‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 31 sur 122 · VÉNALITÉ DE PRIOLO · texte numérisé non relu

VÉNALITÉ DE PRIOLO

puisse imaginer. Pendant près de vingt ans, de 1674 à 1692, par ordre du roi, il fut enfermé à Saint* Lazare , où il subit une rigoureuse détention. Enfin , deux ans avant sa mort, il eut la liberté de se retirer à Tabbayo de Saint-Séveriii, à Château-Landon : il y mourut le 17 avril 1698.

Cbapelain parle ensuite à Boeder d'un Abrégé composé cette fois par le comte de Brienne , mais qui n'a pas paru , ou du moins qu'on ne trouve nulle part. € Un gentilhomme, dont il a été autrefois le précepteur (1), ajoutait-il, et qui le connoissoit inttis et in cute, nous a fait un abrégé de sa vie, mais véritable et divertissant, qui attend la presse, pour en désabuser le monde. Je ne pende pas , étant aussi connu qu'il est pour fourbe et pour afifronteur (2), que le censeur des livres de Strasboui^ , qui a favorisé l'édition de son libelle, s'en tire avec honneur ; et si vous avez eu part à cette affaire, je suis de votre avis, qu'il faudra toucher quoique chose de sa foi suspecte (3) dans l'avis au lecteur. >

En 1669 9 il revient sur l'ouvrage détesté, sur « la chronique scandaleuse du fourbe Priolo, » et toujours avec la même verve , la même véhémence et le même dédain. « Il a paru depuis deux ou trois ans, ècrit-il en 1669 k Ferraii, un abrégé de l'administration du cardinal Mazarin , écrit en latin , de stylo

(1) Ceci sembio bien désigner le comte de Brienne.

(î) Trorapenr.

(3) Sa mauvaise foi. — Lettre à Boeder, du 20 novem-

bre 1668 ; II, 606.

inégal , ei qu'on ne lit qu'avec indignation , tant il est plein de mensonges impudens et de basses flatteries. L'auteur s'en nomme Prioleau, un insigne fourbe; et, pour tirer quelque argent de la Sérénissime République, il le lui a dédié (1) sous le nom de Prioli , se voulant faire passer pour un de cette illustre famille, insérant dans son épître ces mots : Agnoscite veUrtkm civem, quoiqu'il fût fils d'un chétif ministre huguenot de Saint-Jeand'Angély. Il vient d'être réimprimé à Leipsic; et, si vous en voulez avoir le divertissement y vous en aurez facilement un exemplaire par Francfort (2). »

Plus d'un an après, à la fin de 1670, cette colère si vivace n'était pas apaisée, et Chapelain trouvait encore de nouvelles injures et de nouveaux outrages pour la mémoire de l'ingrat serviteur. « Votre censure du libelle de l'insigne fourbe Prioleau , écrit-il en 1670 à Ferrari, est digne de vous; et je me doutois bien que vous n'auriez besoin que de le voir pour en faire le jugement sensé que vous en avez fait. Il est en abomination à ceux qu*il a si longtemps amusés et abusés , et, rejeté de tout le monde , s'en est enfin allé mourir sur un fumier, en un coin du royaume t où les esprits n'étoient pas assez subtils

(1) Lo texte porte : « ilU lui a dédié, o C'est évidemment un de ces nombreux lapsus qui échappent à Chapelain ou à son copiste.

(2) Lettre du 28 avril, à Ottavio Ferrari, professeur d'éloquence à Padone ; II , 637. ^ Cotte édition de Leipzig est en réalité celle d'Utrocht, 1669, in- 12, apud Petrum Blzevirium,

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