépris , pour désigner un sectateur de Luther. Mais écoutez la suite : « Nous Ta vous vu, dans cette cour, continue le terrible justicier, frappaut à la porte de toutes les puissances , s*introduisant dans leurs a£faire8, les ruinant par sa pL^'é^omption et par ses friponperies ; et enfin ayant été connu pour ce qu'il étoit (l), nous Tavons vu exclu de tout emploi et de toutes grâces; et, après avoir dissipé en débauches ses voleries, nous Tavons vu mourir sur le fumier, abhorré de tous les gens de bien et peu i-egrettô de ses semblables (2). »
Bayle a parlé de Priolo; et, chose assez piquante, le sévère critique s'est montré bien plus indulgent que le t doux » Chapelain. Le lendemain de cette belle apologie , le 6 octobre 1668, il écrit à Du Maurier , maître d'hôtel du roi , et auteur de Mémoires pour servir à l'histoire de Hollande (3). Il entretient son correspondant d'une biographie de Priolo , publiée en 1662 , du vivant même du « fourbe : » Vita Benjamini Prioli^ auclore Joanne Rhodio, opusculje de six pages in-folio. Disons , en passant . que ce Jean Rhodes n'est pas tout à fait inconnu. Costar , dans son Mémoire des gens de lettres, lui fait l'honneur d'une
(1) Lo texte porte : par ce qu'il étoit. Le lecteur verra s'il doit adopter notre correction.
(2) Lettre du 5 octobre 1668 ; II, 595.
(3) 1 vol. in-8% La Flèche, 1680. — Louis Aubcry du Mauricr, né à Paris en 1609, mort en 1687 au château du Maurier, dans la Sarthe, près de La Flèche.