‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 34 sur 122 · FRANÇOIS GUYET · texte numérisé non relu

FRANÇOIS GUYET

Les vers de Balzac, lus chez les frères Du Puy, viennent de recevoir les applaudissements de tous les auditeurs. Chapelain apprend la bonne nouvelle à son ami , et le félicite d'avoir su plaire à une compagnie si difficile, « qui s'assemble deux fois le jour, disait agréablement Balzac , pour sifQer tout le reste de la France (1). » Le succès de la lecture avait été complet. Vlntrépide même, comme on appelait Guyet, avait désarmé et donné des signes d'approbation. « J'ai vu cette belle pièce, écrit Chapelain le 20 octobre 1640, avec une satisfaction qui seroit malaisée à vous dire ; et, si l'ambition de notre ami (2) n'est comblée à cette fois, il en a plus que César, et en peut disputer avec Alexandre. Notre ami , M. L'Huillier , m'a dit qu'elle avoit été lue en plein cabinet des frères Putéans (3) , magnis comitiis , et tous les confrères assemblés, jusques à V Intrépide qui l'approuva, même avant que d'avoir vu les vers qui le déifloient... Car , bien que vous ne fassiez jamais de vers que très beaux et dignes du bon siècle, et que votre Indignation égale tout ce que vous avez fait de mieux jusqu'ici, néanmoins, par mon jugement, et par celui de tous ceux qui les ont vus, les uns et les autres, ceux que vous avez faits pour l'hypercritique ont une certaine fleur qui leur donne sinon plus de force, au moins plus d'agrément (4). »

(1) Lettre de Balzac à Chapelain, vol. I, p. 860.

(2) Ménage, à qui la pièce est dédiée.

(3) Les frères Du Puy ; Pierre, 1582-1651, et Jacques, 1586- 1656 : tous deux gardes de la bibliothèque du roi.

^4) Lettre à Balzac, du 20 octobre 1640 ; 1 , 709.

La pièce dont Chapelain parle ici, V Indignation ^ mérite une petite nfiention. Sous le couvert de Tantiquité, c'est une violente et habile satire contre Richelieu ; une vengeance poétique contre le ministre qui avait négligé l'écrivain, et n'avait jamais rien fait pour sa fortune. Au risque de con^romettre Montausier, jeune alors et au début de sa carrière militaire, Balzac lui dédia hardiment sa pièce : « Indignatio in poêlas Neronianorum temporum, ad nobilissimum Sammauranum^ Montoserii marchionem , majoris operis fragmentum (1). » Heureusement les contemporains ne comprirent rien aux allusions du poète. L'illusion même a été si complète que, dans la suite, plusieurs critiques distingués, nous apprend M. Paulin Paris (2), s'y sont trompés, et ont attribué Vlndignatio^ « où la langue est si belle et la pensée si énergique , à Tur- Diis, poète du siècle d'Auguste. »

Ailleurs, Chapelain parle encore de Guyet, et là encore avec le même ton de raillerie , sans prendre trop au sérieux l'empire que le sévère critique exei'ce rue des Poitevins , à l'hôtel du président de Thou , dans le Catdnel des frères Putéans. « Pour ce qui regarde, écrit-il en 1640 à Balzac, les sentimens de ï Intrépide et du docte réduit où il régente magistralement, je vous les ai mandés de bonne foi, sur le rap-

(1) C&rminum liber tertius ; Œuv. comp. de Balzac, p. 38. ^ Charles de Sainte-Maure, marquis, puis duc de Montausier, né le 6 octobre 1610, mort à Paris le 17 mai 1690.

(2) Historiettes de Tallemant des Réaux, vol. IV, p. 111, édit. in-8-.

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