‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 30 sur 122 · VÉNALITÉ DE PRIOLO · texte numérisé non relu

VÉNALITÉ DE PRIOLO

mention. « Jwin. Rfioikus, danois, y esi^il dit, habitué à Padoue, il y a trente-cinq ans; savant en médecine (1). » Chapelain, emporté par la colère, feint» il d'ignorer la mort récente du triste personnage » et dont il parlait la veille même » le 5 octobre , à Bobc)er? ou bien, est-ce le plaisir de faire une crudle antithèse? « J'ai lu, écrit- il à Du Maurier, la vie du fourbe Prioleau, et elle m'a plu. Je n'ai point vu sa mort, qui m'auroit plu encore davantage (2). •

En signalant à Bœcler les friponneries et les débauches de Priolo , Chapelain s'était moqué d'une autre vie du « fourbe t » composée par un illustre « gentilhomme, » son ancien élève. « Sa légende, disait-il ironiquement, a été écrite par un gentilhomme, dont il fut autrefois le précepteur, et qui ^ déduisant par le menu ses aventures, Ta peint de toutes ses couleurs (3). »

Le 20 novembre, écrivant au môme pi*ofesseur , il complète ses renseignements, en ajoute de nouveaux, bienveillants comme ceux qui pi*écèdent , et qui ne déparent pas l'amusant portrait esquissé un peu plus haut. « Ce que je vous ai écrit de Prioleau, dit-il à Bodcler, est la vérité pure. Il n'y eut jamais de plus insigne fripon , de plus infidèle serviteur, de plus intéressé négociateur, de plume plus vénale, ni d'âme plus vindicative. Vous jugez de son style en habile

(1) Voy. Mémoires de littérature de Sallengrey vol. II. p. 361. Paris, Simart, 1726.

(2) Lettre du 6 octobre 1668, à Du Maurier ; II, 597.

(3) Lettre à 3œcler, à Strasbourg, du 5 octobre 166S; II, 595,

homme. Les éloges qu*il s'est fait donner par le jeune comte de Brienne (1) sont de sa propre composition , non moins que sa vie qu'il a publiée à part, avec son portrait, sous le nom du même comte de Brienne, lequel il avoit infatué de sa personne , à foi-ce de promesses de le rendre le plus excellent écrivain latin de ce temps. »

Cette curieuse vie, avec portrait, et publiée sous un nom d'emprunt, n'est citée nulle part. Cependant Taffirmation est si nette , les détails sont si prêcis , qu'il est impossible de ne pas en admettre l'existence. Le jeune comte de Brienne n'avait point peur du bien d'autrui : volontiers il souffrait qu'on l'en gratifiât ; il le pi*enait même au besoin. Vers 1663, il se fit chasser de la cour pour escroqueries au jeu , comme il signait bravement de son nom des ouvrages, prose ou vei*s, dont il n'était pas l'auteur , et que Gommire et Priolo composaient pour lui. On connaît l'existence aventureuse du jeune secrétaire d'Etat, pour qui semble fait tout exprès le vers de Voltaire :

Il prit, quitta, reprit le cilice et la haire.

Dès 1651, à peine âgé de seize ans, il eut en survivance la charge de son père et en exerça les fonctions de 1660 à 1663, époque où il dut quitter la cour et le ministère pour les motifs que l'on sait. En 1666 , il entra à l'Oratoire, d'où il sortit en 1670, pour aller mener la vie la plus folle et la plus dissipée qu'on

(!) Louis-Henri de Loméaie de Brienne, né en 1635, mort en 1696, à Tabbaye de Château -Landon, Soine-et-Mame.

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